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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 18:44

SCENE 3

 

Les pensionnaires reviennent de la salle à manger  et chacun de reprendre sa place et de palabrer au sujet des éternels topinambours du déjeuner agrémentés, il est vrai, d’une sauce au beurre.   On est en Normandie tout de même !

Damien surgit essoufflé et en nage.

« Les allemands ! les allemands ! Ils viennent de rentrer dans le parc et  se dirigent par ici ! »

Un officier allemand, suivi de son ordonnance, pénètre dans la salle, claque  ses bottes dans un garde-à -vous impeccable, ôte sa casquette et salue l’assistance dans la langue de Molière.

« Colonel Wilfrid von Schuffel, mes respects messieurs, mes respects mesdames. Puis je faire connaissance du propriétaire de ces lieux ? »

Léon : « Qu’est ce que vous lui voulez au propriétaire de ces lieux ? »

Le colonel : « Monsieur ? »

« Léon, pour vous desservir, régisseur de ces lieux. »

Le ton acerbe et ironique employé par Léon n’a pas échappé à l’officier qui fait mine d’ignorer l’injure.

Le colonel : « Vous n’êtes pas sans ignorer que la maison, qui abritait les officiers allemands, à été touchée lors du bombardement de la semaine dernière. Nous sommes donc à la recherche d’un lieu, disons, plus tranquille. Votre propriété, au fond de ces bois, nous apparaît idéale et nous comptons la réquisitionner ! »

Un moment de stupeur traverse l’assistance.

Léon : « Et l’on peut savoir ce que vous compter faire des occupants ? »

Le colonel : « Evidemment l’activité militaire n’est pas compatible avec la quiétude qu’il siée aux personnes âgées, aussi nous vous proposons de vous reloger dans les fermes environnantes ; Il serait inconcevable que des français n’aident pas leurs concitoyens. Nous avons les arguments pour faciliter votre….intégration. Je pense qu’au vu de la situation, ma proposition est plus que raisonnable ! » 

« Mais c’est dramatique ! Qu’est ce que l’on va devenir séparés les uns des autres, c’est que l’on a nos habitudes, et à nos ages, c’est criminel d’agir ainsi ! » S’exclame Germaine dans un sanglot.

Le colonel : « Madame, c’est la guerre et je ne peux  en faire plus ; Sachez que les hommes de la SS ne prendraient pas toutes ces précautions et seraient autrement plus expéditifs. »

Le silence qui s’ensuit n’est perturbé que par le brouillage de la BBC. Personne n’a pensé à éteindre le poste avant l’irruption des deux allemands.

Le colonel : « Mais, Vous écoutez Londres ? Savez vous que c’est strictement interdit , il peut vous en coûter très chers de capter les émissions anglaises ! »

Germaine : « Vous savez, ce ne sont que les chansons et la danse qui nous intéressent. La politique, la guerre, pour nous, c’est très loin tout ça. »

Germaine a juste finie sa phrase qu’un air de valse emplis la salle. (Les oiseaux du printemps-Ray Clausey-Valse latine)

Le colonel : « Alors, comme ça, vous aimez les chansons et la danse ? Vous savez, je suis moi-même mélomane et passionné de danse. Avant la guerre, nous aimions, avec mon épouse, aller au bal. Je dois reconnaître que la musique adoucie les mœurs comme vous dites, vous les français. J’aime les mélodies du monde entier et le jazz ne m’est pas indifférent. Dans le civil, je suis chirurgien et je ne manque jamais d’opérer avec une musique d’ambiance douce. Wagner, par exemple ! Vous voyez, je ne suis pas le teuton obtus que décrivent vos caricaturistes ! »

Léon : « C’est le fait d’être mélomane ou chirurgien qui vous à amener à endosser ce costume militaire ? Administrativement parlant, ne serriez vous pas plus utile à l’hôpital que promoteur immobilier »

Le colonel : « L’administration, monsieur, même allemande, a parfois des ratés ! »

Léon : «  Je ne vous le fais pas dire ! »

Augusta, qui avait, à présent, évité de se faire remarquer, se lève et dans un pas de valse virevoltant et apostrophant l’officier, lui lance :

« Non seulement on aime danser et chanter, mais avant guerre, nous formions une célèbre troupe de comédie musicale ! Les six frites folies ! »

Le colonel : « Vous formiez quoi ? »

« Une troupe de comédiens qui chantait, dansait, …Nous étions les rois du Music Hall  et célèbres dans le monde entier ! »

Stupeur des pensionnaires.

