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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 14:10

                                                     Mélodie en sous-sol

 

                                          Episode 1. Comment faire carrière.

 

Dans les années 80 l’entreprise de mon copain Michel occupe une grande partie du carreau de la gare près de la place Rungis dans le 13 arrondissement.

Ce jour-là, nous passons lui faire un petit coucou avec un autre pote surnommé Dany le rouge. Précisons que la couleur ne reflète aucunement sa couleur politique mais bien sa chevelure de feu, c’est pourquoi on le surnomme aussi le Rouquin.

Il est 11h bien sonnées quand soudain le contremaître du chantier voisin fait irruption dans le bureau.

Il semble plutôt tourmenté, à la limite de la panique.

-         J’ai perdu un ouvrier ! –

Tout de suite on pense aux trains de marchandises qui empruntent la voie ferrée de la petite ceinture juste derrière le bureau et on s’imagine déjà un bonhomme coupé en deux gisant sur la voie.

Son entreprise de travaux publics a demandé à Michel l’autorisation d’installer sur son parking les baraques de chantier et le matériel nécessaire aux travaux. Travaux qui consistent à renforcer la voie sous le tunnel du parc Montsouris ou des affaissements de ballast ont été constatés.

Les ouvriers étaient là depuis une quinzaine de jours et ils s’évertuaient à injecter du béton dans les failles.

- Non ! Le gars a disparu dans les carrières ! –

- Quelles carrières ? –

- Bah les carrières qui partent sous Paris pardi ! Je leur ai pourtant dit de ne pas s’éloigner et pour leurs besoins ils doivent ressortir et aller au chiottard sur le parking, mais parle à mon cul ! Bref il en manque un de l’équipe de nuit. –

- Mais comment peuvent-ils rentrer dans les carrières ?-

- Par la porte. Une porte en fer, cadenassée en temps normal. Elle donne dans le tunnel à 300m d’ici. Cela nous permet d’acheminer les tuyaux à béton dans une galerie qui est parallèle à la voie, 2 mètres plus bas, à la hauteur des éboulements.

J’ai bien sûr formellement interdit à ces connards de s’aventurer plus loin. J’en ai un qui à dû s’y perdre. S’il n’a pas fait de repères ou si sa lampe est hors d’usage, bonjours pour le retrouver ! –

Au même instant des bruits retentissent sur le parking.

Tout le monde sort précipitamment et nous nous trouvons devant une demi-douzaine d’ouvriers arabes en train de secouer l’un des leurs. Le bleu de travail et les cheveux sont couverts de poudre blanche et son visage s’éclaire d’une incroyable candeur.

A partir de là on ne comprend rien à ce que lui dit le contremaître. Ce qui est sûr c’est que le gars se fait copieusement engueuler !

Mensour, c’est Mensour qu’il s’appelle, nous raconte le contremaître, s’est perdu vers minuit dans une des galeries qui rayonnent au départ de la porte d’entrée. Il a été intrigué par des pages de magazines de cul déchirées qui traînaient au sol. A la lueur de sa lampe  il en repéra d’autres au fur et à mesure de son exploration. Les pages étaient toujours posées aux endroits stratégiques, c’est-à-dire aux bifurcations de galeries. Quand il put enfin reconstituer tout le magazine il se rendit compte mais  trop tard que les fameuses pages représentaient son seul et unique fil d’Ariane pour retrouver la sortie.

Pris de panique il a erré ainsi toute la nuit jusqu’à ce que sa lampe s’éteigne, les piles complètement à plat.

Il a fait sa prière en espérant s’être tourné vers l’Est et vers 11h30 ses vœux ce sont exaucés.

Il aperçut des lueurs puis des voix, celle de ses potes et le voilà !

Avec Michel et le Rouge on se retient de pouffer de rire. Le magazine de cul provient à tous les coups des tonnes de papiers qui sont quotidiennement déchiquetés et transformés en énormes balles dans les presses de notre ami.

Reste à savoir qui a bien pu jouer à Thésée au sein des entrailles de Paris et jouer de malice avec monsieur rince l’œil.

On demande au contremaître si on peut y aller, juste pour voir la galerie. Michel qui a toujours des bonnes bouteilles, lui refile un bon Bourgogne.

Comme il n’y a pas de trains prévus, il nous y autorise. On s’engage dans le tunnel et en effet, au bout de 300m, sur la droite, une grosse porte en ferraille, donne accès aux carrières souterraines. Elle fait face à une autre entrée de l’autre côté de la voie qui part vers Gentilly en passant sous le boulevard Kellerman et le stade Charlety.

Avec la grosse lampe prêtée par le contremaître, nous pénétrons dans une première galerie parallèle à la voie ferrée et, après quelques pas, bifurquons dans une autre qui nous semble se diriger vers le nord.

Après environ 100m, au mur, sur une plaque de rue en fonte, identique à celle en surface, est gravé « Rue Boussingault ». On emprunte la galerie de gauche et un peu plus loin, gravé dans la pierre « Rue Vergniaud » C’est super, certaines galeries sont repérées comme les rues en surface. C’est un peu comme dans les égoûts mais en moins précis. Il n’y a pas forcément d’inscriptions à chaque intersection ou alors elles ont été retirées.

Enthousiasmés par notre excursion, nous décidons de rebrousser chemin et décidons d’y retourner à la nuit tombée.

Les gars ont pratiquement fini les travaux et il n’y a plus d’équipe de nuit ni de train à béton.

Le contremaître, sympa, nous passe un double des clés et le soir nous sommes sur le pied de guerre. Chacun est muni de lampes électriques. J’ai même rechargé la frontale du casque de mineur de feu mon grand-père maternel.

Fort de la désagréable expérience de notre prédécesseur hédoniste, nous comptons mettre tous les atouts de notre côté. Sac à dos, sandwichs, pinard… et un petit objet en contreplaqué que j’ai découpé l’après midi. C’est un pochoir en forme de rat dont la queue revient vers la tête. Il est accompagné d’une bombe de peinture noire. C’est le Rouge qui en a eu l’idée.

On pochera à chaque intersection du labyrinthe la silhouette du rat, la queue indiquant la sortie, enfin, notre sortie à nous.

Nos balades nocturnes vont durer …3 ans.

Très vite les sous-sols des 13eme, 14eme et 5eme arrondissements n’auront plus de secret pour nous et le nombre de copains ou connaissances qui auront ainsi arpenté ces galeries se compteront par centaines.

Au début on s’y baladaient la nuit du vendredi au samedi pour pouvoir récupérer le week-end et puis certains copains déjà confirmés, ayant déjà effectué plusieurs dizaines de sorties se mirent à leur tour à jouer les guides du Paris underground les autres nuits de la semaine.

Mais revenons à nos débuts.

Mon beau-père qui était responsable des permis de construire du 5eme arrondissement demanda à un copain de l’IGC ( L’inspection générale des carrières ) s’il existait des plans. J’en récupérai ainsi plusieurs liasses qui nous permirent de gagner un temps précieux.

« Les gaspards » Encore une idée du Rouquin. Il avait vu un film comique avec Michel Serrault où l’action se passait dans des souterrains et des carrières. Il nous affubla de ce sobriquet et on en fit même un pochoir pour signer nos découvertes.

Les endroits particulièrement représentatifs de ces lieux sont bien évidemment l’ossuaire de Denfert –Rochereau appelé communément Catacombes où des millions d’ossements ont été rassemblés, faisant suite à l’ossuaire de la Tombe Issoire qui dès1786 collecta les dépouilles de nombreux cimetières parisiens.

