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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 19:41

                             Suite de la déportation en Allemagne au titre du STO

 

Dans le bureau T.403 nous nous amusions beaucoup pendant les heures de travail. On se faisait des blagues à longueur de journée. A part les hollandais, les belges, c’est un comble, et deux allemands qui se voulaient sérieux, le reste du bureau, des français et des autrichiens qui ne nous en voulaient pas d’avoir raccourci Marie-Antoinette, étaient les rois de la perruque. Il y en avait un qui avait même aménagé son tiroir pour peindre des tableaux sur toile. Quand il y avait alerte, le premier qui apercevait un allemand se mettait à tousser puis éternué aussitôt. Il est vrai qu’en période hivernale, à cause des rhums il y avait de nombreuses fausses alertes.

On reprenait alors notre travail officiel. Moi, je tenais mon journal au jour le jour agrémenté de nombreux dessins pastichant notre quotidien qui n’avait rien à voir avec les avions Dornier.

J’avais aussi, comme les allemands et d’autres français, adopté le tiroir à confiture, une mini- cuisine pour casser la croûte à 10 H et à 16 H.

Un beau jour la conversation portait sur la transmission de pensée et d’une planche à l’autre on faisait des exercices. Le jeu consistait à penser fortement à un mot dans une série donnée. Par exemple à un nom de fleur et l’autre devait le deviner. Deux fois sur trois s’était Rose qui était choisi. En répondant Rose à chaque fois on avait deux chances sur trois de tomber juste.

Je ne sais pourquoi mais à un moment le dénommé Dubost eu une idée machiavélique. Il avait un voisin de bureau, un certain Raymond, qui était très timide, naïf et renfermé. Il s’amusait souvent à ses dépends. Il lui propose alors de jouer avec nous. Ce dernier, ayant compris les règles du jeu, demande donc à Dubost de penser à un chiffre de 1 à 10. Après quelques instants de forte concentration, Raymond désigne le 8 comme chiffre pensé par Dubost.

« Bravo : très bien Raymond, c’est exactement le chiffre auquel j’ai pensé ! » s’exclame-t-il.

Il lui propose de recommencer cette fois sur une série d’animaux lui prédisant que cette fois il va tomber sur un os. Raymond se concentre et dit « C’est un chien »

Dubost s’esclaffe : « Alors ça, c’est formidable. Tu as un truc, une combine ? Comment fais-tu ? »

« Non, non, je te jure je dis simplement ce qui me vient à l’idée »

« On essaye autre chose. Tient par exemple le nom d’un pays. Ca y est, je le pense fortement. Allez réfléchi. Cette fois tu vas te foutre dedans. »

Raymond prend son mouchoir, le met sur le front et semble se concentrer profondément.

« Je vois la Russie ! »

«  Mais c’est pas vrai ! C’est exactement ça ! C’est fantastique. Tiens tu devrais essayer avec les autres. »

Raymond est troublé et va voir un autre copain.

«  Je peux deviner ce que tu penses. Tu te concentres sur un chiffre de 1 à 10 et moi je le devine tout de suite ! »

Et l’autre de s’exécuter. Raymond devinait tout sans se tromper une seule fois. Il va voir tout les autres français. C’est un succès à 100°/°. Tout le monde l’admire.

«  Mais tu es un vrai médium. C’est formidable. Tu lis dans les pensées. Tu ne savais pas que tu avais un don ? »

« Ma foi non. C’est vous qui me l’avez révélé. »

«  Tu doit être aussi fakir, tu devrais être insensible à la douleur ! »

Naturellement, c’était un canular. Tous les copains étaient dans la confidence pour donner à chaque fois raison à Raymond alors qu’évidemment il n’avait rien deviné du tout.

Cela avait si bien marché qu’il y croyait dur comme fer.

Le lendemain Raymond nous appelle et nous dit :

« Regardez ! » Il sort une épingle à nourrice, se soulève la peau de la main et se la traverse. Il réitère à d’autres endroits, sur le cou, le visage, la peau du ventre. Il pisse le résiné.

« Je me suis entraîné toute la nuit. Ca marche bien. Ca fait un peu mal mais en fin de compte c’est une affaire d’habitude. Demain, je passe aux clous de charpentier ! »

Nous comprenons que nous avons été un peu loin dans la mystification et lui révélons la vérité, que ce n’était qu’une blague de potaches.

Il n’a jamais voulu nous croire. Il était persuadé que nous étions jaloux de ses dons.

8 août 43. J’écris une lettre à mes parents leur indiquant que j’ai une perm à partir du 27 et que je vais les retrouver à Gentilly. Peine perdue, au dernier moment il y a le débarquement en Italie, les allemands commencent sérieusement à reculer en Russie et de nombreux camps  se révoltent. Toutes les permissions STO sont supprimées.

Au bureau d’étude, Braun, qui n’était en réalité qu’un garçon de bureau chargé de distribuer du papier de l’encre et des crayons, aimait notre compagnie. Par sa soi-disant appartenance à la Gestapo il pensait affirmer sa supériorité sur nous par de l’intimidation et des sarcasmes. En réalité il était la risée des autres allemands qui se foutaient ouvertement de lui. Quand la radio distillait sa propagande à grands coups d’U-boo qui envoyaient, soi-disant par le fond, la flotte allier, il passait à côté de nous pour lâcher un pêt (furz) très sonore comme pour appuyer à sa manière la victoire finale dont il était persuadé de son imminence. Comme il commençait sérieusement à nous gonfler avec ses flatulences et qu’il nous chipait tout le temps le peu de confiserie ou bonbons issus de nos colis que nous laissions sur nos dessertes, nous décidons de préparer, avec une vieille patte d’amande  dégottée chez l’italien bien content de s’en débarrassée, une mixture complexe destinée à faire des truffes en chocolat. La poudre de cacao amer provenait d’un colis du belge, le beurre d’une  ferme voisine, les plaquettes de chocolat noir, du tireur de plans autrichien et l’huile de ricin, directement de l’usine qui l’utilisait en tant que lubrifiant pour ses moteurs d’avion. Une partie de notre confiserie fut réalisée dans les règles gastronomiques les plus pointues pour aboutir à de délicieuses truffes. Le reste, et là, c’est une autre histoire, relevait plus de l’alchimie moyenâgeuse que d’un concours de confiseurs. La patte d’amande, qui était passablement durcie, fut copieusement mélangée à l’huile pour lui redonner de l’élasticité et fut apprêtée en petits disques aux bords relevés pour être remplis d’huile. Une fois pincées en bourses pour emprisonner le précieux liquide, les boulettes furent roulées dans du chocolat fondu au bain marie. Une fois refroidies, on les roula délicatement dans la poudre de cacao et dès le lendemain, placés dans une assiette bien en vue sur une étagère du bureau des méthodes, elles attendirent leur victime.

Notre pétomane ne fut pas le moins du monde intrigué par une telle abondance de douceurs et il se mit à chiper une truffe à chaque fois qu’il passait devant le plat. Et il passait souvent.

