Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 11:16

                                       Un enseignement secondaire très primaire

 

Les techniques modernes, surtout celles de la communication possèdent de nombreux travers mais il faut tout de même leurs reconnaître une certaine utilité pour ce qui est de la recherche des personnes.

Si pour la police, c’est une avancée considérable, pour nous autres, simples citoyens, la recherche et découverte d’anciens camarades de classe est, à une échelle moindre, une sacrée pochette surprise.

Pour ma part, j’ai jusqu’à présent retrouvé que des gens honorables et vertueux qui ont eu un parcours disons classique : artisans, professions libérales, fonctionnaires, artistes, bref de quoi remplir avec succès un agenda troisième age pour les vieux jours.

Joueurs d’échec ou aficionados de thé dansants à vos marques.

Le problème, qui ne s’est heureusement pas encore présenté à moi, c’est  le « marche à l’ombre » de service qui aurait vu dix fois « Tanguy » en matinée, l’emmerdeur en soirée et « les casse-couilles sont parmi nous » en avant première. Je sais ce dernier n’existe pas mais je compte bien l’écrire un jour vu les nombreux exemples qui m’arrivent a l’oreilles.

Parfois et c’est heureux, une retrouvaille vieille de 50 ans permet en un instant de remonter le temps.

Un ancien camarade de classe me retrouve par le biais du net et, oh miracle, dissipe le voile qui occultait depuis tant d’années nos pérégrinations à l’école Saint Anne du 13eme arrondissement.

Je n’avais retenu de ces années là que ma malheureuse expérience d’apprenti artificier en manipulant, un jeudi, à la sortie du patronage une pochette pleine de gros pétards qui m’explosa à la figure me laissant pour le reste de mes jours des acouphènes digne d’un concert des Who.

Tout me revient alors avec détails et limpidité.

Automne 62

Planqué au fin fond de la classe, on ne change pas les habitudes qui gagnent, habitude prises dans le précédent établissement, l’école Saint Joseph de Gentilly, nous étions cette fois installés sur des chaises individuelles. Cela  changeait des tables à bancs qu’il fallait chevaucher pour s’en extraire.

Une liberté de mouvement très vite mise en pratique par la découverte, qu’en y prenant du temps et de l’attention, cet à dire l’inverse de ce que je pratiquais habituellement en classe, on pouvait se maintenir en équilibre sur les pieds arrières de la chaise, le mur du fond assurant le rôle de garde fou.   

Une vocation était née. Je serais équilibriste.

De quelques secondes au début, je parvenais à tenir plusieurs minutes à la fin du trimestre. Le plus dur était de dissimuler les innombrables mouvements involontaires de reprise d’équilibre qui se manifestaient sans cesse. C’était surtout les bras qui trahissaient mon habileté naissante. Paradoxalement j’étais très souvent interrogé par le professeur. Mes mouvements étaient la plupart du temps interprétés à tord pour une demande de prise de parole et j’étais alors bien en peine d’expliquer ma soudaine curiosité pour son cours.

Des collègues équilibristes, placés plus en avant mais ne bénéficiant pas du mur du fond pour limiter les risques, avaient toutes les peines du monde à expliquer comment un simple exercice de géométrie pouvait engendrer de telles cascades se terminant chaque fois par une chute impressionnante et bruyante.

Avec Riton le prof de math, Sergent le prof d’allemand, et Muller celui d’histoire-géo, il n’y avait pas trop de problèmes. Ils riaient de bon cœur mais sans être roulés dans la farine pour autant. En bons pédagogues, ils savaient lâcher du lest au bon moment mais sans laxisme. Il en était tout autre avec Cousin, le prof d’anglais, une espèce de colosse ventru en costard Prince de Galle, terreur de tous les écoliers qui suivaient ses cours. Il avait, disons, la manière forte pour nous faire incurgiter les verbes irréguliers. Comme en escrime, il y avait plusieurs types d’attaques éclaires. La plus classique et la plus utilisée, la gifle. En direct, en revers, en abattée, bref on la consommait  à chaque cours. Le coups de pied au derrière. Là c’était plutôt dans les couloirs étroits où ses bras ne pouvaient prendre toute leur puissance pour asséner les baffes. Le coup de règle sur les jarrets, idéal pour calmer les ardeurs à grimper bruyamment les escaliers. Pour les dormeurs, pour incroyable que cela puisse paraître il y en avait qui osaient s’assoupir, le coup du dictionnaire Français Anglais, Anglais Français était l’arme fatale qui s’abattait sur le crâne de l’infortuné qui à peine réveillé par l’attaque, retournait illico dans les bras de Morphée complètement KO.