Rien que le cimetière des Saints innocents, en plein centre de Paris, dans le quartier des halles, n’était en réalité qu’un immense charnier à ciel ouvert où des millions de trépassés se sont entassés pendant  plus de mille ans. A tel point que ne pouvant plus creuser dans le quartier sans  rencontrer une dépouille, on empilait les cadavres que l’on recouvrait de chaux vive et de terre. Résultat : au 18eme siècle le quartier s’était surélevé de plusieurs mètres !

On décida alors d’utiliser les carrières avoisinantes.

Il y en a environ 300 km sous la capitale.

Beaucoup servaient à entreposer de la glace récupérée en hiver pour alimenter en été les sorbetières des bourgeois. Une rue porte encore un de ces noms évocateurs, la rue de la Glacière dans le 13eme arrondissement qui se prolongeait sous le même nom jusqu'à Gentilly.

Il fut décidé de construire l’ossuaire là où le réseau de galeries était le plus dense. Le quartier de Denfert s’y prêta à merveilles. La roche à cet endroit est solide, peu friable, c’est du calcaire coquillé très dur, dit du Lutécien, et les carrières sont à piliers tournés, offrant des salles de plus grande ampleur que celles à hagues et comblement. Un judicieux agencement des tibias, crânes et autres péronés, accompagnés de maximes, aphorismes et autres poèmes macabres, donnent à ce lieu un charme, une certaine sérénité à nul autre pareils.

Mais au fait, me diriez-vous, ces catacombes qui sont ouverts au public contre monnaie sonnante et trébuchante ne sont-ils pas situés dans un endroit clos ?

Bien sûr, mais régulièrement des vandales empruntent le chemin des carrières, bien décidés à piller l’ossuaire pour revendre à des étudiant en médecine ou en dentaire pas trop regardant, crânes et autres bassins. Ils creusent pendant des nuits  jusqu'à saper le bas des murs de séparation qui isolent les lieux du reste des carrières. S’ils tombent sur un empilement, ils peuvent ainsi se servir sans vergogne sans alerter le moins du monde les gardiens qui de leur côté ne voient rien d’anormal, sauf le jour ou tout l’agencement s’écroule faisant découvrir un trou béant dans le mur d’isolement.

Pire, sous le cimetière du Montparnasse, à 20 mètres sous terre, nous avons croisé une nuit deux types avec une brouette remplie de crânes. Ils venaient de faire sauter à la dynamite le bas de la colonne du charnier des indigents pour récupérer les crânes les plus récents.

 

                       Episode 2. A l’eau, j’égoutte !

 

Un endroit sympa se trouve autour du réservoir de Montsouris. On pouvait aisément l’éviter en empruntant l’axe de l’avenue René Coty mais par malice on passait toujours sous la rue de la Tombe-Issoire.

En partant de notre tunnel,  on bifurquait à gauche passant sous le parc jusqu'à la rue Nansouty. Là, invariablement, on faisait semblant d’être paumés, prétextant l’oubli du plan ou autres balivernes. On faisait même semblant de s’engueuler pour faire monter la tension chez les bleus qui, déjà peu rassurés de l’endroit qui je le précise est toujours strictement interdit au public, étaient suspendus au moindre mot prononcé. Nous évoquions alors les nombreux cadavres et autres femmes coupées en morceaux que nous rencontrions çà et là aux cours de nos pérégrinations invoquant les coups tordus de la pègre ou les délires assassins d’un éventuel tueur en série !

Leurs torches lumineuses chevrotantes, au rythme des tremblements de leurs mains, nous indiquait qu’ils étaient à point.

- Ah merde de l’eau ! –

Comme tout le monde peut s’en douter un réservoir souterrain ça a des fuites et pas des petites. Le réservoir de Montsouris ne déroge pas à la règle et les galeries les plus proches sont inondées sur une profondeur moyenne d’environ 1 mètre.

- Obligés de passer par-là. Tout le monde à poil ! –

Regards paniqués de nos invités. A poil ?

-  Ben oui à poil ! Vous ne voulez pas rentrer chez vous complètement trempés non ? La seule issue pour ressortir de là c’est d’emprunter une voie connue. Nous n’avons pas le plan pour nous repérer avec certitude mais de l’autre côté on est sûrs de retrouver notre chemin. On ne va pas errer quinze jours dans l’obscurité ! -

Nous avons toujours avec nous des sacs plastique que nous nous empressons de distribuer.

Nous montrons l’exemple. Rapidement les mecs se désapent en rigolant, suivis par ces dames plus réticentes qui conservent leurs sous-vêtements.

L’eau est à une température constante de 15°, hiver comme été. La chose la plus impressionnante c’est qu’au bout de plusieurs siècles les infiltrations provenant de la surface se sont chargées de différents pigments colorés qui donnent aux voûtes des galeries une ressemblance frappante avec les grottes naturelles. Des milliers de stalactites les tapissent, faisant apparaître à la lumière de nos lampes une palette de couleurs qui passe de l’ocre rouge au vert Véronèse et du bleu turquoise au jaune paille selon les impuretés.

On ne distingue pas tout de suite la présence de l’eau.

Sous notre éclairage, aux abords de la galerie inondée, celle-ci ressemble à un tunnel kaléidoscope où le bas est la parfaite symétrie du haut mais dès la pose du premier pied ou le jet d’un caillou l’illusion d’optique disparaît. L’onde créée par ses cercles concentriques nous ramène à la réalité en détruisant le reflet. C’est bien de l’eau qu’il va falloir traverser !

Les premiers pas de la personne en tête soulèvent une vase qui trouble l’incroyable limpidité de l’eau pour plusieurs heures. Ce n’est pas une vase organique mais entièrement minérale. C’est du kaolin, un calcaire particulièrement pur dont on fait la porcelaine à Sèvre…et les explorateurs à Paris.

La marche aquatique se fait en file indienne avec en tête et en queue un accompagnateur connaissant parfaitement les lieux.

Ainsi encadrée la troupe ressemble aux porteurs des safaris africains. Les bras au-dessus de la tête pour maintenir les précieux balluchons chargés de vêtements, ils progressent lentement. Des pierres sont souvent tapies au sol et la turbidité de l’eau empêche de les discerner. Alors là, gare à la chute et aux mises en plis ! On en profite alors pour lancer le bobard que des gens inconscients ont lâché des petits crocodiles qui maintenant sont devenus énormes et bouffent tout ce qui passe à portée de mâchoire. Effet garanti !

Nous avions même peaufiné ce passage aquatique en utilisant une chambre à air de camion pour en faire une espèce de radeau ou nous pouvions placer les balluchons et la bouffe sans risque.

Une fois passée la partie inondée on se ressapait et la visite continuait.

 

 

 

 

                                                Episode 3. Le jeu du pendu.

 

Un autre endroit amusant se trouve sous l’hôpital Sainte-Anne. Des escaliers murés depuis la seconde guerre mondiale permettaient aux membres du personnel et des fous ( précisons pour les non-parisiens que c’est un hôpital psychiatrique de renom), de descendrent à l’abri en cas d’alerte aérienne.

Des cages en acier y sont installées depuis le 18eme siècle. Peut-être comme geôles pour les patients les plus dangereux. Autour, de nombreuses galeries furent murées pour créer un espace sécurisé indépendant des carrières et isolé par des grilles cadenassées.