Le speaker à la radio annonçait les victoires et la percée écrasante des troupes du 3eme Reich sur le bolchevisme alors que, par la bande, c’est exactement l’inverse qui se produisait. Venait enfin le moment des faits d’armes héroïques de la Kriegsmarine sur  l’atlantique nord. On ne voyait pas ce qu’il y avait d’héroïque de couler par le fond des cargos désarmés mais bon, c’était la guerre et tonton Adolphe, c’était évident, se moquait de la convention de Genève comme de sa première chemise brune. A propos de Braun, prononcez broune, cela ne l’empêcha pas de continuer sa razzia dans l’assiette ces truffes qui semblaient apparemment exquises. A l’annonce d’une énieme victoire sous-marine, la nature semblant revenir au galop, Herr Braun voulu nous faire part de sa satisfaction patriotique habituelle. Prenant une posture en coin en se déhanchant légèrement, il émis non pas une canonnade mais plutôt une espèce de sifflement étouffé un peu comme une torpille fendant l’eau. Son faciès sembla soudain virer au vert de gris, un peu comme les uniformes allemands. Le sien d’uniforme, enfin son pantalon, perdit soudainement cette belle tenue qui faisait la fierté du tailleur attitré de la Gestapo. Le laxatif n’en finissait pas de saper le bel édifice d’orgueil et d’imbécillité de notre garde-chiourme. Sa mise en déroute aussi violente que la retraite allemande des plaines de Russie vers un horizon aussi démoralisant que des toilettes à la turc, nous remis du baume au cœur dans un éclat de rire libérateur. Même les allemands étaient pliés de rire et cela s’en risque, on leur avait offert avant le spectacle des véritables truffes plus facteurs de constipation que vecteur de relâchements inconsidérés.

Dans nos dessins nous devions respecter des normes aviations très précises, les fameuses normes DYN. C’était une charmante jeune allemande qui était chargée de vérifier si elles étaient bien appliquées à la lettre. Nous l’avions surnommée Miss Norme 3. Elle avait son bureau juste à côté de la table à dessin d’un français de notre age. Joli garçon, il avait fait sa conquête et jouait même du piano au Gold Rad le samedi soir. Un matin, il s’était fait porté malade. Ses logeurs avaient appelés le médecin qui le fit aussitôt hospitaliser où il décéda deux jours plus tard d’une méningite foudroyante. Le médecin qui parlait couramment le français nous confia à voix basse qu’en Angleterre il aurait été sauvé. Il faisait allusion à la Pénicilline qui venait d’être découverte.

L’agent Dornier de Paris, celui qui nous avait embauché, a prévenu aussitôt avec ménagement les parents et les a prit entièrement en charge pour qu’ils assistent aux obsèques de leur fils.

En Allemagne, sitôt raide, la dépouille est amenée au cimetière, dans une chapelle réfrigérée où la famille peut venir rendre les derniers hommages au défunt. Le cortège funèbre se déroule uniquement de la chapelle à la tombe. Le cercueil est placé sur un petit chariot tiré par les enfants de chœur. Le curé ouvre le cortège et la famille suit derrière. C’était le premier mort de ma vie que je voyais.

Un soir, je ne retrouve plus mon portefeuille contenant une bonne partie de ma paye. Je fouille partout. J’ai du le perdre en revenant de chez Muller où j’ai acheté de la marmelade. Le lendemain matin avant d’aller au bureau, je passe chez l’épicier. En me voyant il me dit : C’est pour votre portefeuille ? Tenez le voila. C’est une vieille femme qui l’a trouvé hier soir au pied de la porte. Je l’ai ouvert et vous ai reconnu sur votre ausweis. Si vous n’étiez pas venu ce matin, je vous l’aurais ramené chez Dornier. Je remercie chaleureusement le brave homme à qui j’ai fauché tant de tickets de beurre. Il a refusé poliment  la moindre récompense pécuniaire et à mon insistance pour remercier également la vieille dame il répondit qu’elle réagirait comme lui. Il semblerait que les gens du peuple du côté de cette frontière sont bien plus honnêtes que nous, les préoccupants !

Un beau matin Herr Braun nous présente une nouvelle recrue. C’est un garçon d’une vingtaine d’années. Il est vêtu d’un uniforme de l’armée de l’air française, les insignes en moins. Il nous confie en secret qu’il a été abattu pendant l’assaut allemand en 40. Il nous raconte des tas d’aventures guerrières époustouflantes. Pas de doute il s’agit d’un véritable héros. Nous sommes en admiration. Il s’est sauvé d’un camp de prisonniers et il doit rejoindre Londres où il doit reprendre du service aux commandes d’un bombardier. Il a réussi à se faire prendre pour un déporté au STO mais il faut l’aider. Il n’a plus rien. Il est à sec. On se cotise alors pour lui constituer un pécule et nous lui offrons des vêtements. C’est à celui qui aura l’honneur de l’avoir à sa table à la cantine.

Pour ma part toutes ces histoires semblent un peu bizarres mais si cela plait aux copains d’avoir un héros à dorloter, c’est leur affaire.

Ce qui semble curieux toutefois c’est que depuis peu, il y a des vols dans les vestiaires. Depuis que nous sommes là, il ne s’est jamais rien passé de la sorte. Avec deux copains, nous décidons alors de monter une planque. Il n’y eu pas longtemps à attendre. Le jour même nous mettons la main sur le voleur en le prenant sur le fait. Le monte-en-l’air n’était autre que notre héros aviateur. Certains veulent le livrer à la police, d’autres veulent lui casser la gueule mais la majorité répugne à mêler les allemands à cette affaire et préfère laver notre linge sale en famille. Nous organisons un tribunal et nous cuisinons le coupable qui se met à table sans plus de difficultés. IL avoue tout. IL n’est jamais monté dans un avion, son uniforme, il l’a volé et il est simplement un volontaire au STO pour venir travailler en Allemagne. Nous lui faisons restituer son butin. C’est un mythomane doublé d’un cleptomane. Avec notre pétomane c’est Byzance ! Il parait que la mythomanie et la cleptomanie sont des maladies mentales qui vont souvent de paire. Nous lui pardonnons ses frasques mais il reste en étroite surveillance.

En plus des cartes d’alimentation nous avions aussi une carte de tabac. Les tickets correspondent à un nombre de cigarettes ou à un poids de tabac établi sur la base d’une cigarette standard de tout juste un gramme. J’avais remarqué que les Nordland, les rares cigarettes à tabac brun vendues en Allemagne, pour le même diamètre, étaient plus longues de 2 ou 2 centimètres, elles pesaient donc plus d’un gramme. Je les dépiautais pour les re-rouler dans du papier non combustible et je gagnais ainsi 30°/°.

A Friedrichshafen, il n’y avait qu’un seul cinéma et j’y suis allé qu’une seule fois car le film à l’affiche était « les aventures du baron de Munchenhausen » un film à trucages qui pouvait être compris sans maîtrise complète de la langue de Geuthe. C’était Hans Albert qui tenait le rôle-titre. En France, ce film fut projeté sous le titre « Le Baron Crack »

Notre préférence culturelle allait pour le théâtre, enfin le notre. Nous avions monté une troupe dont je faisais parti et joué dans la salle des fêtes de l’usine une pièce où je tenais le rôle d’un plombier éméché qui arrivait à brûle-pourpoint troubler une idylle amoureuse. Nous n’avions que deux vraies femmes, celle de Pérol et celle de Piel. Ces deux copains mariés avaient réussi à faire venir leur épouse et les faire embaucher chez Dornier. Comme le scénario en réclamait trois, ce fut un jeune français qui du se travestir. Nous avons fait salle comble. Les allemands étant bon spectateurs ils ne se privèrent pas d’applaudir nos facéties malgré les dialogues à tiroirs où nous déboisions à fond sur le nazisme par métaphores interposées. Le plus curieux c’est que la majorité d’entres eux comprenaient parfaitement notre langue et ses subtilités satiriques mais firent mine de ne comprendre que la comédie officielle.

