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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 17:02

Egypte. Un endroit qui ne paye pas de mine.

 

Ce mois d’Août 1988, nous laissons au repos le

TP3 et   décidons de partir en Egypte avec les sacs à dos.

Après de sérieux préparatifs, on aime bien rigoler mais cela n’empêche pas de faire sérieusement les choses, nous concoctons un itinéraire tout à fait honorable.

Du Caire, après 3 jours de visite de la ville, son musée des antiquités, les pyramides de Gizeh, une soirée sons- et-lumières aux pieds du sphinx et de nombreuses ballades, nous empruntons de nuit le célèbre train couchette première classe climatisé pour descendre sur Assouan. Ensuite, visite des musées et des environs dont les carrières d’obélisques. Nous empruntons un taxi pour traverser le désert et se rendre à Abou Sim bel. Nous remontons par Philae puis, par le train omnibus, visitons les sites qui longent le Nil tel que Louxor, Karnak, la vallée des rois et j’en passe.

De nouveau le Caire pour quelque jours puis autocar pour se rendre à Alexandrie. Deux ou trois jours de visites. A nouveau l’autocar avec passage sous le canal de Suez direction Charm el cheikh en longeant le massif du Sinaï en bordure de mer rouge.

Camping sur la plage avec plongées pour apercevoir coraux et poissons multicolores. Enfin retour, mais sur le Caire pour embarquer à l’aéroport direction Paris. Voici le programme théorique. En pratique, quelque différences vont apparaîtrent comme  32 bosses sur un  dos de dromadaire à vexer un chameau.

Départ Orly, correspondance aux Pays bas à Scheepol  puis arrivée au Caire. Tout se passe dans la logique cartésienne des compagnies aériennes qui pratiquent les vols charters. On vole vers le nord pour se rendre au sud. Bref, une fois devant les tapis à bagages, nous constatons qu’il manque deux valises et pas des moindres, les nôtres. Heureusement pour les filles, les leurs sont bien là. Après réclamations, on nous propose d’attendre quelques jours et rester zen.

Nous restons donc zen comme un japonais prêt à faire Hara-kiri à son interlocuteur. Nous en profitons pour visiter le Caire comme prévu.

Nous avons pris le taxi une seule fois dans cette ville. Le type roulait à tombeau égyptien ouvert  et se perdait à chaque carrefour. Deux heures pour parcourir les 25 bornes du Caire à l’hôtel, près de l’aéroport ! Heureusement une crevaison  divine nous sauva et nous permit de terminer le trajet à pied. Après multiples allers-retours aux objets perdus, cette fois-ci, en autobus, nous finissons enfin par récupérer nos valoches qui, d’après les informations collées sur leurs flancs, avaient fait un détour par Philadelphie. Logique quand tu nous tiens, essaye de bien te tenir aussi.

Je passerais sur le reste du voyage qui s’est parfaitement déroulé comme il était prévu hormis quelques petits détails disons olfactifs et surtout intestinaux pas piqué des hannetons.

Le plus curieux, c’est que ce n’est pas dans de vieilles gargotes à l’hygiène foncièrement éloignée des normes en vigueur que les ennuis digestifs se sont produits. Dans les quartiers non touristiques du vieux Caire où seuls les autochtones s’aventurent, il y avait des petits restaurants bons marchés qui ne payaient pas de mine. Aux nappes à carreaux qui n’avaient connu le mot lessive qu’au passage de Napoléon et un serveur à la goutte au nez qui retenait la coulure avec son panaris, on ne pouvait leur opposer que des mêts délicieux, la plupart du temps composés de recettes inconnues des livres de cuisine pour touristes.

Et bien, à aucun moment nous avons été victime d’une quelconque turista après ces repas pourtant considérés à haut risque par les agences de voyages. Il a fallut qu’un jour on se paye un resto étoilé dans un grand complexe hôtelier international pour connaître les affres d’une colique carabinée. Peut-être le serveur au panaris bien mûr avait changé d’employeur, qui sait ?

Le train-couchette, un exemple de propreté et de luxe, avait comme alter- ego  le train omnibus. Comme la matière et l’anti-matière, un monde les séparait.

Les toilettes étaient si bouchées qu’elles débordaient au sol sur les 10 centimètres que délimitait le seuil de porte. Des ingénieux utilisateurs y avaient placés au sol des pavés comme les cailloux d’un gué. Malheur à celui qui laissait traîner ses bretelles !