On bâtit une fois un scénario digne d’un film d’épouvante.

Une équipe était partie un peu plus tôt que nos « invités » et prépara le terrain. Dans l’une des fameuses cages un copain s’était fait suspendre à un harnais dissimulé sous ses vêtements et accroché à un  crochet de boucher par une énorme corde à l’extrémité de laquelle un nœud coulant donnait à notre copain la parfaite apparence du pendu.

Pour faire bonne mesure un couteau à la lame tronquée à mi-longueur était planté dans le dos. Peinture rouge en abondance autour de la «  plaie » et flaque au sol terminait l’aspect grand guignol. Les acolytes se planquèrent aux autres accès et attendirent patiemment leurs victimes.

De notre côté, au cours de notre marche, nous faisions monter la psychose avec grand renfort de descriptions macabres de scènes de faits divers à faire froid dans le dos.

Arrivés sur les lieux nous expliquons à nos gogos qu’ici ils ne risquent rien et s’ils veulent faire des photos de graffitis de fous célèbres, c’est le moment, 

Prétextant un changement de pile, nous les laissons seuls pénétrer dans la zone et refermons la grille. Ainsi, en cas de panique ils ne risquent pas de s’éparpiller dans toutes les directions.

Un hurlement suivit d’un autre et encore d’un autre.

C’est bon ça. Apparemment ils on trouvé le pendu !

Nous les rejoignons. Le copain joue parfaitement son rôle. Il ne bouge pas, normal pour un pendu.

Les mecs eux ont un doute et se demandent si ils ne sont pas victimes d’une grosse farce et rient jaune. Les filles, enfin deux d’entre elles se sont prostrées devant le corps et ne prononcent plus un mot. Nos deux victimes sont prêtes. On fait semblant d’être effarés et stupéfais. Nous proposons de vite quitter les lieux et de prévenir la police. Le rouquin qui s’est approché du pendu fait alors cette réflexion incongrue :

- Regardez il bande ! –

- En effet,  renchérissons nous tous en cœur, c’est normal chez les pendus ! –

Ouais mais celui-là c’est un âne !

Soudain le Rouquin relève les deux filles et leur dit :

-Touchez lui la queue, ça porte bonheur !

Vous n’aurez plus jamais une occasion pareille dans votre vie ! Allez ! –

Une des filles, tremblante, guidée par le Rouge, commence à lever la main en direction de la braguette quand soudain le pendu ouvre les yeux et gueule d’une voix d’outre tombe :

- Ah Ah ! On aime la banane ! –

Et il extirpe le fruit de son logement, le pèle et le mange !

La fille tombe dans les pommes tandis que l’autre pousse un cri à nous percer les tympans. Les garçons comprenant enfin la blague digne des bizutages des carabins du dessus se tordent de rire et décompressent enfin.

Ce n‘est pas du tout au goût de la pauvre fille qui à peine revenue à elle balance une énorme mandale à celui qui rit le plus fort…son copain.

5 minutes plus tard elle riait de bon cœur et était ravie de pouvoir raconter le lundi matin à ses copines de bureau ses aventures souterraines.

 

                                      Episode 4. Chien d’arrêt au gars.

 

Au tout début, nous recherchions d’éventuelles sorties intermédiaires. A notre époque, on en comptait au moins 300. L’une des plus proches de notre entrée se trouve au beau milieu d’un bosquet dans le parc Montsouris. Coiffée d’une plaque de fonte ronde comme celle des égouts, on y accède après une ascension d’une cinquantaine d’échelons en ferraille rouillée, scellés  aux parois du puits.

La première fois où l’on repéra ce puits nous décidons avec mon beau-frère de voir où cela menait.

On grimpe tous les deux. Le reste de l’équipe attend en bas. Arrivé  sous la dalle, je m’arc-boute de toutes mes forces et réussis au bout de deux minutes à la déceler. Je la ripe à moitié sur le côté et  respire enfin le bon air vivifiant de cette nuit d’automne.

Mon beau-frère se met alors à grogner avec une respiration haletante. Inquiet, je me retourne vers lui et lui demande ce qui lui prend ?

-         Rien du tout ! C’est comment dehors ? –

Je relève la tête à nouveau et je sens alors un souffle chaud dans mon cou. Je me retourne brutalement et me trouve nez à nez avec la mâchoire acérée d’un énorme Doberman ! Heureusement pour moi la lampe frontale l’ébloui un instant.

Je gueule :

- Vite, vite, descends, un clebs veut m’arracher la tête ! –

Mon beau frère qui n’a rien compris veut à son tour regarder dehors. Je le repousse au risque que tous les deux on se cassent la gueule de 25m !

Au même moment on entend une voix dehors :

- Sortez du buisson ou je lâche le chien ! -

Là mon beauf a compris. Il redescend dare-dare pendant que je ripe rapidement la dalle. La peur m’a donné une force incroyable, elle rentre dans son logement du premier coup !

Quelques jours plus tard, dans la journée, nous avons repéré dans le parc le fameux buisson. J’avais eu le temps de mon observatoire souterrain de situer à peu près sa position.

Quelqu’un de l’équipe s’était même fait un malin plaisir de discuter avec un gardien en demandant candidement si le parc était calme la nuit.

Il s’était fait répondre que les étudiants d’en face, ceux de la cité universitaire, n’étaient que des obsédés sexuels. Une nuit de la semaine dernière un gardien en avait surpris deux qui forniquaient dans un fourré mais, ils courent vite ces jeunes, il n’avait pu les interpeller !

Un puits de même facture subit notre exploration dans des conditions identiques. C’était l’été et il faisait encore jour… à l’extérieur. Toujours avec le beau-frère nous poussons ce soir-là la lourde plaque de fonte et nous nous retrouvons dans une coursive où des cinglés déambulent, agités de gestes saccadés et cris stridents. Nous venions de débouler dans l’enceinte même de l’hôpital Sainte Anne. Les combinaisons couvertes de poussière blanche et les casques projetant de multiples rayons lumineux dans les yeux des malades commencent à provoquer un début d’émeute. Même précipitation pour refermer la dalle !

On n’ose imaginer les plaintes pourtant bien fondées des pauvres bougres auprès de leurs infirmiers qui, ce jours là, ne trouvèrent sans doute comme seule réponse à leurs angoisses de doubler les doses de bromure.

 

                                            Episode 5. Paris rasé de la carte.

 

Le Lion de Belfort qui trône fièrement au beau milieu de la place Denfert-Rochereau a cette particularité d’avoir ses fondations au beau milieu des carrières, à proximité des catacombes.

Une galerie circulaire maçonnée en fait le tour, inondée sous une vingtaine de centimètres d’eau.

Tout autour rayonnent des salles transformées en réfectoire, bureaux ou dortoirs.

Cet endroit, transformé en abri anti-aérien par la Défense passive, fut occupé pendant la seconde guerre mondiale par les Allemands qui en firent un PC souterrain. De nombreuses indications dans la langue d’Outre-Rhin ne laissent aucun doute à ce sujet.

Le plus marrant de l’histoire, c’est que le PC clandestin local de la résistance se situait juste derrière, à quelques galeries de là. Et pendant tout le temps qu’a duré l’occupation aucun des deux belligérants n’a essayé d’affronter l’autre. Pour accéder à ce site, soit on venait par les galeries sous l’avenue René Coty, soit directement par l’escalier qui est dissimulé sous deux grandes plaques rectangulaires, à côté de l’armoire de commande des feux tricolores sur le trottoir impaire de l’avenue Denfert-Rochereau.