Il est à noter ici le haut niveau social des usines Dornier où nous les français étions traités à égalité avec les allemands si ce n’est mieux. J’en ai gardé un souvenir inoubliable. Si seulement tous les déportés avaient été aussi bien traités. Nous étions certainement une exception mais c’est mon devoir de le signaler. Demander à mon beau-frère qui ne fut libéré qu’en 45 si sa captivité fut une partie de plaisirs, lui qui revint de son camp décharné comme un zombi suite aux malnutritions et mauvais traitements, il vous répondra qu’il éprouva longtemps une haine viscérale pour le peuple d’outre-Rhin et il aura raison.  Comment les hommes peuvent-ils entraîner leurs semblables dans de telles tragédies. Quoi en dise Rousseau, l’empathie ne semble malheureusement pas être notre première nature.

Quand nous entrions dans un café ou un autre lieu public, il était de bon ton de saluer à la nazi, cet à dire en claquant les talons tout en levant la main et hurler « Heil Hitler » sinon on était regardé de travers. Comme il n’était aucunement question de glorifier ce monstre sans pour autant s’attirer des ennuis avec les autorités, nous levions la main en direction du lustre de la lampe ou du luminaire en gueulant bien fort : « Elle éclaire ! » Les allemands mettaient cette différence phonétique sur le compte de notre peu de maîtrise de leur langue et cela passait comme une lettre à la poste.

Une nuit, je faisais un beau rêve peuplé de charmantes créatures. Je conduisais un coupé sport quand soudain je dois freiner sec pour éviter un piéton. Je me réveille instinctivement. J’allume. Mon ami Delavier s’est aussi réveillé.

« Tu as senti, la maison a bougé ! »

Nous pensons tout de suite à un bombardement mais nous n’avons entendu ni sirène, ni bruit, ni aucune explosion. Pourtant le lit est avancé de 20 centimètres, le cadre au mur est tombé et les portes de la grande armoire sont ouvertes. Notre logeuse vient frapper à la porte ; Elle nous explique alors que nous venons de subir un tremblement de terre. Ils sont assez fréquents dans la région à cause du lac bordé de hautes montagnes. Ce sont les alpes qui travaillent mais les secousses ne sont jamais bien méchantes. Cette fois là, il n’y eu aucun dégât, juste quelques bibelots cassés et des meubles déplacés. A côté d’un bombardement ce n’était vraiment rien. D’ailleurs je me demande pourquoi j’en parle.

Un samedi, le chef de bureau suisse, qui parlait parfaitement le français, me demande si je veux bien exceptionnellement travailler le lendemain matin. Il me précise qu’il n’y a que ce dimanche que l’on pourra prendre des côtes dans un hydravion qui doit repartir aussitôt. Il faut lever des plans pour la réalisation de pièces d’adaptation pour fixer des civières dans la carlingue. Tous les autres vieux DO 24 seront ainsi transformés en hydravions sanitaires pour rapatrier les nombreux blessés de l « Afrika-corps.

Je me présente le lendemain matin avec mon laissez-passer spécial qui m’avait été remis la veille. L’usine, à part les sentinelles, est entièrement vide d’ouvriers. Arrivé à son bureau, il m’offre un énorme cigare et un café. Il fume aussi malgré les interdictions placardées un peu partout sur les murs.

Dans le grand hangar, une dizaine d’avions sont répartis  devant les ateliers. Je n’étais jamais monté dans un avion, encore moins dans un hydravion militaire allemand. L’intérieur  du DO 24 est spartiate. Les fils électriques pendent le long de la carlingue comme des guirlandes. Je m’en étonne auprès du chef. Il m’explique alors que c’est fait exprès. En cas d’attaque, les balles ou les éclats d’obus de la flak écartent les fils sans les couper, ce qui n’est pas le cas quand ils sont tendus, toronnés ou glissés dans des conduits.

Au bout d’une demi-heure, j’ai fini de relever les côtes sur mon carnet et nous retournons au bureau. Il m’invite à s’asseoir en face de lui dans un énorme fauteuil club en cuir.

Il me demande alors ce que je pense de la guerre. Je savais qu’il était suisse mais comme il occupait une fonction de cadre assez importante chez Dornier et que lui, il était ici volontairement, je me méfiais de la tournure que pouvait prendre la conversation.

Je répondis d’un ait badin que je croyais que cette guerre, comme toutes les guerres, était une chose stupide, que tous les hommes doivent pouvoir se comprendre et s’estimer, que je déplorais tous ces morts quelque soit leur camp et que je souhaitais qu’elle finisse le plus tôt possible.

«  Et qui croyez-vous qui va gagner ? »

« Je ne sais pas. Peut-être personne. Les morts ne reviendront pas et les villes ne seront pas remises debout du jour au lendemain. Je constate que les russes reprennent l’offensive, que l’Amérique et l’Angleterre sont de très grosses puissances industrielles et que l’Allemagne a de nombreux ennemis. Avec le temps tout est possible. »

« Alors, vous croyez que les allemands sont foutus ? »

« Je n’ai pas dis ça. Je dis que tout est possible mais je ne prends parti pour personne. »

J’avais envie de lui demander pourquoi lui, citoyen suisse donc neutre, était venu travailler pour l’industrie de guerre allemande mais je me suis abstenu sachant qu’une filiale de l’autre côté du lac continuait de fabriquer du matériel aéronautique teuton. Peut-être pas des armes mais des instruments de navigation, certainement.

«  Vous avez bien raison. Je vous remercie pour votre intervention mais pas un mot à personne de notre conversation. Je compte sur vous. Allez passez un bon dimanche. » Et il me serre la main en glissant un cigare encore plus gros dans la poche.

Je n’ai jamais pu en savoir plus sur ses opinions mais je crois qu’il pensait sincèrement à la victoire des alliés et essayait de se ménager une porte de sortie.

Je n’étais pas joueur mais cette activité manquait à beaucoup de mes camarades. Dans l’Allemagne en guerre, il n’y avait plus ni loterie, ni course hippique, ni aucune autre forme de jeux d’argent. L’idée me vint alors d’organiser un pari mutuel clandestin. Certainement une bonne idée pour distraire les copains mais je n’aurais pas trouvé de coureur à pied, c’était trop fatiguant; de vélos, encore eut-il fallut que l’on nous en prête ; d’automobiles ? Faut pas rêver. C’étaient des hommes qui allaient remplacer les canassons. Ils ne courraient pas mais ils mangeraient ! Voici la règle que j’avais établie :

Des volontaires, pas plus de 6, se mettaient à table et au top départ commençaient à manger le plus possible. Bien entendu, c’était l’organisateur, cet à dire moi-même, qui couvrait les frais des repas. Comme nous n’avions pas suffisamment de tickets malgré notre production clandestine, les repas seraient composés au début par des stamgericht, des plats ordinaires sans ticket et poursuivit par des plats avec ticket plus raffinés pour encourager les finalistes.

Celui qui tiendrait le coup le plus longtemps sera déclaré vainqueur.