« On étaient les meilleurs je vous dis, les artistes allemands de l’époque ne nous arrivaient même pas aux chevilles, on les écrasait de notre supériorité artistique. Nous étions les meilleurs !  »

Le colonel : « Il me semble avoir, en effet, entendu parler, avant guerre de votre troupe, mais je croyais qu’elle était américaine ? »

Nos retraités s’enfoncent de plus en plus dans leur fauteuil avec la mine terrorisée du condamné s’apprêtant à monter à l’échafaud.

Augusta : « Non, Non, bien française ! Tenez, nous vous parions qu’en moins d’un mois nous vous présentons, ici même une comédie musicale digne de Broadway ! »

« Je crois que je vais me trouver mal. » Chuchote dans un soupir, Marie à son compagnon.

« Comment ? Ah oui, avec les topinambours c’est toujours pareil, c’est les gaz ! »S’insurge Joséphine.

« Marie a été gazée dans les tranchées, je ne savais pas ! » Renchérie Gaston.

Le colonel : «  Pourquoi pas ! Savez-vous que je suis prêt à vous prendre au mot. Mes officiers ont très peu de distraction. Ils sont loin de chez eux et une représentation aussi artistique que celle dont vous nous faites l’écho, ne peut qu’améliorer le moral de mes troupes. »

« Topez là soldat ! » Augusta, sans se démonter un instant, tend la pomme de sa main au colonel

et, dans un garde-à-vous impeccable, scelle le pari avec l’officier allemand.

Le colonel : « Attention, je vous préviens, ceci n’est pas une plaisanterie tout doit être impeccable, professionnel et….  prêt à temps ; Un mois à dater de ce jour. Voyons, nous sommes au mois de Mai, le 5 Mai exactement. La représentation aura donc lieu le 5 juin 1944. Je compte, pour l’occasion, inviter les généraux en garnison et l état major. Ne me décevez pas, cette soirée de printemps doit être un succès ! J’en fais un cas personnel. Ne vous fiez pas à ma bienveillance, je peux être implacable si nécessaire ! 

Une dernière chose, mais pas des moindres, en cas d’échec ou d’insatisfaction de ma part, il va de soit que tout le monde se retrouvera à la porte Illico presto. Illico presto, est-ce bien l’expression qu’il convient ? 

Mon ordonnance, monsieur Baumgartner, ici présent, passera régulièrement constater l’avancement des répétitions. Et bien messieurs et mesdames, je vous souhaite beaucoup de courage. A bientôt ! »

D’un pas rapide les deux hommes tournent les talons et sortent de la pièce.

Gaston : « Mais  qu’est ce qui vous a pris Augusta ! Vous voulez notre mort ou quoi ! Où avez vous été piocher une telle histoire ? On peu dire que vous nous avez mis dans de beaux draps ! »

Tous,  malentendant compris, sont à la limite de l’apoplexie.

Augusta : « A l’heure actuelle, si je n’étais pas intervenue, vous seriez déjà en route pour les  granges environnantes, Vous y avez pensé ? A la place, nous avons un répit d’un mois et d’ici là, qui vous dit que les alliers n’auront pas déjà débarqué ! »

« C’est un pari risqué, mais il faut reconnaître que vous avez du cran ma chère ! » reconnaît Léon en triturant sa moustache.

Gaston : « Il va tout de même falloir donner le change. N’oublions pas que l’ordonnance du colonel sera souvent dans nos pattes et il rendra compte des avancements des répétitions ! »

Pascal, en triturant peignes et bigoudis : « Et comment allons nous faire pour chanter et danser ? Ce ne sont pas nos vieux souvenirs de bals qui vont, d’un coup de baguette magique, nous transformer en Fred Astaire et Cyd Charisse ? »

Germaine : « Quand bien même nous arrivions à danser la java ! Mais, pour ce qui est du chant, il y a là un problème de taille. A part une ou deux personnes, la plupart d’entre nous, possédons un organe vocal au timbre limité, type cochon qu’on égorge ou sirène d’alerte ! »

Lucette, qui à présent, restait effacée dans son coin : « IL suffirait de faire semblant de chanter en suivant les paroles d’un disque ! »

Augusta : « Excellente idée. Les américains appellent ça du play back. De toutes façons, comme on n’a pas d’orchestre, il va bien falloir se débrouiller avec les affaires du bord ! »

Mathilde : « Il suffira de faire Mumumum et Lalala  tous en cœur. Les boches n’y verront que du feu !

« Et bien, on n’est pas sorti de l’auberge ! » Lâchent, en cœur, nos sursitaires.

 

( Même transition avec 30 s de :Yes, my darling daugter – Gleen Miller – Swing

 

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Philippe Lepers - dans Divers
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