Mon beau-frère qui était plein d’idées voulait faire un film sur nos virées nocturnes en vue de le présenter à un concours du meilleur reportage insolite amateur. Reportage couronné par un prix ma foi fort enviable qui consistait à boucler un tour du monde commenté et filmé par le lauréat.

A l’époque nous ne possédions pas de camescopes. Ils n’étaient pas encore commercialisés. Nos bonnes vieilles caméras super huit remplissaient parfaitement la tache à ceci prêt que la sensibilité des films n’avait aucune mesure avec celles des appareilles vidéo d’aujourd’hui. Maintenant, filmer en pleine nuit, à la lueur de quelques torches, ne pose plus de problèmes.

On décide donc de charger dans ma camionnette mon groupe électrogène pour alimenter deux grosses lampes Flood. Je lui flanque deux brancards sur ses flancs et on embarque avec 50m d’enrouleur de câbles électriques.

Pas possible de partir de notre tunnel, il faut faire court pour épargner les porteurs. On décide de descendre par Denfert. Pour ne pas attirer l’attention, nous sommes habillés de combinaisons bleues, chaussés de bottes et casques à lampes. Pour faire bonne figure nous délimitons la zone d’accès avec de la bande de chantier jaune/rouge. Une vraie équipe d’égoutiers ! Un car de flic passe tout près, ralenti et file tout droit. Ouf. La descente des escaliers ne nous pose aucun problème. Ce sont les nouveaux qui font les porteurs !

Notre colonne est ainsi composée : Le cameraman soit en tête, soit en queue, mais jamais derrière notre centrale électrique, ça ferait amateur, filme la progression. Juste derrière lui, les bras en l’air, le préposé à l’éclairage, puis le preneur de son avec une canne à pêche au bout de laquelle  est fixé un micro directionnel enfin le reste de la troupe qui fait office de figurants.

Tout se passe bien pendant la première demi-heure. On met le groupe en route juste pour éclairer les scènes à filmer. Arrivés sous l’Observatoire, on passe dans une galerie un peu spéciale. Elle est traversée à un endroit par un carottage au travers duquel passe un câble d’acier qui continue son chemin dans les entrailles de la terre. Une fois filmée cette curiosité, le reste de la troupe passe devant sans encombre mais c’est sans compter sur les deux porteurs du groupe électrogène qui, complètement intoxiqués par les émanations des gaz d’échappement, perdent l’équilibre et font chavirer leur fardeau sur … la sonde du sismographe de la ville de Paris !

On l’a appris dès le lendemain dans les journaux, nous avions créé une onde de choc de magnitude 8,5 sur l’échelle de Richter qui en compte 9. Nous avions rasé Paris !

Mon beau-frère ne remporta pas le premier prix. La moitié du jury, composé d’éminents journalistes parisiens, avaient dans leur jeunesse, au moins uns fois, arpenté le sous sol parisien. Ils lui concédèrent toutefois la troisième place pour l’utilisation de porteurs de groupe électrogènes jetables et la création d’un scénario catastrophe ou la plus belle ville du monde  disparaissait dans un séisme majeur !

Depuis belle lurette les sismographes modernes bourrés d’électronique sont plus sensibles aux bugs informatiques qu’aux bottes d’égoutiers.

En lieu et place du tour du monde il perçut en cadeau un appareil photo professionnel et un carnet de tickets de métro pour faire le tour de la ville martyre.

 

                                             Episode 6. Sous les jupes des filles.

 

Un autre puits est marrant à emprunter. Il mène directement sous le quai  RER direction Paris de la station Cité universitaire.

Tout le monde se bousculait pour y monter !

On partait même plus tôt pour être là au moment de l’affluence maximale de la station.

La bonne blague était de vérifier par la lumière au centre de la dalle s’il y avait un voyageur à proximité. Un instrument nous facilitait la tache, un miroir de dentiste.

Les plus chanceux pouvaient fredonner la chanson d’Alain Souchon « Sous les jupes des filles » quand une demoiselle était à l’approche.

-         Psit, psit, hep ! Vous là, oui vous ! approchez ! - 

On la devinait chercher du regard un interlocuteur parmi ses voisins et quand, par bonheur, elle se plaçait au centre de la dalle de fonte, un énorme :

-         Ah ce cul ! – retentissait dans la station.

Effet garanti.

Un copain plus porté sur la chose ou réellement en manque avait bricolé une antenne de radio télescopique qu’il s’évertuait par maintes contorsions à diriger vers les petites culottes qu’il avait si patiemment attendues  pendant parfois plusieurs dizaines de minutes. Comme il connaissait le chemin après s’être rincé l’œil, il nous rejoignait  guilleret comme  un invité au défilé de Victoria Secret.

Cette fois-ci  quand nous le vîmes radiner, il portait un magnifique cocard à l’œil gauche et l’enthousiasme d’un vers de terre à qui l’on a coupé la queue. Le copain de la fille à laquelle il avait accroché la culotte avait renvoyé l’antenne à l’expéditeur avec une certaine brutalité, donnant à son œil par trop zélé cette belle couleur bleu paillasson. C’est ce qu’on appelle en jargon journalistique, rendre l’antenne.

Des plaintes recueillies par la RATP sur ces néfastes atteintes aux bonnes mœurs fit réagir la préfecture de police qui créa enfin une équipe de policiers qui avait pour tache de se balader dans les carrières et d’y arrêter les contrevenants de toutes sortes. Une certaine indulgence envers les touristes cataphiles qui n’étaient qu’étudiants en goguette ou visiteurs occasionnels faisait que la simple présentation des papiers d’identité suffisait à calmer leur zèle. Ils nous demandaient de ressortir au plus vite et promettre de ne plus revenir. Pour les autres, les pilleurs, les dealers et autres rançonneurs, ( il y avait des bandes de loubards qui rançonnaient le bon peuple en manque de frissons) , la traque était permanente mais fort inutile. A l’approche des patrouilles, ils filaient comme poissons dans l’eau. Bien malin l’équipe qui réussissait à les coincer.

 

  

 

                                                Episode 7. A votre Santé !

 

Une nuit d’hiver, dehors il gèle à pierre fendre, nous sommes sur l’itinéraire de retour. Pas question de passer sous le réservoir de Montsouris pour risquer de mouiller les vêtements. Nous décidons de sortir à l’angle du  boulevard Arago et de la rue de la santé et  rentrer à pied par la rue Boussingault.

Le Rouge en tête nous sortons pile poil sous le nez des deux flics en faction dans leur guérite juste à l’angle de la prison ! On se regarde un instant. Ils ont le Mat 45 sous l’aisselle, nous, nos casques sur la tête. Le reste de l’équipe continue de s’extirper comme si l’on sortait de la dernière séance de cinéma. C’est bientôt 30 personnes, filles et garçons qui apparaissent aux yeux des fonctionnaires éberlués. Comprenant que nous ne sommes nullement des prisonniers en mal d’évasion, une prison mixte ça se saurait, ils se dérident enfin et nous taillons une petite bavette avec eux. Ils sont jeunes et sympas mais complètements gelés. Un pote leur tend un flasque de cognac pour se réchauffer. Après une légère hésitation ils sont opérationnels et nos deux larrons ont vite fait de vider le flacon. A ce moment un talkie-walkie grésille dans la guérite. C’est la patrouille de ronde qui s’amène. On comprend que nos deux gus risquent de se faire passer un savon si leur supérieur les renifle sous le nez et on s’éclipse aussi sec que l’on était apparus en longeant le mur du centre pénitentiaire.