Je recevais les paris aux heures de bureau. La somme n’était pas limitée. Une fois les frais de repas payés la cagnotte serait partagée entre ceux qui avaient parié sur le plus grand goinfre au prorata de leurs mises. Tout avait été prévu. Un jury et deux commissaires chargés d’accompagner les participants aux toilettes pour s’assurer qu’ils n’en profitent pas pour vomir ce qui était bien évidemment éliminatoire. Parmi les favoris il y avait un gros normand, dont j’ai oublié le nom, qui avait un tour de taille proportionnelle à son appétit. Presque toutes les mises étaient en sa faveur. En cas de victoire, ses nombreux supporters auraient vites déchanté, leurs gains se retrouveraient inférieur à leurs mises ! Parmi les autres concurrents il y avait quatre autres garçons bien en chair et Jean Delavier mon copain de chambrée. Par amitié je ne pouvais faire autrement que de parier sur lui. Il avait quand même ses chances. Le côtoyant journellement, je lui connaissais un excellent coup de fourchette malgré une taille dépourvue du moindre embonpoint. Pour être le moins bien placé des outsiders, on peut dire qu’il cachait bien son jeu. La compétition se déroulait au Goldrad. Les serveuses, bien qu’étonnées par ce bien curieux repas, amenèrent consciencieusement les plats au fur et à mesure des besoins.

Les premiers abandons commencèrent à partir du troisième stamgéricht. Au sixième plat, il ne restait plus en lice que le normand et Delavier. Le combat devint homérique. Sur mon copain il n’y avait en fait que deux paris, le sien et le mien !

Avant d’attaquer le septième plat, le descendant de Guillaume le conquérant ne se sent pas bien et demande d’aller aux toilettes. Un commissaire l’accompagne et le ramène une minute plus tard, blême comme un linge. Il déclare forfait en tournant au violet. Delavier, qui a entamé son septième plat, se fait un point d’honneur à le terminer.

Il est déclaré vainqueur par KO. Il y a bien quelques contestations chez les perdants qui invoquent que la course aurait été truquée puisque l’organisateur et le gagnant se connaissaient bien. Avec Delavier, d’un commun accord, nous décidons de consacrer nos gains à un énorme repas prit tous ensembles la semaine d’après. Cela contenta tout le monde approuvé par un tonnerre d’applaudissement.

Les autres clients, médusés par les pratiques gastronomiques françaises étaient écoeurés et ne se privaient pas pour invoquer la misère des gens qui mourraient de faim dans d’autres pays. Nous aurions pu leurs rétorqués que si eux les Allemands ne les avaient pas occupés, ils mangeraient certainement à leur faim aujourd’hui !

Nous avions l’habitude de passer nos soirées dans un Gasthauss du centre de Friedrichshafen, juste en face du Rathauss, la mairie. La brasserie GoldRad, la roue en or, était pleine tous les soirs. La bière était bonne et on pouvait y souper en buvant du Grüner Veltliner (enfant difficile), un vin de table local. Parmi les clients il y avait beaucoup de jeunes soldats en permission qui y venaient avec leur fiancée. Il y avait aussi des travailleurs étrangers et des vieux du pays, les seuls males teutons qu’Hitler n’avait pas encore incorporé dans son armée.

Parmi le brouhaha et les volutes de fumée, nous occupions habituellement une grande table à droite du piano bar. Un soir notre copain, celui qui courtisais miss norme 3 et qui allait mourir tragiquement d’une méningite quelques semaines plus tard, se met au piano et commence à jouer des airs de swing à la mode outre-Atlantique gais et entraînants. Instantanément le silence se fait dans la salle. Seules les notes mélodieuses du piano font écho aux regards au début étonnés et vite enthousiastes des clients. Jouer du jazz,  cette musique du diable en plein milieu du Württenberg en 1943, était aussi incongru et dangereux que danser la gigue chez les anthropophages de nouvelle Guinée. Un vieux du village se lève alors, la pipe en porcelaine vissée aux lèvres sous une énorme moustache à la Bismarck poivre et sel. Il se dirige droit vers le piano et rabat violemment le couvercle sur les doigts du malheureux pianiste en vociférant des injures intraduisibles. Le copain n’insiste pas et s’apprête à quitter la place quand un jeune soldat allemand se lève à son tour, rejoint le piano, soulève le couvercle et prie notre copain de se remettre à jouer. Celui-ci s’exécute sous un tonnerre d’applaudissements. Le vieux, furieux, quitte la salle en jurant de ne plus remettre les pieds dans cet établissement, lieu de perdition pour les soldats du grand Reich.

Les jeunes soldats, tous enfants du pays, nous payèrent la tournée en s’excusant du comportement du vieux fou. Ils passaient peut-être là leur dernière permission. Ils repartaient dès le lendemain sur le front russe et n’avaient que très peu de chance de survivre tant les pertes étaient terribles sur ce théâtre des opérations. Nous trinquâmes non pas à la victoire allemande mais à la fin de la guerre et à l’amitié entre les peuples. En passant dans la région dans les années soixante j’appris auprès du patron qui avait prit sa retraite, qu’aucun de ces jeunes qui furent envoyés sur le front russe n’en revint vivant.

Au Rommel Spracher, l’autre restaurant où nous nous retrouvions, surtout le dimanche midi, il y avait aussi des soldats allemands du même age que nous, avec qui nous faisions des parties de billard. Ils n’étaient pas du tout fanatiques comme les SS et ne souhaitaient qu’une seule chose, que la guerre se termine au plus tôt et que chacun rentre chez soi.

Au bureau T 304, nous avions des sanitaires très bien équipés. Il y avait des lavabos avec serviettes et savon, des WC modèles allemands  cet à dire ceux qui vous laisse en vitrine la grosse commission sur  une sorte de palier avant le coude du siphon et toujours des rouleaux de papier de soie en abondance. Un rouleau dans le distributeur et un autre en réserve.

Dès qu’un français se rendait aux toilettes, il repartait avec les deux rouleaux en ayant  soin de laisser dépasser une feuille du distributeur en espérant que le prochain soit un allemand. Le suivant, donc, se trouvant fort dépourvu quand l’envie fut venue s’en allait voir le responsable des services généraux, ce qui rendait mieux que garçon de bureau, pour désigner notre ange gardien, Herr Braun. Bien entendu les français ne se laissaient jamais surprendre, ils avaient toujours leur propre petit rouleau de secours dans la poche. Braun, consciencieusement, faisait aussitôt regarnir les toilettes mais une heure plus tard, un gaulois étant passé par là, il ne restait plus de papier. Nous avions chacun dans nos tiroirs et nos valises une bonne douzaine de rouleaux. Au bout d’un certain temps notre garde-chiourme commence à trouver cela un peu bizarre et un beau matin, il nous réuni.

«  Messieurs les français, le papier toilette qui disparaît cela ne peut être que vous. Vous êtes avec les belges et les hollandais, plus de quarante. Et ici il n’y a que  trois allemands et bizarrement  c’est toujours sur eux que tombe la pénurie de papier. Je vous préviens que si demain matin le papier n’est pas remis dans les ‘pissoirs’ je préviens la Gestapo ! »

On se concerte en aparté et décidons de continuer notre manège ou plutôt notre héroïque action de résistance. Il ne va pas oser prévenir ses supérieurs pour du P.Q tout de même !

