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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 19:10

SCENE 6

 

C’est la nuit. Tout est calme. La chouette hulule. Un bruit d’avion déchire le silence. Un grincement de porte. La silhouette de Gaston apparaît dans le rayon de lune. Il arrive de la cave, une bouteille à la main, s’assied dans un des fauteuils, débouche le flacon et se sert un verre :

« Maudite goutte ! Traitons le mal par le mal : Goutte pour goutte, c’est le calvados que je préfère ! »

Et de se resservir une rasade.

Gaston : « Qu’est ce qu’il ne faut pas faire comme sacrifice pour trouver le sommeil! »

Le vieux soldat tombe enfin dans les bras de Morphée quand soudain la porte du coté parc s’ouvre, dévoilant deux ombres, puis deux autres. Des râles de douleurs, des voies étouffées. Les chuchotements ne semblent pas réveiller Gaston, affalé, les jambes tendues.

Et les deux premières ombres de trébucher dans un cri de douleur et de jurons.

Gaston : « A la garde ! Tirailleurs en position ! A mon comm….Mais qu’est ce qu’il se passe ici …..? »

Léon : « C’est vous Gaston ? Mais qu’est ce que vous faites là ? En plein milieu de la pièce ! »

Une des deux ombres, restée en retrait, actionne l’interrupteur.

Léon est déjà debout. Il aide l’homme affalé à ses pieds à se relever. C’est un pilote le visage grimaçant de douleur. Sa combinaison est tachée de sang et il peine à  tenir sur les jambes.

William, c’est lui qui vient d’allumer, guide l’autre personne au milieu de la pièce en le tenant par le bras. Un pilote également. Hormis un mouchoir lui ceinturant le haut du visage, il ne semble pas gravement blessé. William l’aide à s’asseoir.

Gaston : « Mais, Bon Dieu ! Pouvez vous m’expliquer ? »

Léon : « William et moi les avons extirpés de leur carlingue en feu. Ils sont tombés dans la clairière du père Michou. On s’est radiné ici au plus vite !

 C’était le plus prêt. Dans un quart d’heure, les bois vont pulluler de Boches ! »

Gaston : « Mais qu’est ce que vous foutiez la bas à cette heure de la nuit ? ! »

Léon : « C’est un peu difficile à expliquer…….. »

Gaston : « Ca va ! Ne dites plus rien. Tout le monde, ici, sait pertinemment que tous les trois et le curé  vous êtes actifs dans la résistance. Je suis un peu dur de l’oreille gauche, mais j’ai encore toute ma tête ! Ces petits gars, il faut les planquer  et les faire passer en Angleterre au plus vite ! »

Léon : « Reçu 5 sur 5 mon colonel ! Et on les met ou en attendant ? Ils ont l’air d’avoir sacrément morflé ! Le mien pisse le sang au niveau de la cuisse et celui de William a l’air brûlé au niveau des yeux ! »

« Et bien ! C’est quoi tout ce charivari…… ? »

Clotilde vient d’apparaître. Chignon défait, robe de chambre à jabot et brandebourgs, elle est

très belle, totalement différente de la vieille fille pincée à lunettes qui aboie le jours avec son air sévère et hautain .Sur l’instant, elle ne réalise pas la situation. Cachant du revers de main un bâillement incontrôlé qui laisse apparaître une rangée de dent parfaitement alignée, elle écarquille les yeux.

« Mais, que font ces gens ici ? ! ! »

Léon : « Ils passaient par hasard… prendre le thé, je crois…Non, mais ! Vous les avez bien vus ! Regardez bon sang !  Ce sont les pilotes d’un avion qui vient de s’écraser. Il faut les planquer tout de suite ! Les boches vont être là dans les dix minutes ! »

Clotilde : « Mais…. ? Celui là….. C’est dégoûtant ! Il tache le plancher ! Regardez ! Allez, faites-moi sortir ces messieurs avant que l’on ait des ennuis ! Allez ouste ! »

Gaston : « Mais, Mademoiselle, on ne peut faire ça ! »

« Et, pourquoi, donc ? »

