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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 16:19

SCENE  2

 

 

Léon, William et Lucien sont en grande discussion.

Lucien : « Les gars du maquis sont bien gentils mais s’ils utilisent la manière forte, on va droit au bain de sang ! Et on ne peut pas prendre le risque de mettre en péril la vie des occupants des Tilleuls qui seront présents ce soir là.»

Léon : « Faut dire que là, on n’a pas été très malin : Communiquer à Roi Arthur les invitations de la soirée ! »

William : « Il faut avouer que l’occasion était vraiment trop belle : Une centaine de gradés, la fine fleurs du mur de l’atlantique. Un rêve inespéré pour un stratège ! »

Lucien : « A ce Karl, Quel bavard ! On ne lui avait rien demandé et voilà qu’il nous déballe tout le bottin mondain de la Wehrmacht ! »

Léon : «  Enfin, le problème de leur neutralisation n’est pas résolu de sitôt. Comment s’y prendre, comment être sûr de la date du débarquement ? C’est le Black-out total. On sait désormais qu’il se produira en Normandie, mais personne ne peut donner de date précise ! »

Damien et Marcel rentrent dans la pièce et les hommes changent de conversation.

Marcel : « Il va y avoir de l’orage ! Les fridolins sont sur les dents, trois fois qu’ils nous on demandés les papiers ! »

Damien : « Ouais, tous excités, même les vaches ! Il faut voir la gueule de la clôture du père

Granville ! Elles ont tout saccagé et elles se roulent dans le pré comme un chien qui veut se débarrasser de ses puces ! »

Lucien : « Cela recommence comme l’année dernière, un printemps pluvieux et chaud et les

vaches qui se mettent à brouter à tout va, engorgeant au passage des Amanites tue-mouches ! »

William : « En écosse dans les Highlands, j’ai assisté à des scènes identiques. Des vaches,

complètements crazy, à sauter les barrières comme des chèvres ou au contraire, être tétanisées, les pattes en l’air ! »

Le père Diego, qui vient d’arrivé et entendu la fin de la conversation : « N’oublié pas, messieurs

qu’un automne normand peut s’avérer encore plus déstabilisant pour ces pauvres ruminants : Brouter des Amanites tue- mouche et les pommes fermentées, vous avez là une curiosité animale des plus cocasses ! »

Marthe, arrivée de l’office : « Et bien messieurs, on parle recettes de cuisine ? »

Damiens : «  Comme recette de cuisine, c’est aux schleus qu’il faudrait faire incurgiter cette mixture ! »

Tous se regardent.

Le père Diego : « La vérité vient de la bouche des enfants ! Marthe, serriez vous préparer un cocktail ? »

Marthe : «  Un quoi ? »

Père Diego : «  Un cocktail ! C’est une sorte de mélange alcoolisé que l’on prend à l’apéritif

chez les Anglo-Saxons. Ce peut être des vins cuits associés à des fruits, par exemple.

Tenez, lorsque j’étais aux Antilles, on vous proposait un planteur. C’est un mélange de Rhum,

De jus d’orange et de sirop de canne. C’est délicieux et si on n’y prend garde, l’ivresse est vite au rendez-vous ! »

Léon : «Ce que M le curé essaye de vous dire Marthe, c’est que la préparation à laquelle on pense tous, c’est de mélanger des Champignons à un alcool. »

William : « Un bon calva en absence d’un bon Whisky par exemple. »

Marthe : « Ben en v’la une idée ! Moi, les champignons, c’est dans l’omelette que j’ les fourre ! »

Léon : « Au point ou on en est, autant mettre tout le monde au courant, cela évitera bien des bévues. Allez- y mon père, expliquez lui. »

Père Diego : «  Ma chère Marthe, notre préparation n’a rien de culinaire. Le but de la manœuvre

est d’endormir notre auditoire teuton suffisamment longtemps pour désorganiser les lignes allemandes le jour du débarquement. »

Marthe, les yeux au ciel : « Hou la la, rien que çà ! Mais vous êtes tous fous ! P’têt ben qu’il s’f’ra, p’têt ben qu’il s’ f’ra pas vot’ débarquement ! »