Pour finir et là, heureusement pour nous, c’était de l’ordre de l’extra scolaire, il avait le coup de poing aussi fiable qu’un autobus lancé à pleine vitesse dans un magasin de porcelaine.

C’était l’époque d’Elvis Presley, d’Eddy Cochran, les Beatles sortaient leur tout premier album et les rues étaient pleines de blousons noirs avec des chaînes de vélo et des couteaux à cran d’arrêt. Les rues Kuss et Brillat Savarin, toutes proches, donnaient accès à un groupe d’immeubles de la ville de Paris où ces jeunes désoeuvrés faisaient régner la terreur. La police qui avaient d’autres chats à fouetter avec les menaces d’attentats sur fond de fin de guerre d’Algérie, ne se hâtait guère à pacifier le secteur et le phénomène non maîtrisé s’intensifiait.

Pour économiser les tickets de bus, le soir après l’étude, on empruntait les rues du quartier pour rentrer avec des copains sur Gentilly. Un soir d’hivers, notre groupe, nous n’étions que 3 gosses de 11 à 12 ans, fut pris à partie par des loubards décidés à nous apprendre la futur chanson de Renaud, ‘La baston.’

Un des copains, déjà fan, avait mis sur la tête une perruque noire, comme celle qu’arboraient ses idoles les Beatles lors de leur concert à Liverpool. Cette moumoute, que sa maman lui avait offerte avec le 45 tours des garçons dans le vent,  nous sauva la mise. Dans notre fuite, elle perdit la tête sur laquelle elle trônait. Cela interloqua tellement nos poursuivants qui s’en saisirent aussitôt dans un grand éclat de rire, en se tapant sur les cuisses tout en l’essayant tour à tour.

Le lendemain, l’affaire avait fait le tour de l’école et les profs mis au courant.

Dorénavant nous rentrions par la passerelle, cet ouvrage aujourd’hui disparu qui enjambait, à coté de l’octroi, la gare de marchandise Glacière-Gentilly sur la petite ceinture et reliait la place Rungis au Boulevard Kellerman dans le 13eme arrondissement. (1)

Une semaine passa sans encombre mais un matin un des élèves de 5eme vint se plaindre au directeur pour rançonnage avec violence juste devant l’école. Il était arrivé en avance et devant les portes fermées de l’établissement, il avait été agressé par deux blousons noirs qui lui avaient chipé sa montre et son argent de poche.

A cette époque, que ce soit au sein des établissements publiques ou privés, les profs avaient des couilles. Ils décidèrent d’intervenir. Cousin en tête, ils étaient tous venus plus tôt pour planquer et tenter d’interpeller les voyous.

2 jours passèrent sans aucun problème. Au troisième, la chèvre ou plutôt celui qui avait été agressé précédemment, se pointe de nouveau en avance et fait le poireau devant l’entrée de l’école. Surgit à ce moment, du square tout proche, 3 brutes en blousons, chaîne à vélo en main, prêts à faire passer à la caisse notre malheureux camarade. A moitié étranglé par l’un deux il arrive tout de même à hurler. C’est le signal. Cousins sort en trombe. Les loubards n’ont pas le temps de réaliser leur infortune qu’ils sont hachés menu. Cousins leur file une telle branlée qu’il faut appeler la police et surtout les ambulances. Ils souffrent de côtes enfoncées, de mains broyées et leur figure n’est plus qu’une masse rouge sanguinolente où les nez font office d’îlots paradisiaques malgré l’écrasement dont ils sont l’objet.

En 2011, on aurait eu droit à un procès retentissant avec une nuée de médias prêt à tout pour faire monter la mayonnaise, là, juste une ligne sur la main courante du commissariat :

Altercation au 109 rue Bobillot. 3 adolescents contusionnés. Agresseurs inconnus.