Deux jours plus tard, à 9 heures, Braun entre dans le bureau accompagné d’un type en uniforme kaki portant une croix gammée sur la manche.

La conversation entres les deux hommes se déroulait en allemand, Celui en uniforme semblait engueuler Braun et en jurant claqua violemment la porte en partant.

On demande aussitôt la traduction à notre copain qui parle allemand :

« Qu’est ce qu’il lui a dit ? »

«  Il lui a dit : Si c’est pour une simple affaire de papier à chiotte que vous faites déranger la Gestapo, et bien, si demain vous n’êtes pas capable de faire revenir les rouleaux, c’est nos geôles que je vous aller connaître, et là il n’y a pas de papier ! »

Fallait voir la tronche de l’intéressé !

«  Vous avez entendu ? C’est à cause de vous tout ça et c’est moi qui vais être puni. C’est pas gentil les français ! »

Malgré tout, ce Braun, s’il n’avait pas inventé le fil à couper la choucroute, était un brave type et nous n’étions pas des pousses au crime à le laisser dans cette situation, surtout que l’autre n’avait pas l’air de rigoler. On décide alors de remettre du papier et Dubost passe à chaque place où chacun lui remet 3 mètres de papier. Après avoir demandé à Braun de la colle blanche, notre préposé les colla bout à bout, avec de temps en temps certaines plages encollées et garnies en verre pilé. Une fois sec et roulés, cela faisait des rouleaux affreux et gondolés mais l’honneur teuton était sauf. Constatant le retour au bercail des rouleaux prodiges, Braun prévint la Gestapo que tout était rentré dans l’ordre…enfin jusqu ‘au premier saignement.

Plus jamais il ne manqua de papier aux toilettes du T304, d’ailleurs nous en avions tant en réserve que nous pouvions attendre la fin de la guerre tranquille.

Notre deuxième tête de turc, nous le surnommions Also. C’était notre prof d’allemand et nous étions assujettis à ses cours obligatoires. Ils avaient lieux pendant les heures de travail et étaient donc rémunérés. C’était pour nous une sorte de récréation où l’on pouvait chahuter et emmerder les Allemands mais nous nous trompions de cibles, nous ne faisions de tracasseries  qu’aux bons, les dangereux, on ne s’y frottait pas. Notre prof d’allemand donc, parfaitement bilingue, était myope comme une taupe. Il portait d’énormes lunettes d’écaille à verres grossissants. C’était d’ailleurs à cause de ce handicap, qu’à moins de quarante ans, il n’avait pas été incorporé dans la wehrmacht. Il adorait notre littérature et en particulier les œuvres d’Alexandre Dumas. Nous l’avions surnommé Also, une expression qui correspond en français à « Ainsi donc – N’est-ce pas – Par exemple, qu’il utilisait à tout bout de champ dans les deux langues. Il était instruit mais mauvais pédagogue. Cette fonction de prof était avant tout pour lui une planque et un moyen d’éviter de se frotter de trop près à la langue russe.

Nous le chahutions souvent parce que nous savions qu’il était un brave type qui n’avait rien à voir avec les nazis. Il préférait les mousquetaires aux hommes du cardinal.

Sur le tableau noir nous dessinions des obscénités ridiculisant Adolphe et sa clique. Quand Also découvrait ces gribouillis il était épouvanté et s’empressait de les effacer.

«  Vous voulez me faire fusiller ? » geignait-il.

Pour chauffer la pièce il y avait un gros poêle à charbon et un seau de briquettes de tourbe pour l’alimenter. Quelques imbéciles de chez nous , et il y en avait beaucoup, ne trouvèrent rien de plus spirituel que d’en faucher une ou deux à la fin de chaque cour, bien dissimulées dans les vêtements. Le Belge, Un Wallon qui assistait aux cours, drapé dans son honnêteté offusquée, nous lança une blague politico-comique de son cru. A savoir que nous les français, c’est bien connu, nous ne pouvons rien voir appartenir à la communauté sans vouloir sur le champ se l’approprier ou le détruire. C’est pour cela que nous avons tant de communistes et de socialistes dans notre pays qui veulent bien partager ce qui appartient aux autres mais pas ce qui est à eux ! C’est sûr, il n’avait pas digéré qu’après qu’il nous ait refilé de la poudre de chocolat pour la confection des vraies truffes ainsi que celles à l’huile de ricin, nous nous étions trompé quand nous lui en avons proposé une poignée !

Le préposé à l’approvisionnement en combustible, un prisonnier russe, remettait toujours des briquettes jusqu’au jours où il signala une consommation anormale. Evidemment ce fut Also qui se fit réprimandé  comme étant le responsable de ce qui se passait dans sa classe. Il nous en informa gentiment en nous suppliant  d’arrêter nos rapines car il risquait de perdre sa place et être envoyé sur le front russe.

Conscient d’être aller un peu loin dans notre bêtise, nous renversons la vapeur avant que la Gestapo vienne mettre le nez dans nos briquettes comme elle l’avait déjà fait pour le papier hygiénique. Stupéfaction du russe qui voyait chaque jour le seau débordé de plus en plus de briquettes malgré un feu qui marchait à fond.

En parlant de russes, il y en avait beaucoup chez Dornier. Les hommes étaient des prisonniers de guerre et les femmes, de jeunes ukrainiennes, soit disant travailleuses volontaires.

On les apercevait toujours en groupe. Elles arboraient leurs jolis costumes folkloriques très colorés et elles chantaient tout le temps. Les hommes, eux, étaient la plupart du temps manutentionnaires. Les plus doués conduisaient des chariots élévateurs électriques ce qui les amusait beaucoup. Nous avions remarqué l’un d’entre eux, un colosse taillé en gorille qui faisait étalage de sa force en soulevant, par leur col de vareuse, deux gardes à bout de bras !

Ces derniers étaient de vieux campagnards qui traitaient leurs prisonniers avec humanité et jouaient souvent avec eux.

Il y avait d’autres russes qui étaient devenus la terreur des gens du pays qui étaient angoissés quand ils les voyaient arrivé avec leur matériel et leurs sourires moqueurs aux coins des lèvres.

Ce n’était pas qu’ils fussent dangereux par eux même, mais bien à cause de leur occupation imposée par les autorités. En effet ces prisonniers étaient chargés de repeindre les façades et les toits des maisons particulières en couleurs sombres de camouflage. Après leur passage les jolies maisons blanches ressemblaient toutes à des blockhaus !

Autour de Friedrichshafen, il n’y avait encore jamais eu de bombardement. La région semblait taboue pour les alliés. La rumeur disait que les américains avaient d’énormes intérêts financiers dans de nombreuses usines de la région. Il y en avait trois principales qui étaient Dornier, Zeppelin et Maybach,une firme aussi prestigieuse que Roll Royce pour la fabrication de voitures de grand luxe qui motorisaient entre autres les panzers et les U-boot de diesels performants.

Un soir vers 21 heures, nous montions dormir quand les sirènes se mettent à hurler. Habituellement on attendait la fin de l’alerte pour se coucher. Les bombardiers ne faisaient habituellement que passer mais cette fois les sirènes continuaient leur sinistre litanie.