 

                                             Episode 8  Perdue de vue.

 

Pendant toutes ces sorties nous n’avons jamais rencontré de problèmes si ce n’est un œil au beurre noir de temps en temps, des rhumes à gogo et parfois une bonne gueule de bois.

Une fois seulement on a vraiment eu peur.

 La topographie des carrières est telle que différents niveaux de galeries peuvent s’y côtoyer. Jusqu'à trois en hauteur et souvent deux en parallèles.

On imposait un strict règlement de progression. En file indienne avec aux extrémités deux personnes  capables de faire le chemin inverse dans l’obscurité totale.

Cette fois là mon beau frère ferme la marche. Je suis en tête avec Michel et le Rouquin. La dernière personne en queue, hormis mon beauf, c’est une jeune fille. Elle a amené sa propre lampe de poche et refusé la bougie et les allumettes que nous fournissons à ceux que ce doublon rassure. Elle nous affirme qu’elle a installé une pile neuve et on en reste là.

La ballade se passe bien et au retour, toujours dans le même ordre, nous rebroussons chemin direction la place Rungis par une autre voie. Une fois dehors, à la sortie du tunnel, nous nous rendons compte qu’il manque la jeune fille qui fermait la marche. Pourtant le beau-frère est là. On comprend tout d’un coup la bévue. Pendant la progression mon beau-frère m’a demandé une pellicule photos que j’avais en rab dans mon sac. Je n’ai pas réalisé sur le coup que s’il était à côté de moi c’est qu’il ne fermait plus la marche. Mais personne ne l’avait vu remonter la file. Il avait, pour aller plus vite emprunter une galerie parallèle et laissé ainsi la queue sans protection pour quelques instants.

Nous décidons alors de repartir à trois et explorer l’itinéraire sous toutes ses coutures en espérant qu’elle a suivi les conseils que nous prodiguons au départ, à savoir, si on se retrouve seul et isolé ne plus bouger et attendre les secours.

Inutile de jouer au concierge du Val de Grâce un prénommé Philibert qui avait disparu dans les carrières et dont le corps ne fut retrouvé que onze ans plus tard.

Au bout de 30 minutes de course effrénée on la retrouve enfin. Elle n’avait plus de lumière. La pile n’était pas en cause. Elle avait fait tomber la lampe et la chute avait brisé le filament de l’ampoule.

Elle n’avait pas fait attention qu’elle était la dernière de la colonne et s’était arrêtée un instant pour faire une photo de stalactites à l’endroit d’une bifurcation.

Quand elle voulut rattraper le groupe elle emprunta la mauvaise galerie et ne réussit pas à nous rejoindre. Et pour cause ! Paniquée, elle s’est mise à courir et à trébucher. Une fois dans le noir elle a appelé en vain et s’est résignée à attendre sans bouger notre arrivée. Chapeau. Il y en a plus d’un qui aurait pété un plomb en pareille circonstance à rester ainsi dans l’obscurité la plus totale pendant plus de deux heures.

Il faut préciser que le son se propage très mal au fond des carrières et il suffit d’être séparé d’une chicane de pilier pour ne plus percevoir un son émis à quelques mètres.

 

                                   Episode 9. Val de Grâce et géologie.

 

Nous évitons dorénavant de trop jouer de la guitare avec la sonde du sismographe de l’observatoire et, une nuit, nous décidons d’aller sur la tombe de Philibert Aspairt, l’infortuné concierge du Val de Grâce qui se perdit dans les carrières  qui prolongent l’escalier monumental de la cour principale. Sur sa tombe, qui a été érigée à l’endroit même où l’on a retrouvé son squelette décharné avec le trousseau de clés encore accroché à ses flancs, une épitaphe indique le jour de sa disparition, le 3 Novembre 1793 et sa découverte 11 ans plus tard par un inspecteur des carrières. Il fut inhumé dans cette belle sépulture en pierre le 30 avril 1804. D’après la légende il avait tenté de rejoindre  les caves des chartreux situées sous les jardins du Luxembourg où les divines bouteilles liquoreuses se bonifiaient. Mauvais plan. Il avait pratiquement atteint son but et rendu l’âme à quelques mètres de son but.

Il en serait toutefois mort de dépit s’il avait pu y pénétrer. Elles étaient vides. En 1790 les révolutionnaires avaient, avec un zèle certain, nationalisé les vins et spiritueux de l’église et avaient tout raflé.

Bref nous allons de bon cœur en parcourant ces galeries entièrement couvertes de pierres de belle facture, œuvres de maçons consciencieux qui auraient pu très bien saloper le travail sachant qu’il ne serait jamais vu du grand public.

Pressés de questions sur ces lieux sinistres et magiques à la fois, nous jouons de bonne grâce au guide de musée. Et oui, ce n’est pas tout le temps histoires salaces ou  «  Les cinq dernières minutes »

Ces murs de pierres sèches, « Les hagues » retiennent les pressions latérales des comblements de terres et autres gravois enfouis dans les carrières au fur et à mesure de leur exploitation pour ne laisser que ces galeries techniques maçonnées.

Il reste cependant, çà et là, des fronts de taille inachevés où l’on peut apprécier le savoir-faire des carriers de l’époque.

Avant de continuer, un peu de géologie, ça ne sera pas long, pour mieux comprendre pourquoi le Paris qui se trouve juste au-dessus de nos têtes est la plus belle ville du monde.

Paris est au centre d’un plat qu’un potier malicieux, monsieur Letemps, a créé avec différentes couches colorées. Il a relevé les bords et mis à sécher. Pas de chance, il était un peu miro et l’a posé sur des noix qui ont déformé le fond à certains endroits. Une fois sec, son apprenti, le jeune Erosion, voyant les bosses, crut bien faire de les meuler avant la cuisson pour rattraper le niveau.  C’est clair ou je vous laisse le temps de relire les contes de Grimm ?

Quand la pièce sortit du four, le potier s’aperçut du raté et la jeta. Par chance elle atterrit à un endroit  cerné de collines en forme de bassine ou des lutins colériques se chamaillaient, les parisiis qu’ils s’appelaient. Le potier, pas très fufute, le surnomma le bassin parisien avant d’aller réaliser d’autres œuvres aussi désopilantes. Et voilà !

Comment ? De la coke, où çà ?

Ainsi, les bosses, euh, les collines de Montmartre, des Buttes Chaumont et de Belleville, pour le gypse, offrirent facilement à ciel ouvert ce trésor blanc qui au début s’extrayait sans effort.

Il en fut de même pour la butte aux cailles, la colline de Chaillot et le versant nord de Gentilly,  pour les glaises.