 

 

(1) L’année suivante nous avions assisté au tournage du film de John Frankenheimer ‘Le train’ sortie en 1964 avec Burt Lancaster et Michel Simon.  La séquence où un soldat allemand fait sortir à coup de crosse un résistant d’une des boites à eau d’une machine vapeur 040 T sous pression.

 Sciemment ou involontairement on fit reprendre plusieurs fois la prise. Derrière les balustrades de la passerelle nous jetions des morceaux de gâteaux aux bergers allemands censés agresser le résistant. Ils s’en détournaient à chaque fois que le réalisateur criait ‘ Moteur !’, pour avaler les portions de nos quatre heures ! Un assistant nous repéra et fit évacuer la passerelle qui pourtant n’entrait pas dans le champ, tout au moins pour cette séquence là, au grand dam des curieux et des quidams qui l’empruntaient.

 

 

 

La bande de la rue Kuss avait bien entendu de sérieuses velléités envers l’école des curés. Ils en étaient restés au concept qu’un agressé issu d’une école de confession catholique devait toujours tendre les deux joues et là, ils ne comprenaient plus rien à la religion. Tout fout le camp.

Heureusement pour nous, les flics avaient décidé, suite aux nombreuses plaintes qui émanaient d’autres habitants du quartier, d’effectuer à la suite de l’incident, une descente musclée dans la ruche des mauvais garçons. Avec des gendarmes mobiles en renfort, ils ratissèrent tous les blocs d’immeubles des caves aux greniers. Ils récupérèrent ainsi un arsenal à la Prévert qui laissa nos loubards forts démunis. Les chaînes retournèrent sur les vélos et les crans d’arrêt dans l’armoire à malice de la préfecture. De multiples patrouilles dorénavant de nuits et de jours finirent par dégoutter les blousons noirs qui se contentèrent d’aller pratiquer leurs larcins et agressions en banlieue ou dans un autre quartier de la capitale.

On peut constater qu’en 50 ans rien n’a réellement changé.

J’étais devenu bon en matière d’équilibre sur chaise. C’était inversement proportionnel à mes études qui pâtissaient sérieusement d’une somnolence quasi chronique due aux médicaments que je prenais pour calmer mes acouphènes. Médicaments qui ne soignaient rien mais m’abrutissaient tellement que, souvent, à côté de la plaque, j’en vint un bon matin, alors que je descendait la rue Bobillot, à me prendre un platane de plein fouet alors que je regardait une jolie fille sur le trottoir d’en face ! Points de sutures mais point de rancard. La jolie demoiselle avait du éclater de rire en continuant son chemin.

Pour ma défense, et je ne vois pas qui, autre que moi pourrait endosser la robe d’avocat, je n’étais pas non plus le crétin de service. Quand les profs me traitaient de fainéant, j’avais toujours un truc en coin dans la cervelle pour leur rabattre le caquet ce qui les mettaient de forte méchante humeur, réalisant que je les ridiculisaient devant tout le monde.

Exemple : Riton nous fait une leçon de physique et vient à nous parler, en lisant son manuel, de la première centrale nucléaire française d’EDF à Chinon. Comme je m’étais tapé des notes pourries à la dernière interro, il était sur mon dos et me questionnait sur ce qu’il venait de dire pour vérifier si j’étais bien à son écoute et non pas à dessiner je ne sais quelle horreur. Non seulement je répète parfaitement la leçon mais en plus je rajoute que le tout premier réacteur nucléaire n’était pas l’américain de l’Idao mais celui du Gabon et pour faire bonne mesure je donne le lieu : Oklo. Bien entendu tout le monde se met à rire et je me prends un savon comme quoi je serais toujours un ignare. Je lui fais front  et je rajoute :

« Naturel monsieur, naturel. « 

Grosse rigolade. Riton est tout rouge. Il va nous faire une attaque.

«  Il y a 1,5 milliard d’années monsieur. »

 Le prof me regarde comme si je venais de la lune. C’est vrai que j’y suis relativement souvent.

« Il faisait environs 25 kw et il a fonctionné pendant 600000 ans ! »

Avant de me prendre une mandale pour offense à professeur, j’extrais mon Science et la vie de mon cartable et lui fourre sous le nez. Une fois avoir lu l’article, qui confortait bien évidemment mes dires soit disant farfelus sur l’existence dans le passé d’un réacteur naturel, Riton, bon joueur, s’excusa devant toute la classe.