Dès les premières explosions, nous nous précipitons tous dans le sous-sol où une pièce avait été aménagée en abri. La dalle avait été renforcée de plusieurs étançons calés par des sacs de sable. A chaque bombe, on sentait vibrer la maison. Soudain un coup plus violent que les autres nous plonge dans l’obscurité. Seules les lueurs blafardes des bougies qui avaient été allumées dès le début de l’alerte, éclairent nos silhouettes. Les faisceaux, des quelques lampes de poches aussitôt allumées, dansent le vol du bourdon aux mains des utilisateurs paniqués. Les enfants pleurent dans les bras de leur mère, les femmes sont atterrées, la grand-mère prie. Nous les hommes, sommes angoissés mais évitons de le montrer en essayant de les rassurer.

Il n’y a plus d’allemands ni de français mais bel et bien des hommes et des femmes qui refusent une mort aveugle et injuste au fond de cet abri de fortune. Sous l’effet d’une succession d’explosions rapprochées, un étai s’abat sur l’escalier. Les femmes et les enfants poussent un cri affreux. Avec Delavier nous nous empressons de redresser la pièce de bois. Les  grondements semblent maintenant s’éloigner. Au bout d’une heure interminable les sirènes sonnent enfin la fin de l’alerte. Ouf, cette fois on s’en est bien tiré. Le fait de se retrouvé indemne, sans la moindre égratignure fait que sur l’instant on ne pense pas aux  victimes potentielles. Tout le monde remonte du sous-sol rassuré. Après avoir lampé un bon coup de Schnabs pour se remettre de nos émotions, nous sortons dehors pour voir les dégâts dans notre secteur. Aucune maison de Schnetzenhausen n’a été touchée par le bombardement. Pourtant il nous avait semblé que le coup qui a fortement ébranlé la maison, provenait juste d’à côté. Le lendemain, nous avons apprit qu’une bombe était tombée dans un champ à moins de 200 mètres de là. Un énorme cratère aussi grand que la maison s’était  partiellement rempli d’eau phréatique et déjà les biches venaient craintivement s’y mirer.

A Friedrichshafen autour des usines Zeppelin et Maybach qui ont subit de nombreux dégâts, beaucoup de maisons ont souffert. Il y a des morts et beaucoup de blessés.

Curieusement, sur Dornier, pourtant située pas très loin, pas une seule bombe n’est tombée.

L’usine, comme les deux autres, était bien camouflée avec du feuillage artificiel et de faux arbres sur les toits mais en plus ils avaient édifié une fausse usine Dornier à 2 kms de là, au bord du lac. Elle avait aussitôt, quelques temps avant notre arrivée, été bombardée de bombes en bois ! 

Ce matin au bureau, on ne parle que du bombardement. Certains français qui logeaient en ville, à Friedrichshafen, avaient faillis se retrouver sous les décombres, les maisons où ils logeaient avaient été salement touchées. Celui qui avait eu la plus belle frousse de sa vie c’était un Titi parisien qui logeait chez le boulanger. C’était le fournil, situé au sous-sol qui servait d’abri. Une bombe de 50 kgs avait traversé toiture et plancher pour finalement s’immobiliser au bas de l’escalier, l’unique accès au sous-sol. Ils craignaient tous qu’il s’agisse d’une bombe à retardement mais ils eurent plus de peur que de mal et réussirent  à la contourner sans la toucher pour remonter à l’air libre. Dans la matinée, les artificiers l’avaient  désamorcé.

Braun n’est pas venu ce matin. Il fait peut-être parti des victimes ?

Il arrive en début d’après-midi, tout sourire et nous explique qu’une énorme bombe est tombée dans son jardin. « Got ist mit mir, Elle n’a pas explosé. Ma maison n’a rien du tout. Les démineurs sont sur place et ce soir je peux rentrer tranquillement chez moi ! »

A ce moment le téléphone sonne.

« Das ist fûr sie herr Braun. » Notre pétomane prend le combiné et devient livide en lâchant le téléphone des mains.

«  Qu’est ce qui se passe Herr Braun ? »

« On ne peut pas désamorcer la bombe et on ne peut pas la transporter. Elle est trop lourde et on doit la faire sauter sur place. Il faut que je rentre tout de suite chez moi pour déménager ! »

On avait tous envie de rire mais par décence nous nous sommes contenu en compatissant aux gross malheur de notre petit gestapiste.

En bateau, nous n’avions pas le droit de dépasser Meersburg. Les escales suivantes étaient trop près de la Suisse, surtout Constance où la frontière passait au milieu de la rue et était matérialisé par un grillage. Quelques copains avaient pourtant passé outre et avaient eux beaucoup de chance de ne pas s’être fait prendre. J’aurais bien voulu me rendre dans l’île de Mainau, tout proche des eaux helvètes où, parait-il, il y avait un jardin botanique extraordinaire avec de nombreuses essences tropicales. On s’arrêtait donc à Meersburg où un restaurant situé à proximité du château servait d’excellents repas. Il faut dire que le chef était français. Malheureusement à l’époque la citadelle ne se visitait pas et le pont-levis, son seul accès, était toujours relevé. J’ai pu enfin le visiter en 1965 et apprécier l’endroit mais les nombreuses automobiles en stationnement gâchaient déjà à l’époque, le charme médiéval de cette petite bourgade.

En général, le samedi après-midi était réservé aux corvées ménagères. Raccommodage, rangement, petite lessive, achat divers. Pour la grosse lessive et le repassage, nous allions dans une rue du centre-ville où une vieille femme tenait une petite blanchisserie. Nous avions du mal à nous faire comprendre. Elle ne parlait que le Swabs, le patois local et même les allemands avaient du mal à tenir une conversation avec elle mais elle était très gentille avec nous, un peu comme une grand-mère.

Le samedi soir, on mangeait souvent au restaurant et la soirée se terminait invariablement au Gold Rad où nous retrouvions les autres français de chez Maybach et Zeppelin mais il y avait aussi des alsaciens qui avaient été mobilisés comme Schupos, des agents de police que nous avions d’ailleurs connu d’une manière insolite. Il y avait très peu de circulation automobile en ville et les passages pour piétons étaient matérialisés par des bandes peintes au sol et des barrières sur les trottoirs. Nous ne tenions jamais compte de ces signalisations et nous traversions toujours au plus court. Un jour, face à la gare, nous étions au beau milieu de la chaussée quand retenti un coup de sifflet. On se retourne et apercevons un schupo l’air hilare qui nous interpelle en français : « Alors les gars, on se croit à Paris, et les clous alors ! »

On se rapproche de lui. Tout de suite il nous met à l’aise. Il nous explique qu’il est alsacien et qu’il a eu à choisir, entre deux grands maux, la police ou la Wehrmacht. Il nous donne rendez-vous le soir même au Gold Rad. Là, on le retrouve, cette fois en civil,  avec ses deux autres collègues également alsaciens. Ils nous racontent alors des anecdotes qui nous donnent du

baume au cœur. Quand, par exemple, ils peuvent coincer un membre du parti en infraction, ils lui dégonflent les quatre pneus de sa voiture et l’oblige à les regonfler à la main avec une toute petite pompe, une action bien plus efficace que l’utilisation de la matraque glissée dans leur vareuse. Pas de violence, pas de contraventions, de toute façon l’autre l’aurait fait sauter, que du bonheur, aussi bien pour le pénitent qui voit là un exercice tout à fait salutaire à sa santé malgré sueur, crampes et ampoules aux mains et pour les gardiens de l’ordre dont la jubilation sans borne fait plaisir à voir.