Lucien : « A çà, c’est une bonne réflexion de Normande ! »

Le père Diego : « Elle n’a pas tord. Pour le moment, Londres nous a donné une fourchette entre le 4 et le 7 juin. Après les coefficients de marée compliqueront énormément les opérations et l’invasion pourrai être reportée de plusieurs jours, voir de plusieurs semaines»

William : « Il faut prendre le risque. De toutes les façons, soit le débarquement a lieu avant le 5 juin et ils auront d’autres chats à fouetter que d’assister à une fête de patronage, soit après et nous seront déjà tous virés des Tilleuls ! Nous avons une petite chance. Foi d’ancien bookmaker ! »

Léon, william, Lucien et le père Diego se regardent, soucieux.

Augusta, qui vient d’entrer, accompagnée de Pierre, Marie et quelques autres pensionnaires : 

« Alors, qu’est ce que l’on complote ici ! Faire prisonnier l’armée allemande ! »

Léon : « pourquoi pas ! On les endort et on les boucle dans la carrière ! »

Le ton est à la boutade, mais le père Diego, sortant de ses pensées : « Pierre, vous nous avez bien dis qu’autrefois, vous étiez biologiste à Paris ? »

Pierre, tout fier, pour une fois qu’on s’intéresse à lui : « En effet, j’officiais à l’institut Pasteur comme botaniste. »

Père Diego : « Que pensez-vous de l’association Amanite tue-mouches- alcool sur les humains ? »

Pierre, tout à son affaire : « Déjà, la Tue-mouches seule, est un puissant hallucinogène. Le chapeau séché puis avalé sans être mâché, est utilisé comme drogue par les Lapons. Les symptômes se manifestent de vingt minutes à deux heures après l’ingestion. Du fait que le système nerveux se trouve affecté, les muscles de l’intoxiqué se contractent convulsivement ; suit un état d’ébriété puis une période de sommeil profond. Même si, à ce stade, le champignon est vomi, ces manifestations persistent. En état de stupeur, l’intoxiqué a des visions très vives. Il se réveille très gai et bouillonnant d’activité, ses nerfs ayant été fortement stimulé, le moindre effort se traduira par des réactions physiquement exagérées. Faire un bon énorme pour franchir un tout petit obstacle par exemple! Y ajouter de l’alcool peut amplifier le phénomène avec des risques cardiaques important. Tout est dans le dosage. »

William : « Après une pareille explication, on va hésiter à traire les vaches ! »

Père Diego : « Pour neutraliser une centaine de personnes, il faut collecter combien de champignons ? »

Pierre : «  Si vous avez le temps de faire sécher les chapeaux, le principe actif qu’est la mycoatropine se transformera en muscarine qui, elle, est cinq à dix fois plus toxique.

Je dirai un champignon séché de taille moyenne pour deux personnes, sous réserve du poids et de l’état de santé du cobaye. »

Père Diego : « Les risques peuvent-ils être mortels ? »

Pierre, pince sans rire : « Comme à la guerre mon père, comme à la guerre ! »

Léon : « Même s’il y a un risque, combien de vies sauvées si nous réussissons. Disons, mon père

que nous allons pécher par excès d’hospitalité ! »

Lucien : « A la condition que nous ayons pu fabriquer le breuvage, il faudra s’assurer que tout les allemands soient réunis dans un même lieu, la salle d’été, en l’occurrence et qu’ils boivent tous en même temps ! »

William : « Sans oublier les ordonnances et les sentinelles en faction dans le reste de la propriété ! »

Augusta : « Mathilde, Lucette, Clotilde, Victoire et moi-même, possédons suffisamment de charme pour séduire tout un régiment ! Pas vrai les filles ! Comme on n’apparaît pas de suite dans la première scène, cela nous laissera le temps de les abreuver à la santé d’Adolphe ! »

Les deux pilotes et leurs cavalières, ces quatre là ne se quittent plus, arrivent sur l’entrefaite.