J’en avais un peu pour tout le monde, même en anglais où je l’avoue le terrain était glissant.

Mon père était abonné à la Science et la vie qui plus tard deviendra Science et vie. Il avait même récupéré tous les numéros depuis 1918 brochés cuir. Cet ouvrage de vulgarisation a donc bercé mon enfance et à l’heure d’aujourd’hui, j’y suis toujours abonné. Le paternel lisait aussi Historia. J’aimais apprendre l’histoire à partir de la petite qui par ses anecdotes avait le don de mieux fixer les événements. Le ton romancé prit par les historiens était en opposition flagrante avec la chronique sans âme dénudée de passion des ouvrages scolaires dont le seul fil conducteur était les dates qui jalonnaient les événements. Ma mère qui fut gravement malade à ma naissance, oui les infirmières peuvent attraper leur maladie en soignant les tuberculeux, avait lu pendant sa convalescence tous les grands classiques de la littérature française et m’avait donner le virus.

Là aussi je pouvais faire mon petit effet pour qu’ils me laissent tranquille jusqu’à la prochaine mauvaise note.

A la récréation, l’utilisation de balles, ou tout autres objets manufacturés, était interdite. Certainement pour éviter aux carreaux du bâtiment de jouer les filles de l’air. Pour contourner le règlement, nous fabriquions des boules de papier mâché qui convenaient parfaitement pour un jeu de paume rapproché. Pour les matchs de rugby improvisés, le sac de sport du plus faible d’entre-nous, faisait parfaitement l’affaire et remplaçait judicieusement le ballon ovale, Sympa, on lui demandait avant le match de retirer tout de même son goûter.

L’année passa longue et ennuyeuse au niveau éducatif. L’intermède de la communion avec la retraite et tout le toutim, nous laissa toutefois de bons souvenirs.

Déjà, la procession de nos copines, cierges en mains, en faisait fantasmer plus d’un à la puberté naissante.

la sempiternelle médaille du communiant et les gueuletons et cadeaux qui suivirent ne faisaient pas oublier les affres d’une retraite qui, quelques jours plus tôt, avaient ruiné l’espoir de nos guides spirituels qu’étaient Le père Perinet, l’abbé Sébastien et l’abbé Lussot, de faire de nous de bonnes et honnêtes ouailles.

Pour se joindre au lieu de retraite, un monastère de la vallée de Chevreuse, nous primes le car et même l’étroit car, tant nous étions nombreux. Premier blessé, à peine sortie d’Antony sur la RN 20. Un lancé d’extincteur mit Ko un trois quart arrière qui ne l’avait pas vu arriver.

Résultat, 3 points de sutures posés par un toubib local.

Arrivé à destination, découvertes de notre dortoir et du réfectoire, accessoirement de la chapelle et surtout de l’immense parc avec une futaies bicentenaire et un étang aux eaux vertes.

De sérieuses discussions évangéliques saupoudrées de morale chrétienne, un vrai séminaire de Jésuites, nous fit passer une première journée, entrecoupée de parties de baby foot et jeux de ballons. Les moines étaient loin d’être des épicuriens et rougeaux gastronomes chers à Rabelais, aussi après un frugal repas,  composé d’une soupe à l’eau, oui, oui ça existe, d’une tranche de jambon, d’une purée aussi liquide que le verre d’eau qui l’accompagnait et d’une pomme, nous dûmes rapidement prendre nos quartiers de nuit et, à 8 heures, extinction des feux, enfin pas pour tout le monde. Des camarades, futurs cobayes pour maladies coronariennes et plus si affinité, avaient décidé de fumer des Parisiennes, ces cigarettes de tabac blond qui étaient conditionnés en paquet de 5, certainement, vu leur coût attractif, destiné à clientéliser les enfants dès la maternelle.

Un seul garde chiourme, l’abbé Lussot, avait pour paillasse le lit appuyé au mur près de l’entrée. Pour l’instant, après ses recommandations de la fermer et de s’endormir sur le champ, il était descendu rejoindre les autres prêtres pour cloper.