Léon : « Tout simplement, parce qu’ils représentent une chose que l’on a tous perdu depuis cinq ans : La liberté. Ces deux là, leurs compagnons, dans les jours, dans les mois qui viennent, ils vont tout faire pour que l’on soit tous de nouveau libre.  Beaucoup seront blessés, beaucoup y laisseront la vie. Vous voyez, ces deux  jeunes gens, ils représentent vraiment l’avenir. Ils ne doivent pas tomber dans les mains des allemands ! »

Clotilde amorce une moue dubitative et se reprend :

« Pardonnez-moi messieurs, je…. Je n’ai pas réfléchie…. Oubliez mes propos ! »

Gaston, Léon et William se regardent interloqués. C’est bien la première fois qu’ils entendent

une excuse sortir de la bouche de Clotilde.

Le premier pilote : « Nous allons partir. Nous ne voulons pas vous créer d’ennuis……. Fred !….. Let’s go ! »

Gaston : « Et en plus, vous parlez parfaitement notre langue ! »

L’autre aviateur s’est levé. IL porte la main au visage et retire lentement son bandeau.

« I’ m blind ! I’ m blind ! Gène, I did not see ! My Good ! »

Il  trébuche et se rattrape au hasard sur l’épaule de Clotilde qui, instinctivement, a tenté d’éviter le contact. Maladroitement, elle le soutient par les mains.

Mme Pinson fait son apparition avec la mine renfrognée d’une personne a qui l’on vient d’ôter

la meilleure partie de son sommeil :

« Mais qu’est ce qui se pass……….. Oh !  Mais ces hommes sont blessés ! »

William : « Vous tombez à pic. Celui là a une sacrée plaie au niveau de la cuisse  et l’autre dit de ne plus rien y voir. Il hurle qu’il est aveugle. »

Mme Pinson : « Allongez  le et découpez la jambe de son pantalon  au niveau de l’aine !

Il a eu beaucoup  de chance, regardez, c’est à raz de l’artère fémorale ! Bon, on ne peut pas le laisser comme ça, Il faut le désinfecter puis le recoudre ! »

Léon : « Et l’autre ? »

Mme Pinson guide le blessé vers la lumière. Elle observe minutieusement son visage barbouillé de sang.

« Les yeux ne semblent pas être touchés. Les cheveux de devant sont brûlés, les coupures du visage ne sont pas profondes. Ce doit être un choc violent qui a du provoquer la cécité. A mon avis, il devrait progressivement recouvrer la vue. »

Gaston : « Le problème est : Quand ? »

William : « Le problème est qu’il faut se grouiller ! Et vite ! »

Léon : « A la cave, derrière le cellier, la crypte de la chapelle  à moitié envahie par les eaux d’infiltration, mène à l’ancienne carrière souterraine. Si les boches viennent ici, ils ne les rechercheront certainement pas là ! Le bruit ne parvient même pas en surface et les énormes grilles rouillées les décourageront de toute tentative d’investigation !»

Clotilde : « Mais ils vont être trempés ! Il y a bien 1m à 1m 50 d’eau dans la crypte! »

Léon : « Oui, mais les galeries de la carrière, elles, sont à sec et ne possède plus aujourd’hui, que cet unique accès.

Clotilde : « Mais comment y  parvenir sans qu’ils soit à chaque fois trempés jusqu’ aux os ? »

Léon : « On va demander à Lucien de démonter les pneus du tracteur. Avec les chambres à air, il

va bien nous bricoler un radeau ! Ils pourront, ainsi, rejoindre leur cachette en toute sécurité ! »Les pensionnaires, réveillés par le tintamarre, on rejoint la salle commune et sont mis au courant de la situation.

Clotilde : « Mais où est Lucien ? »

Mme Pinson : « Personne ne la vu ? »

Un instant de silence. Au loin des aboiements de chiens se font entendre.

Clotilde : « Vite ! Cachons les ! »

La porte s’ouvre.

Lucien, tout sourire, se tient dans l’encadrement :

« Pas de panique ! Maintenant, on a un peu de temps devant nous ! 