Enfin nous arrivons à l’instant du récit où les choses faillir réellement se gâter. Nous étions sur le retour de Charm el cheikh, en autocar climatisé. Une digestion, très mal engagée, tourmentait votre narrateur et je passais par toutes les couleurs, tantôt suant à grosses gouttes, tantôt tremblant comme une feuille d’ibiscus. J’avais hâte d’arriver à la halte relais où les gens pouvaient descendre pour se désaltérer et se soulager. Encore 50 bornes, 20 bornes, 10 bornes, je n’en pouvais plus, 5 bornes, 1 borne, je vais craquer, 300 m, on aperçoit enfin le relais. L’autocar s’immobilise dans un nuage de poussières. Je suis le premier à sortir. Où sont les toilettes ? Je fonce, enfin je veux dire que je me hâte lentement. On ne sait jamais avec les secousses de la marche, une vibration du sol, un éternuement ... Stupéfactions ! Un autre car est déjà là. Devant les toilettes, un queue d’au moins 20 personnes. A l’attitude coincée de certains je me doute que ce n’est pas la   fête non plus. C’est pas possible, on a tous bouffé au même resto ou quoi ? Je ne pourrais jamais tenir. Je fais un tour d’horizon à 360°. Rien. Que du sable à perte de vue. Vers l’ouest, on aperçoit bien la mer mais la plage est peut être à 500 m. De l’autre coté, les flancs du Sinaï avec ces jolies petites dunes de sable rouge et or. N’écoutant que mon instant de survie, je me dirige vers elles et me glisse entre plusieurs rangées de barbelées en maugréant après les égyptiens qui laissent traîner n’importe quoi, n’importe où. J’en accroche même mon précieux rouleau de papier qui n’est pas de la mer morte celui-là. Je suis encore en terrain découvert et ma pudeur me dicte de pousser encore plus loin ma recherche d’intimité quand soudain j’entends des hurlements provenant du car et des passagers. Je me retourne. Là bas à 150 m plein de gens s’agitent les bras en l’air en gueulant dans ma direction. Merde, ce n’est pas vrai, ils ne peuvent pas me laisser tranquille juste un instant ! Sont chiants ces mecs ! Je parviens enfin à contourner ma petite dune et là, enfin, la délivrance. Alléluia !

Ils sont lourds les mecs ! Qu’est-ce qu’ils ont maintenant à klaxonner. Ils ont dit, 20 minutes d’arrêt ! Pour passer incognito, c’est raté. Je vais me faire chambrer par tout le monde mais je m’en fou. Je me sens tellement soulagé par rapport aux minutes précédentes où j’ai cru exploser que les railleries ne m’atteindront pas le moins du monde.

D’une allure guillerette que je qualifierais même de primesautière, je prends la direction des moqueurs en m’arrêtant par-ci, par-là à observer les jolies euphorbes et autres cactés qui poussent avec vigueur aux détours des vallons dûnaires. La clameur ne faiblissait pas et au fur et à mesure que je me rapprochais, le visage des gens semblait plus enclin à traduire la frayeur que la franche rigolade. Je repassais  les triples rangés de barbelés pour enfin arriver au bord de la route. Là, je me faire engueuler par le chauffeur et le gérant des lieux ! Ils baragouinent en anglais des choses que je ne comprends pas. Ils me font prendre du recul et me désignent une pancarte à moitié décapée par les vents. Elle était plantée là, au beau milieu des herbes qui précédaient les dunes. « Attention mine » y était rédigée en arabe et en anglais sous une tête de mort croisée de  deux tibias. Je crus bien les coliques revenir sur le champs… de mines.

Ces cons-là, je parles des militaires, n’ont pas été foutus, depuis la guerre des 6 jours, de ramasser leurs saletés, au moins en bord de route !

En discutant avec un passager qui parlait notre langue, celui-ci m’expliqua que depuis 21 ans des milliers de mines sont encore enfouies dans la bande de terre qui représentait à l’époque le No-man’s land entre les positions égyptiennes et Israéliennes. D’ailleurs, tout le long de la route, des tranchées et des fortins de sacs de sables sont encore bien visibles des automobilistes qui n’ont droit de s’arrêter qu’aux haltes routières. Mais ici tout le monde était au courant et il faudrait être complètement cinglé de s’aventurer ne serait-ce que d’un mètre au delà de ces barbelés.

Quand je me disais que cette foutue colique allait me faire exploser, tout compte fait, je n’avais pas tout à fait tort !

 

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