Le signal était donné pour la grande fumerie. Cela tirait dans tous les coins à celui qui réussirait à faire la volute la plus concentrique. Quelques toux et crachements plus tard, la salle ressemblait à une fumerie d’opium de Macao.

Les seules lumières provenaient des multiples halos des lampes électriques qui balayaient la voûte du dortoir comme autant de projecteurs de la défense aérienne dans le ciel de Londres pendant le Blitz. Evidemment le bruit de nos discussions parvint aux oreilles ecclésiastiques qui envoyèrent un de leur agent de renseignement en la personne d’un chef scout qui faisait parti du staff. En mots plus crus que le langage biblique des hommes en soutanes, il nous intima l’ordre de la fermer ou bien  nous allions faire, au clair de lune, trois tours de parc en pyjama et en petite foulée, fumeurs comme non fumeurs.

Vu la fraîcheur de la nuit qui nous parvenait par la fenêtre grande ouverte laissé par le boy scout de sevice qui comptait bien là évacuer les fumerolles de nos pêchés, personne n’émit la moindre protestation et nous tombèrent bien vite dans les bras de Morphée.

Curieusement c’est une odeur de croissant chaud qui ranima mon corps endormi. En fait, il ne s’agissait pas de croissants mais d’un matelas qui se consumait. Peut être que quelques croûtes de pain oubliés avaient leurré mon odorat. Toujours est-il que l’abbé Lussot, en chemise de nuit en pilou, n’avait pas son pareil pour taper à bras raccourci sur son lit qui fumait comme l’antre du diable. On avait tous éteint nos clopes lors de la visite impromptue du vendu et personne, en se réveillant ainsi en pareil équipage, ne comprenait d’où provenait l’origine du sinistre.

Madame Bovarie, comme livre de chevet pour un prêtre qui fume au lit et qui s’endort béat, la clope tombant du bec, après certainement un effort manuel hédoniste épuisant, était loin, syndicalement parlant, du missel conventionnel  et le garçon qui le ramassa au sol n’eut même pas le temps de satisfaire sa curiosité livresque que notre  abbé l’avait déjà récupéré et flanqué dans son sac à dos comme ni vu ni connu.

Le lendemain, rebelote. Des cours d’instructions religieuses agrémentés de paraboles et échanges de réflexions sur les us et coutumes d’un bon paroissien à défaut d’être un bon chrétien, nous pris une bonne partie de la journée agrémentée d’un jeux de piste qu’il eu mieux valu éviter vu les circonstances désastreuses qui s’ensuivirent.

En effet, organisés en petits groupes pour aller à la recherche d’un banal trésor, un foulard rayé de scout, nous nous éparpillons dans le parc comme des moineaux avec notre feuille de papier à rébus sous le bras. Arrivés près de l’étang, je crois bien qu’il s’agissait de Vallot, il aperçut une grenouille assise en tailleur sur une nymphéa. Cela dérida notre ennuyeuse équipée et ce fut à celui qui l’attrapera le premier. A l’aide d’une branche l’un de nous essaya bien de la faire migrer près du bord mais son pied mal assuré sur la berge glissante perdit son appui et il effectua un plongeon tête la première dans les eaux vaseuses à l’étonnement de la grenouille qui, se contenta d’émettre un simple crôa d’indignation. Notre compère ne sachant pas nager, se débattait comme un beau diable pour rejoindre le bord et c’est une branche providentielle tendue par un autre copain qui servit de treuil pour l’infortuné pécheur. Moi j’étais en deuxième ligne et tirait également sur un des rameaux de la branche.

A un moment sous le poids du ‘noyé’ elle céda brutalement et son extrémité vint choir brutalement sur mon œil qui vira instantanément au lit de vin façon bordeaux millésimé.

Nous n’avions pas trouvé le foulard. Une autre équipe plus chanceuse l’avait rapidement localisé mais il en fut tout autrement pour le dernier groupe qui s’était persuadé de trouver le Graal dans le creux d’un tronc d’arbre. Nos étourneaux fureteurs ne trouvèrent pas mieux au passage d’arracher de fines lianes de chanvre qui parasitaient leur hôte afin de les fumer genre cigarillos pour fauché. Ce qui devait arriver arriva. L’un d’eux tomba lourdement sur le sol et se cassa le bras tout net. Où était l’encadrement ? Pas un soupçon de réponse mais ils se trouvèrent forts embarrassés devant une telle hécatombe au bout de 2 jours seulement et eurent bien du mal à trouver des explications cohérentes devant les parents indignés.