Gène : « Marcel et Damien viennent de nous informer de la situation. Il est crucial  de réussir votre entreprise. Rappelez-vous, qu’à cause du danger que représentent les marécages autour de Saint Germain de Varreville, notre mission était de repérer de nuit les zones d’implantation des projecteurs et des balises radio destinées au guidage des parachutistes et des planeurs. La résistance avait allumé des brûlots aux points stratégiques. Et c’est malheureusement là qu’une panne de moteur nous a forcée à atterrir. Depuis, d’autres collègues, ont certainement fait notre job, mais le danger reste entier pour ceux qui risquent la noyade dans les marais et ceux qui peuvent être tirés comme des lapins s’ils atterrissent au beau milieu des villages ! Il faut absolument désorganiser la défense ennemie avant le débarquement! »

Léon : « Couper les têtes de l’hydre, plus facile à dire qu’à faire, mais impossible n’est pas français, n’est-ce pas William ! »

Père Diego : « Résumons nous ; Un, on collecte les Amanites. Marcel, Damien , Mathilde et Lucette, à vos paniers ! Deux : Marthe, vous les faites sécher dans un lieu discret, les combles

par exemple. Trois, préparation du mélange avec sucre et Calva. Quatr…. »

Gaston : « Quatre, je me sacrifie je goutte, on ne sait jamais ! »

William : « Je me sacrifie aussi, je goutte ! »

Père Diego : « Hum, on ne vous en demande pas tant. Cinq : Enfin, la soirée proprement dite, si évidemment, aucun événement n’est intervenu d’ici là : Il nous faut une ponctualité sans faille. Tous les allemands doivent être là au même moment, pas de retardataire. Ils devront prendre le cocktail en même temps…. »

Léon : « Il faut prévoir un cocktail sans calva pour ceux qui ne boivent pas d’alcool ! »

Lucien : « Dans ce cas, il faut augmenter l’Amanite ! »

Marthe : «  Et le sucre ! Vot’ truc ça doit être amer à tirer une langue de vache ! »

Père Diego : « D’accord, excellente idée, Marthe, vous vous en occupez ? »

Marthe : « Pour sûr M’sieur le curé ! »

Père Diego : « Six : Même menu pour les soldats dans le parc. Sept : Levé de rideau et….

( en faisant le signe de croix) vogue la comédie ! Dés les premiers évanouissements, cachez-vous. Il se peut que certains, plus résistants, donnent l’alerte à voir leurs camarades tomber comme des mouches. Nos maquisards qui, à l’extérieur auront vite fait de neutraliser les sentinelles encore conscientes, pourront investir la salle et les faire taire. Huit : On transporte tout ce beau monde dans la carrière en récupérant armes et uniformes. Et cela, je l’espère, sans aucun coup de feux ! »

Léon : « Neuf, on espère le débarquement dans la foulée. Parce qu’autrement cela va devenir impossible à gérer ! »

Marthe : «  Et comptez pas sur moi pour nourrir tout ce monde là ! »

Clotilde : «  Je vous signale que si le débarquement échoue ou bien s’il est reporté, les allemands à la recherche de leurs gradés, vont aussitôt venir ici, s’inquiéter de leur disparition  et  lancer des perquisitions ! »

Victoire : « S ils les trouvent ici, tout le monde sera fusillé ! »

Gaston « C’est un risque à prendre. »

Augusta : « Eh bien, votons ! Ceux qui veulent continuer l’aventure lèvent la main ! »

Tous, acceptent sans exception.

Gène : « Alors, ultime répétition, tout le monde en piste pour la routine de Swing !  »

( Shim Sham   -  Hep and Happy -                     )

Rideau en fin de Musique 40s.

Voie Off de Marcel vieux : « Et la soirée tant redoutée est arrivée. Nous sommes le 5 juin 1944, Il est 20h45.

Tout se déroule comme prévu.

Nous allons entamer le dernier acte de la représentation.

 

Le rideau reste fermé. Derrière, on entend des chuchotements et un fond musical.

( Princesse Csardas – Valse )

 

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Philippe Lepers - dans Divers
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