Si l’on découpe le sous-sol parisien à la manière d’un gâteau, on y remarque plusieurs couches successives bien distinctes. En partant du bas, une énorme couche de craie de 400m d’épaisseur est surmontée de 10 à 20 mètres d’argile plastique puis d’une couche d’une vingtaine de mètres de calcaire très dur dit du Lutécien et enfin coiffé de 20 mètres de marnes et cailloux. Cette dernière couche  se subdivise en divers bancs  de sable, de glaise et, cerise sur le gâteau, de gypse. Avec toutes ces matières premières Paris put disposer : du plâtre, le fameux plâtre de Paris à partir du gypse réduit en poudre et cuit au four ; de la chaux, en chauffant la craie par la même méthode ; de briques avec l’argile ; de ciment avec les marnes et enfin, de cette magnifique roche calcaire blonde qui fait la magnificence de nos palais, musées et cathédrale. Et, j’allais oublier, les belles pierres de meulières si chéries dans les années vingt, supportant les pavillons de banlieue du 9-3.  Bref, à l’époque, il y avait du boulot pour tout le monde.

Lorsque, rapidement, on s’aperçut que les carrières à ciel ouvert, celle des bosses, étaient épuisées, il fallut bien continuer en profondeur et creuser des galeries. Au dessus il y avait déjà des habitations et pour en créer d’autres il fallait bien de la matière première. On creusa alors des galeries qui suivaient le filon en souterrain avec, de temps en temps des puits de ventilation et d’extraction. Par chance le sous-sol de Paris, à part les bosses, est plat. Les galeries d’exploitation des roches calcaires se situent en moyenne à une vingtaine de mètres de la surface ce qui facilitait le travail des carriers. Malins, ils s’étaient rendus compte que souvent les entablements de roches dures reposaient sur une mince couche de 10 à 20cm de roche tendre qu’il était aisé de cureter à l’aide d’une longue tige à croc, la rivelaine. Au fur et à mesure qu’ils creusaient ils disposaient des coins de bois pour soutenir la masse. Arrivé à une profondeur de 2 mètres, ils ôtaient les coins et le bloc tombait sous l’effet de son propre poids. Ils n’avaient plus qu’à les débiter à la scie et  les déplacer avec des rondins de bois jusqu’au puit d’extraction ou un treuil à cage d’écureuil les remontait en surface.

Mais tout ça, me direz-vous, quel rapport avec le Val de Grâce ?

Aucun, mais je ne voulais pas que vous soyez frustrés et passer pour des imbéciles quand Monsieur Darwin vous demandera, une fois là-haut, de quelle bassine il s’agit.

On avait dépassé depuis une vingtaine de minutes la tombe de Philibert et étions presque arrivés au pied du fameux escalier quand un de nos invités sort de son sac des fusées de feux d’artifice. Tout le monde se marre. A part les tirer à l’horizontale, on ne voit pas bien le rendu artistique d’une telle opération.

-         Mais si ! - Renchérit notre artificier amateur –

On va faire marrer les bidasses ! –

Je signale pour le lecteur qui ne connaît pas les monuments de la capitale que le Val de Grâce est un hôpital militaire ou d’illustres patients viennent se faire soigner. Des VIP ou des politiques genre chefs d’état par exemple. Attention, nous sommes en démocratie et Monsieur tout le monde peut également s’y faire soigner. La discrétion du personnel que sont les militaires y fait pour beaucoup. D’aucuns prétendent que les infirmières seraient moins pipelettes que leur consœurs du privé !

Arrivés enfin derrière les grilles,  la lune,  là haut, croise  ses rayons  avec ceux de nos lampes frontales.

On se dit alors qu’un feu d’artifice dans un tel endroit pourrait donner un peu de bonheur à tous ces malades alités qui doivent s’emmerder ferme à l’extinction du clairon.

Nos supputations sont interrompues par la découverte, au pied des marches, juste derrière la grille, d’un amoncellement gigantesque de clichés de radio.

Il y en a des dizaines de milliers. Les archives ont dû faire le ménage et les stocker là alors qu’une salle, un peu plus loin, leur est théoriquement destinée.

 Si on pense aux kilos de sels d’argent qui reposent là.

On peut en faire des fourchettes et des cuillères pour tout un régiment ! Avis aux récupérateurs !

De notre position en contrebas, nos lampes éteintes, nous sommes indétectables. Quelques personnes traversent la cour, d’autres fument leurs clopes au seuil d’un perron. Tout est calme. Avec des gravats on cale les fusées justes derrière la grille et opérons la mise à feux. Bonnes trajectoires, les 5 fusées viennent s’éclater sur la façade opposée en une myriade d’étincelles. On rigole comme des gamins. Pas longtemps. Des coups de sifflets stridents déchirent la sérénité des lieux. Soudain, il y a des flics partout. C’est bizarre, ils soignent aussi les poulets ? On ne comprend rien aux événements, eux non plus d’ailleurs. Soudain les silhouettes de deux hommes en arme se détachent en fond de ciel, juste derrière la grille. Avant même qu’ils se soient saisis de leur torche pour inspecter notre position, nous avons déjà dévalé les 30 mètres de marches de l’escalier créé par Mansart et fonçons vers le nord. Derrière nous, de plus en plus atténuées, des voix qui s’égosillent à hurler « Police ! Montrez-vous ! » On n’en mène pas large. Notre blague de potache à t’-elle été interprétée pour une tentative terroriste ? Va savoir ! Et va savoir surtout si une personne  du show biz ou du monde politique n’est pas hospitalisée, justement cette nuit, ce qui expliquerait tout ce remue-ménage.

Nous préférons ressortir par notre tunnel plutôt que dans le quartier. Chaque sortie de puits est peut-être surveillée par la maréchaussée.

Le lendemain, pas une seule ligne dans les canards.

On n’a jamais su qui se trouvait au Val de Grâce cette nuit-là.

 

                                                          Epilogue

 

Aujourd’hui, tout a bien changé. Sur les 300 accès intra-muros, il n’en reste plus que 3 ou 4 qui ne sont pas soudés ou bétonnés. Des vandales ont volé les plaques de rues, détérioré les inscriptions gravées, endommagé des sculptures, taggé  à tout-va des graphes bicentenaires.

Pour riposter à ces hordes imbéciles l’IGC a cru bien faire en bétonnant un nombre impressionnant de galeries pour isoler les différents arrondissements.

Les accès souterrains aux grandes écoles et aux monuments publiques ont subi le même sort.

Paradoxalement ce gâchis fait le bonheur des promoteurs toujours aux aguets pour grignoter toujours un peu plus des terrains enfin constructibles.

Un mal sournois envahit ce qui reste de ce patrimoine.

L’humidité. Les puits d’aération ayant été bouchés, elle attaque tout. Des galeries qui, sur des siècles n’avaient jamais bougé voient leur ciel s’écrouler en fontis, entraînant des affaissements dans les couches supérieures qui se répercutent jusqu’en surface. Des sculptures sont attaquées par les moisissures et j’en passe.

Je ne veux pas jouer les radoteurs nostalgiques mais on aurait pu éviter cette catastrophe annoncée.

A l’époque ou mon père jouait au train, l’idée m’était venue d’installer une voie ferrée souterraine dans ces galeries qui par leur dimensions se prêtaient fort bien  à un réseau de type mine à voie de 50. Des tracteurs électriques à accumulateurs récupérés pour 1 franc symbolique comme le nôtre qui provient de la fabrique de dynamite de Moret-sur-Loing, auraient parfaitement fait l’affaire. Avec quelques wagonnets transformés en baladeuses, une promenade touristique dans les entrailles de la capitale, à la manière des mines de sel de Bavière, auraient, j’en suis convaincu, remporté un vif succès.