Avec ce que je viens de leur mettre, ils ne sont pas prêts de se pointer ici ! »

Clotilde : « Mais qu’avez vous fait ? ! »

Lucien : « Pardonnez-moi, Marthe, je vous ai emprunté des épices ! »

Marthe : « Et grand Dieu, pour quoi faire ? »

Lucien : « Le poivre de Cayenne dont vous  étiez si fière, il n’y en a plus ! »

« ? ? ? »

Lucien : « Dans les narines des chiens ! J’ai saupoudré, tout autour de l’avion votre précieuse épice ! Ecoutez le résultat….. »

Au loin, les aboiements semblaient tourner aux gémissements. On distinguait nettement les cris

des maître- chien.

Clotilde : « Mais comment saviez vous……. »

« Cette nuit, j’avais du mal à trouver le sommeil. J’ai entendu l’avion, le bruit du crash. Je suis

descendu. Dehors, la lueur de l’incendie m’a guidé sur les lieux, j’ai aperçu Léon et William s’occuper des pilotes. C’est là que j’ai eu l’idée pour les chiens. J’ai fais l’aller-retour et me voilà ! »

Clotilde : « Bon, pour le moment, Mme Pinson, Faites vous aider par les hommes. Il faut descendre les blessés à la cave au plus vite ! Vous y prodiguerez les soins d’urgence. En cas de danger, qu’ils passent derrière le cellier à la nage s’il le faut ! »

« Bien, Melle  Clotilde. Allez mauvaise troupe, suivez-moi ! »

Mme Pinson, Lucien, Léon et les  pilotes disparaissent  de la salle.

Clotilde : »Bon, maintenant, tout le monde au lit !

Tous s’apprêtent à rejoindre leur chambre, quand Pierre, qui faisait le guet, d’un pas rapide, vient se planter au beau milieu de la pièce et se met à chuchoter : « L’ordonnance…….. L’ordonnance du colonel. Il vient par ici ! »

Gaston : « Qu’est qu’il vient faire ici celui là ? Normalement ce sont les Feldgendarms qui sont

affectés à la recherche des fugitifs. »

Le sergent Baumgartner se présente, claque des talons, ôte son calot et fait une légère révérence.

Au même instant, un air de Quick steps  jailli du phono. ( Le disque a été posé discrètement par Marthe.) ( I Won’t danse – Jack Hylton )

William et Joséphine s’élancent sur la mélodie et tournoient autour de la salle.

« Mais que voit-on, au milieu de nuit, ici, vous, danser ? »

William : « Nous voulons être prêts à temps………Karl je crois ? C’est bien votre prénom. »

Karl : « Yawoll, Meinheim. Mais moi être là pour chose autre. Avion anglais, tombé dans forêt.

Nous, pas trouvé pilote. Vous avoir vu pilote ? »

Gaston : « Désolé Karl, nous avoir travaillé danse jusqu’à maintenant. Nous, même pas savoir accident et nous, vachement fatigués. Nous aller dormir maintenant. Sie comprendo ?»

Karl : « Mein Obersten fuhrer, me dire aller voir vous schnell pour pas problèmes avec Polizei

Lui veut réussite gross komödie. Lui pas con.. pas conn… »

Gaston : « Lui pas connard ! »

Karl : « Ja ! »

Gaston : « Aller, va lui dire que nous travaillons durement et que tout sera prêt à temps si on nous laisse tranquille. Au fait, Karl, C’est bizarre, on entend de drôles d’aboiements dehors,

Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Karl : « Ach, Gross malheur ! Les chiens polizei  tirés langues longues, très longues, beaucoup larmes dans les œufs ! »

William : « Les yeux, Karl, on dit, les yeux. »

Karl : «  Ah!, Ja, moi appris französisch avec prisonniers au début de guerre. Je étais Aufseher, Gardien, comme vous dites vous. Très gentils les französ avec Karl. J’ai appris beaucoup vocabulaire. Maintenant je saurai que les yeux sortent cul de la poule !

Auf Wiedersehen und güt Nacht. »

Il claqua des talons et disparu dans la nuit.

 

( Même transition avec  l’intro de Hop ! Hop ! de Charles Trenet – Fox trot )

 

 

 

 

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Philippe Lepers - dans Divers
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