A Lindau, il y avait plusieurs pâtisseries, des conditorei, où l’on pouvait consommer sur place en buvant du café ou de la bière. Pour les gâteaux, il fallait des tickets de pain blanc.

Nous avions deux sortes de ticket. Les plus nombreux pour le pain ordinaire, le vilkcornbrot et ceux pour le pain blanc à la farine de froment, beaucoup plus rare,  seulement deux fois 100gr par semaine. C’était bien évidemment ces derniers que nous reproduisions le plus et nous en possédions une quantité non négligeable.

On s’installait à une table et la serveuse nous apportait deux ou trois plateaux garnis de plusieurs sortes de pâtisseries toutes aussi appétissantes les unes que les autres. Elle faisait confiance au client en laissant le plateau sur la table. Nous mangions ce que nous voulions et, au moment de payer, la serveuse nous demandait combien en avions nous mangé. Là invariablement on répondait, la mémoire devenue soudainement courte, un nombre bien inférieur à ce que nous avions consommé. En Allemagne, il ne serait venu à personne une telle idée de grivèlerie. Vous avez dit filous les français ?

Le rote Wand, le mur rouge.

Samedi 25 septembre 43. Il fait un temps magnifique. Le thermomètre a fait des prouesses.

Comme nous quittons le travail à 11h30, nous avons juste le temps de nous équiper comme des scouts et de prendre à Bregenz le train de 12h02. Avec les belges et les hollandais nous avons décidé de partir en randonnée. Je mets un short, une chemise à manche courte, mon éternel béret basque et mes grosses godasses achetées à Angoulême avant de partir à l’armée. Dans mon sac à dos, du ravitaillement et des effets de toilette. Nous somme dans le train rapide, le Schnell Zug. Le billet  coûte tout juste un mark soit l’équivalent de 6 F de l’époque. Nous mangeons nos premiers casse-croûtes. Nous en avons préparé 4 chacun pour la durée de la balade. 14h 48, arrivée à Dalaas. Nous attaquons aussitôt l’ascension. Il fait si chaud que notre beurre se met à fondre. Nous fendons aussitôt un pain en deux pour y loger le beurre qui, en s’imprégnant dans la mie, a la vie sauve. Le Rote Wand est un sommet célèbre qui culmine à 2706m. Il se termine par une falaise qui apparaît rouge écarlate au coucher du soleil. Nous devons passer la nuit dans un refuge à 1931m, la Freiburger Hutte. L’itinéraire pour y parvenir est jalonné par des points rouges peints sur des rochers.

Je fais équipe avec Delavier. Nous rattrapons une jeune fille qui semble avoir du mal à porter son sac à dos. Chevaleresque nous nous en chargeons tour à tour jusqu’au refuge.

Quelques centaines de mètres avant d’arriver, on s’arrête dans une ferme-relai pour acheter du lait. Les panneaux donnaient en moyenne 4 heures pour arriver là. Nous sommes content de notre temps, moins de 2 heures et demi tout en aidant la jeune fille lâchement abandonnée en cours de route par ses compagnons plus véloces. C’est en nage que nous arrivons au refuge.

Nous prenons des photos. Le panorama est magnifique. Deux équipes de notre groupe sont déjà arrivées. Nous attendons les deux autres, nous cassons la croûte et enfin dodo.

Il n’y a pas de lit, seulement un plan incliné en bois, exactement comme au violon dans les commissariats français. On s’installe tant bien que mal. Demain dimanche est une journée chargée. Toujours par équipe de 2, nous devons rejoindre Bezau distant de 50 kms à vol d’oiseau en passant par le Rote Wand. Une fois à Bezau, retour à Bregenz par le train. C’est un véritable marathon. Même en se levant à 5 heures et en marchant à 4 Km/h, il va falloir 15 heures pour absorber chemins muletiers et dénivelés. On devrait arriver à la gare pour la nuit.

Vers 3 heures du matin, le froid et une envie de pisser me réveillent. Je sors de la hutte pour voir la neige tomber à gros flocons. Déjà tout est blanc autour du refuge. Je préviens aussitôt Delavier. Nous décidons d’abandonner le projet. Par beau temps, l’expédition est déjà pour nous un exploit. Sous la neige, avec notre équipement estival, c’est mission impossible.

5 heures, les quatre autres binômes décident de tenter l’aventure et se mettent en route sous la tempête de neige. Nous, on se rendort jusqu’à 8 heures. Nous prenons le petit déjeuné composé de semoule cuite dans du lait et de tartines de confiture et nous attendons l’accalmie. A midi il neige toujours. On ne se laisse pas abattre, nous déjeunons rapidement d’un casse-croûte et décidons de regagner la gare sans plus attendre. On n’y voit pas à 10 mètres et les points rouges sur les rochers ont disparu sous le manteau blanc. Nos pieds s’enfoncent dans une quarantaine de centimètres de poudreuse, ralentissant de plus en plus notre progression. Dans nos vêtements d’été nous sommes complètement frigorifiés. On a beau avoir 20 ans, on souffre beaucoup du froid. Je mets un mouchoir sur mon front pour limiter l’assaut glacial du vent et ma couverture sur les épaules. Nos gambettes nues n’apprécient que moyennement le contact des flocons. Heureusement nous avons de bonnes chaussures. Voici maintenant 2 heures que nous marchons au pifomètre. Tout est blanc, aucun point de repère à l’horizon. Maintenant nous devrions être arrivé à la gare de Daalas mais cela remonte de partout alors qu’il faudrait descendre. On est complètement paumé. On se dirige vers où cela semble monter le moins quand soudain nos godasses se remplissent de flotte. On est dans un bach, un petit ruisseau complètement dissimulé sous le manteau neigeux. C’est notre chance, enfin un fil d’Ariane. A moins que la gravité chère à Newton ne soit pas en vigueur dans le patelin, en théorie, si nous suivons le cours d’eau, nous allons rejoindre la vallée. Nous parcourons environ deux à trois kilomètres en suivant ce ru qui nous mouille bien les pieds de temps en temps pour tomber, oh joie, sur un poteau télégraphique. Nous suivons la ligne qui nous conduit enfin à un groupe de maisons. C’est un petit hameau au doux nom de InnerWal qui possède même une Gasthaus où nous pouvons enfin nous réchauffer et nous sécher. On se trouve entre Langen et Dalaas. Nous avons sacrément dérivé vers l’est. Nous suivons la route pour rejoindre enfin la gare la plus proche, celle de Langen et, en attendant le train, nous restons 2 heures dans la stube de l’auberge accolée à la gare. La, un calorifère, grand feu carré en porcelaine typiquement autrichien, fini de réchauffer nos frileuses carcasses.

Sur les équipes qui étaient parti à 5 heures, deux avaient fait demi-tour et reprit le train à Daalas, les deux autres avaient réussi à joindre Bezau  mais sans toutefois faire l’ascension du Rote Wand. Ils ne rentrèrent que le lundi matin, juste pour l’ouverture des portes de l’usine complètement vannés et fourbus.