Comme au musée Grévin des scènes de la vie de tous les jours ou au contraire de faits glorieux qui ont émaillé l’histoire de Paris à travers les siècles se découvriraient dans les salles  tout au long du parcours. Des personnages de cires dans des dioramas tel  l’exécution de Cartouche ou la sortie des égouts de Jean Valjean  poursuivi par Javert, les fêtes galantes ou les messes noires de La Montespan, c’est à foison que l’on pourrait évoqué l’histoire d’une manière ludique en mélangeant mythes, romans et réalités.

Mon beau-frère qui avait ses entrées au RPR et connaissait Chirac, le maire de Paris de l’époque, lui en avait touché deux mots. Les seules suites que l’on nous donna c’est que cela coûterait bonbon, que pour ouvrir les galeries au public, il fallait les sécuriser etc.…Bref, ce n’était pas dans l’air du temps.

Dommage. En deux mille ans d’exploitation, des premières glaisières de la montagne Sainte Geneviève, à l’ossuaire des catacombes, les entrailles de Paris tel la corne d’abondance ont toujours façonné la ville de manière à la rendre belle et attrayante.

 

                                    Ingratitude quant tu nous tiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 17:11

                                                 

 

Dans vingt ans, çà va bouillonner grave dans les maisons de retraites, hospices ou résidences médicalisées. A force de nous entêter à rester vivants et vivre aussi longtemps, les sous, c’est sûr, vont manquer. Va falloir faire des économies. Adieu les virées en chaises roulantes électriques, bonjours les courses de déambulateurs. Fini les changes derniers cris que l’on jette au moindre éternuement, dorénavant on utilisera aussi l’autre face, celle coté velcro. Plus d’implants dentaires pour le quatrième age, on se prêtera un dentier commun, source efficace d’économies. Quand les premiers auront fini de manger, les suivants n’auront plus faim. Les seules sorties autorisées seront les promenades dans l’allée du crématorium pour s’habituer.

Enfin les cercueils seront montés sur roulettes et plantés d’une voile de skitesurf, gage d’une maîtrise parfaite de l’écologie. Finis les corbillards diesel puants et fumants, encrassant les bronches des futurs clients. Vous trouvez çà drôle ? Non ? Et bien que vous soyez de droite, de gauche ou de la trinité, faites donc deux ans de plus pour faire plaisir aux uns, augmentez les cotisations pour rendre le sourire au autres et ne faites rien  pour réveiller le Bon Dieu. Il a vraiment autre chose à faire que de s’occuper de certains privilégiés au regard du reste du monde qui nous observe médusé.

 

Ah ! Ca fait du bien.

 

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 18:19

Il existe à notre époque une réelle désaffection de la spécialité de gynécologie qui se manifeste par une vacance de plus en plus  importante des places de praticiens. Pour ceux encore en activité, la surcharge de travail est telle qu'il n'ont plus de temps à eux. Les plus honnêtes vont même à faire des heures supplémentaires. Incroyable, non ?

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 14:54

Pour calmer les tensions dans les files d’attente aux stations-services, ne vaudrait-il pas mieux inverser deux mots de l’expression : "Faire la queue à la pompe"

Cela détendrait énormément l’atmosphère, le temps semblerait moins long et les gens y prendraient même un certain plaisir…. Enfin, moi ce que j’en dis.

 

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 19:26

Pour cesser enfin toute polémique sur le comptage des manifestants, les autorités ont confié cette tâche à des indépendants, des retraités en l’occurrence qui, par le biais de ce petit boulot, voient leur pension s’étoffer d’émoluments des plus lucratifs.

Hélas cette disposition à ses limites, surtout à l’heure de la sieste.

Hier, des journalistes de canards régionaux de tout bords se sont mis à leur tour à compter les manifestants par la méthode traditionnelle.  Effroi et stupeur, les comptages s’avèrent inférieurs à ceux de la préfecture !

Une solution, un peu tête-en-l’air, consistant à analyser des photos aériennes hautes résolutions, permettrait de résoudre enfin ce dilemme. Une tête pour un manifestant.

Hélas, trois fois hélas, il sera aisé pour les centrales de contourner la justesse du contrôle en demandant aux manifestants de s’accompagner de ballons de baudruche coiffés d’un couvre-chef. Vu du ciel, cela fera parfaitement illusion. Stupéfiant non ?

 

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 19:14

Plan des carrières sous Paris

 

Si vous avez lu l’article ‘Mélodie en sous-sol’ vous avez certainement été frustrés de ne pas suivre, au moins sur un plan, nos pérégrinations souterraines au début des années 80. Et bien, cette frustration est dorénavant à jeter avec l’eau du bain. J’ai enfin retrouvé dans mon fouillis, mes notes et relevés de terrain concernant les sous-sol des 5, 6, 14 et 15ème arrondissements de Paris. J’ai reconstitué le puzzle d’une trentaine de feuillets en un plan légendé à haute définition qui permet, en zoomant, d’afficher le moindre petit détail de nos explorations.

Les puits d’aérations, les puits à eau, les puits à échelons, les escaliers, les pentes et galeries PTT, tout est scrupuleusement répertorié et repéré en fonction des rues.

Pour mieux se repérer, les sites importants sont coloriés en orange.

Attention, comme je le précisais dans l’article, de l’eau a passé sous les ponts et bons nombres d’accès furent bétonnés dès la fin des années 80. Bon courage pour un éventuel jeu de piste et j’averti les cataphiles en herbe que les carrières sous la capitale sont toujours interdites au public. A bon entendeur…

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 18:27

Recrudescence des risques d'attentats par des femmes...ou assimilés.

Nos fins limiers ont des astuces pour repèrer le petit truc qui cloche.

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 19:09

Il est un tantinet plaisant de voir les conservateurs de musées ou autres sites préhistoriques à réclamer leur retraite au plus tôt alors qu'ils font travailler des vieux qui ont pour certains d'entres eux plus de 400000 ans au compteur !

Affligeant n'est-ce pas ?

 

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 19:57

Les bonnes vieilles habitudes,on finit toujours par les avoir dans le nez !

 

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 17:02

Egypte. Un endroit qui ne paye pas de mine.

 

Ce mois d’Août 1988, nous laissons au repos le

TP3 et   décidons de partir en Egypte avec les sacs à dos.

Après de sérieux préparatifs, on aime bien rigoler mais cela n’empêche pas de faire sérieusement les choses, nous concoctons un itinéraire tout à fait honorable.

Du Caire, après 3 jours de visite de la ville, son musée des antiquités, les pyramides de Gizeh, une soirée sons- et-lumières aux pieds du sphinx et de nombreuses ballades, nous empruntons de nuit le célèbre train couchette première classe climatisé pour descendre sur Assouan. Ensuite, visite des musées et des environs dont les carrières d’obélisques. Nous empruntons un taxi pour traverser le désert et se rendre à Abou Sim bel. Nous remontons par Philae puis, par le train omnibus, visitons les sites qui longent le Nil tel que Louxor, Karnak, la vallée des rois et j’en passe.

De nouveau le Caire pour quelque jours puis autocar pour se rendre à Alexandrie. Deux ou trois jours de visites. A nouveau l’autocar avec passage sous le canal de Suez direction Charm el cheikh en longeant le massif du Sinaï en bordure de mer rouge.

Camping sur la plage avec plongées pour apercevoir coraux et poissons multicolores. Enfin retour, mais sur le Caire pour embarquer à l’aéroport direction Paris. Voici le programme théorique. En pratique, quelque différences vont apparaîtrent comme  32 bosses sur un  dos de dromadaire à vexer un chameau.