Après le bombardement sur Friedrichshafen, nous avons été muté dans une ancienne fabrique de chaussures reconvertie en bureau d’étude. Nous avons également, pour nous loger, préféré prendre des distances et trouver une chambre dans un vieil hôtel attenant à la gare d’Hohénems sur la ligne de l’Alberg. La chambre était moins confortable mais il n’y avait aucune usine dans un rayon de 10 kms. Nous n’avions que 12 minutes de train pour nous rendre au boulot. Le vendredi soir, en faisant escale à Dornbirn, on avait repéré un Gasthaus assez original. Il était installé au beau milieu d’un jardin, dans un immense foudre à bière tout en bois. Le cadre était sympa et il n’y avait jamais la queue. On y servait un vin tyrolien avec une spécialité du Voralberg, de grosses crêpes à la pomme de terre râpée fourrée de confiture, servies dans des assiettes en étain et complètement immergées dans du schnabs ! La serveuse, comme toutes les femmes de la région, était toujours habillée de la jupe en toile cirée noire à liserés bleus et coiffée du chapeau tyrolien.

Les repas à la cantine différaient de ceux de Manzel. Le cuistot ici était italien et nous avions souvent des pâtes et de petites tartes genre niouki. Le service était rapide et une fois restaurés il nous restait une bonne demi-heure à perdre avant de reprendre les crayons. On se réunissait alors au bord du lac tout proche. Il n’y avait que la route et la voie ferrée à traverser. Pendant que les autres s’adonnaient au lancé de cailloux pour les faire ricocher, moi je dépensais mon argent en faisant de la résistance…des matériaux. Je posais une pièce de 1 pfenig sur un rail et la première locomotive qui passait écrasait la sale gueule d’Hitler !  Depuis la réunification, l’Anschluss, il n’y avait plus de schilling autrichien. Seul le mark allemand avait cours avec la tronche d’Adolphe sur le coté face. Rectifié comme il l’était, s’était marrant de rendre la monnaie. Fallait voir la tête du commerçant terrifié d’avoir une telle pièce dans les mains !

Enfin une perm qui, je ne le savais pas encore, allait être la dernière. J’ai subit plus de 10 contrôles de police tant allemands que français avant d’arriver chez moi. Je décidais alors, comme bien d’autres, de devenir réfractaire au STO et entrer dans la clandestinité. Pour ne pas éveiller les soupçons des allemands je me fis faire par le docteur Bardet du dispensaire de Gentilly un faux certificat de maladie pour prolonger ma permission et me laisser le temps d’organiser mon incognito. Le bureau ‘d’embauche’  allemand du quai d’Orsay, où ma sœur avait porté le document, lui remit un bon pour que la mairie puisse me délivrer mes tickets d’alimentation. C’était si simple de les rouler que cela en devenait un jeu. Un jeu dangereux certes, mais un jeu tout de même, une roulette russe avec un barillet à 20 coups.

Avant de me faire oublié des polices allemandes et françaises qui il faut bien le dire avaient d’autres chats à fouetter je fis part à mes amis restés en France de mon expérience sur les voyages organisés par le STO, le service touristique pour ouvriers. Je leur expliquais alors la chance inouïe d’être tombé, dans une région francophile, jouissant d’une grande liberté par rapport à des milliers d’autres bien moins lotis et de pouvoir se retrouver dans un groupe de compatriotes de ma génération.

J’avouais devant leur mine incrédule que j’ai été favorablement impressionné par les allemands que j’ai pu côtoyer et par leur avance tant sur le plan social que matériel.  Une fois passé outre les propagandes qui de chaque côté du Rhin claironnaient forts que si il y a un enfer, c’est chez les autres, il fallait reconnaître que cette maxime avait du plomb dans l’aile.

Malgré cette bonne impression générale sur les gens du peuple qui n’aspiraient qu’à la paix, faut dire que les bombes sur la gueule ça calme, mes copains et moi, nous n’avons jamais collaboré avec les nazis. Certains STO pour une toute petite broutille genre morceaux de sucre dans un réservoir d’avion, et il en fallait énormément pour perturber un moteur, action qui en France serait passé pour un acte de sabotage après jugement, était considéré en Allemagne comme un acte de sabotage stratégique immédiatement sanctionné par la peine capitale sans passer par la case justice. On marchait donc sur les œufs et les occasions d’être utile pour les alliés en sabotant le matériel teuton étaient quasiment nulles tant  notre travail, qui ne relevait d’ailleurs pas de l’armement mais du sanitaire, était passé à la loupe par nos supérieurs. Le bureau des vérifications était bien entendu uniquement composé d’allemands qui n’avaient aucun contact avec nous pour éviter les copinages.

Si la population,  au début du nazisme, applaudissait à grands cris et s’était laissée bercer par la réussite économique et les conquêtes faciles, elle due bien vite déchanter. Elle se rendit rapidement compte que si leur dictateur s’était entouré d’une police politique ce n’était pas pour leur filer des amendes à 2 marks mais bien pour les ficeler serrés à ne plus respirer !

Nous connaissions l’existence des camps de travail pour les droits communs de nationalité allemande et les prisonniers de guerre mais nous ignorions, tout comme la population, qu’en fait la majorité d’entre eux était des prisonniers politiques. Il y avait un de ces camps mixtes derrière les usines Zeppelin. Parfois on voyait les pensionnaires travailler sur les routes, surveillés avec nonchalance par de vieux soldats de la territoriale. Nous avons réussi à parler avec des prisonniers de guerre américains qui eux ne manquaient de rien, cigarettes, conserves, chocolat. Ils faisaient même du troc avec les civils allemands ! Les politiques, eux, étaient les laissés pour compte, ils ne recevaient rien, ni des leurs, ni de la croix rouge. La censure était implacable avec ces pauvres gens.  Leur maigreur faisait peine à voir. Un jour où une équipe s’affairait, sous les ordres du cantonnier, à nettoyer les fossés et que les gardes discutaient loin du bosquet où je m’étais arrêté, j’ai pu discuter quelque minutes avec l’un d’entres eux tout en lui glissant dans les poches quelques conserves et un paquet de cigarette. Son seul tort a été  de dénoncer en place publique les agissements criminels et les turpitudes des membres du parti dans sa petite ville de Rheydt près de Düsseldorf dont il était l’adjoint au Bourgmestre.

Nous étions loin d’imaginer alors qu’il y avait aussi d’autres camps encore plus monstrueux équipés de chambres à gaz destinées à exterminer massivement des humains dont le seul tort était de déplaire à ce cinglé d’Adolphe.

Ils s’étaient donnés le diable pour roi et maintenant ils brûlaient en enfer. Entre les bombardements quasi journaliers et les pertes sur le front de l’est, ils payaient de leur chair la vanité du fou au point qu’un nouvel emploi de mairie à plein temps avait vu le jours dans des milliers de communes, le porteur de télégrammes pour annoncer la mort d’un soldat.

En résumé, ce séjour forcé m’a été bénéfique. J’ai pu voir une organisation du travail sous un autre angle surtout au niveau du bureau d’études  où les allemands avaient des méthodes de conception avant-gardistes que nous avons intégré en France que 20 ans plus tard.

Avec au début un préjugé défavorable envers les boches, le fait de côtoyer la population, les gens du peuple qui sont en tout point semblables à nos concitoyens de l’autre côté du Rhin, je me suis forgé une opinion positive de la nature humaine. Cela ne semblait  pas du tout évident au départ avec ce colossal handicap de la bêtise quand elle est au pouvoir.

 

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