Départ Orly, correspondance aux Pays bas à Scheepol  puis arrivée au Caire. Tout se passe dans la logique cartésienne des compagnies aériennes qui pratiquent les vols charters. On vole vers le nord pour se rendre au sud. Bref, une fois devant les tapis à bagages, nous constatons qu’il manque deux valises et pas des moindres, les nôtres. Heureusement pour les filles, les leurs sont bien là. Après réclamations, on nous propose d’attendre quelques jours et rester zen.

Nous restons donc zen comme un japonais prêt à faire Hara-kiri à son interlocuteur. Nous en profitons pour visiter le Caire comme prévu.

Nous avons pris le taxi une seule fois dans cette ville. Le type roulait à tombeau égyptien ouvert  et se perdait à chaque carrefour. Deux heures pour parcourir les 25 bornes du Caire à l’hôtel, près de l’aéroport ! Heureusement une crevaison  divine nous sauva et nous permit de terminer le trajet à pied. Après multiples allers-retours aux objets perdus, cette fois-ci, en autobus, nous finissons enfin par récupérer nos valoches qui, d’après les informations collées sur leurs flancs, avaient fait un détour par Philadelphie. Logique quand tu nous tiens, essaye de bien te tenir aussi.

Je passerais sur le reste du voyage qui s’est parfaitement déroulé comme il était prévu hormis quelques petits détails disons olfactifs et surtout intestinaux pas piqué des hannetons.

Le plus curieux, c’est que ce n’est pas dans de vieilles gargotes à l’hygiène foncièrement éloignée des normes en vigueur que les ennuis digestifs se sont produits. Dans les quartiers non touristiques du vieux Caire où seuls les autochtones s’aventurent, il y avait des petits restaurants bons marchés qui ne payaient pas de mine. Aux nappes à carreaux qui n’avaient connu le mot lessive qu’au passage de Napoléon et un serveur à la goutte au nez qui retenait la coulure avec son panaris, on ne pouvait leur opposer que des mêts délicieux, la plupart du temps composés de recettes inconnues des livres de cuisine pour touristes.

Et bien, à aucun moment nous avons été victime d’une quelconque turista après ces repas pourtant considérés à haut risque par les agences de voyages. Il a fallut qu’un jour on se paye un resto étoilé dans un grand complexe hôtelier international pour connaître les affres d’une colique carabinée. Peut-être le serveur au panaris bien mûr avait changé d’employeur, qui sait ?

Le train-couchette, un exemple de propreté et de luxe, avait comme alter- ego  le train omnibus. Comme la matière et l’anti-matière, un monde les séparait.

Les toilettes étaient si bouchées qu’elles débordaient au sol sur les 10 centimètres que délimitait le seuil de porte. Des ingénieux utilisateurs y avaient placés au sol des pavés comme les cailloux d’un gué. Malheur à celui qui laissait traîner ses bretelles !

Enfin nous arrivons à l’instant du récit où les choses faillir réellement se gâter. Nous étions sur le retour de Charm el cheikh, en autocar climatisé. Une digestion, très mal engagée, tourmentait votre narrateur et je passais par toutes les couleurs, tantôt suant à grosses gouttes, tantôt tremblant comme une feuille d’ibiscus. J’avais hâte d’arriver à la halte relais où les gens pouvaient descendre pour se désaltérer et se soulager. Encore 50 bornes, 20 bornes, 10 bornes, je n’en pouvais plus, 5 bornes, 1 borne, je vais craquer, 300 m, on aperçoit enfin le relais. L’autocar s’immobilise dans un nuage de poussières. Je suis le premier à sortir. Où sont les toilettes ? Je fonce, enfin je veux dire que je me hâte lentement. On ne sait jamais avec les secousses de la marche, une vibration du sol, un éternuement ... Stupéfactions ! Un autre car est déjà là. Devant les toilettes, un queue d’au moins 20 personnes. A l’attitude coincée de certains je me doute que ce n’est pas la   fête non plus. C’est pas possible, on a tous bouffé au même resto ou quoi ? Je ne pourrais jamais tenir. Je fais un tour d’horizon à 360°. Rien. Que du sable à perte de vue. Vers l’ouest, on aperçoit bien la mer mais la plage est peut être à 500 m. De l’autre coté, les flancs du Sinaï avec ces jolies petites dunes de sable rouge et or. N’écoutant que mon instant de survie, je me dirige vers elles et me glisse entre plusieurs rangées de barbelées en maugréant après les égyptiens qui laissent traîner n’importe quoi, n’importe où. J’en accroche même mon précieux rouleau de papier qui n’est pas de la mer morte celui-là. Je suis encore en terrain découvert et ma pudeur me dicte de pousser encore plus loin ma recherche d’intimité quand soudain j’entends des hurlements provenant du car et des passagers. Je me retourne. Là bas à 150 m plein de gens s’agitent les bras en l’air en gueulant dans ma direction. Merde, ce n’est pas vrai, ils ne peuvent pas me laisser tranquille juste un instant ! Sont chiants ces mecs ! Je parviens enfin à contourner ma petite dune et là, enfin, la délivrance. Alléluia !

Ils sont lourds les mecs ! Qu’est-ce qu’ils ont maintenant à klaxonner. Ils ont dit, 20 minutes d’arrêt ! Pour passer incognito, c’est raté. Je vais me faire chambrer par tout le monde mais je m’en fou. Je me sens tellement soulagé par rapport aux minutes précédentes où j’ai cru exploser que les railleries ne m’atteindront pas le moins du monde.

D’une allure guillerette que je qualifierais même de primesautière, je prends la direction des moqueurs en m’arrêtant par-ci, par-là à observer les jolies euphorbes et autres cactés qui poussent avec vigueur aux détours des vallons dûnaires. La clameur ne faiblissait pas et au fur et à mesure que je me rapprochais, le visage des gens semblait plus enclin à traduire la frayeur que la franche rigolade. Je repassais  les triples rangés de barbelés pour enfin arriver au bord de la route. Là, je me faire engueuler par le chauffeur et le gérant des lieux ! Ils baragouinent en anglais des choses que je ne comprends pas. Ils me font prendre du recul et me désignent une pancarte à moitié décapée par les vents. Elle était plantée là, au beau milieu des herbes qui précédaient les dunes. « Attention mine » y était rédigée en arabe et en anglais sous une tête de mort croisée de  deux tibias. Je crus bien les coliques revenir sur le champs… de mines.

Ces cons-là, je parles des militaires, n’ont pas été foutus, depuis la guerre des 6 jours, de ramasser leurs saletés, au moins en bord de route !

En discutant avec un passager qui parlait notre langue, celui-ci m’expliqua que depuis 21 ans des milliers de mines sont encore enfouies dans la bande de terre qui représentait à l’époque le No-man’s land entre les positions égyptiennes et Israéliennes. D’ailleurs, tout le long de la route, des tranchées et des fortins de sacs de sables sont encore bien visibles des automobilistes qui n’ont droit de s’arrêter qu’aux haltes routières. Mais ici tout le monde était au courant et il faudrait être complètement cinglé de s’aventurer ne serait-ce que d’un mètre au delà de ces barbelés.

Quand je me disais que cette foutue colique allait me faire exploser, tout compte fait, je n’avais pas tout à fait tort !

 

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