Nous rentrâmes en nos foyers un peu comme d’héroïques combattants qui ont vu le feu de la bataille de prêt mais conditionnés tout de même pour que la cérémonie soit parfaite et inoubliable.

Seules ombres au tableau : Pour l’un, un sparadrap couleur chair pour dissimuler les points de sutures, pour l’autre, un plâtre déjà souillé de nombreux messages salaces au stylobille, pour un troisième, un emmitouflé du genre : malgré la toux je vaincrais la fièvre des marais et, pour ma pomme, une arcade sourcilière façon Frankenstein fort heureusement atténué par un savant maquillage en…trompe l’œil. Des autres, il restait une chorale de tousseurs et cracheurs qui n’avaient pas encore totalement assimilé les toxines de leur fumette improvisée.

Dans chaque famille on fit bombance et les cadeaux aidant, on déclara la journée excellente !

 

Revenons à l’année scolaire.

A l’école, aux récréations, les jeux de balles avaient cédé la place aux jeux de billes qui plus tard, en suivant la mode, cédèrent  la place aux yoyos, pour finir avec les scoubidous en passant par la marelle et bien entendu, un peu comme un refrain qui liais toutes ces activités ludiques, par de fréquente castagnes qui permettaient de renouveler la garde robe au grand dam des parents. Les fringues, à force d’être recousus et rapiécés, étaient dans un état de fraîcheur aussi lamentable que les oripeaux des clodos qui occupaient le banc en face du square.

Je commençais à me distinguer en sport, surtout la fois ou je servi de sparing partner à un copain qui en était déjà à sa deuxième année de boxe anglaise. Ignorant totalement l’esquive et encore moins la parade je me retrouvais aussitôt au tapis le nez et les dents passablement choqués, les protège-dents pour enfants, à l’époque, on connaissaient pas ou alors il fallait avoir la mâchoire de Fernandel. Je décidais alors d’être plus assidu en gymnastique. Barre fixe, cheval d’arçon, trapèze et barres parallèles n’avaient rapidement plus de secret pour moi. Il fallait juste bosser et bosser encore pour enfin recueillir des résultats.

Mon grand-père qui m’avait enseigné l’escrime dans ma plus tendre enfance, avait cessé de m’entraîner. En cause l’étroitesse de son appartement où les rideaux et autres bibelots n’appréciaient guère la fureur de nos fentes et esquives. Comme cet art, un peu tombé en désuétude à l’époque, n’était pas enseigné dans notre secteur, trouver une salle d’armes qui accueillait les enfants n’était pas une mince affaire et le sujet à peine fut il abordé qu’il passa illico aux oubliettes. Je me recentrais alors sur la gym et, avec des copains, notre activité principale à la récréation, n’ayant pas d’agrès à notre disposition, fut d’apprendre à marcher sur les mains. Au début, on s’essayait près d’un mur. Les pieds touchants on les éloignait doucement pour commencer à tenir en équilibre le plus longtemps possible puis l’adresse venant, on s’éloignait un peu et tentions une première avancée puis une autre jusqu’à finir par arpenter la cour de plus en plus vite et de plus en plus longtemps. Cela faisait bizarre tout ces gosses les godillots en l’air. De temps à autres un trousseau de clés ou des billes tombaient de poches. Les profs, qui surveillaient la récré, en avaient certainement vu d’autres et, apparemment blasés, trouvaient cela tout à fait normale. C’est vrai que nous étions à Sainte Anne et on pouvait aisément confondre notre établissement avec l’hôpital  psychiatrique qui, à 300m de là, portait le même saint patronyme.

Je tenais sur une chaise en équilibre, je marchais sur les mains, je m’étais essayé au lancé de masses de jongleur mais déclarais vite forfait à cause à la rencontre avec cette quille en apparence inoffensive qui se trouvait être en réalité une véritable matraque quand elle rencontre le crâne fusse-t-il bien garni d’une forte tignasse d’adolescent. Il me manquait plus qu’à essayer le câble tendu. Il fallut attendre 3 ans. Cette année là mon père avait acheté un  petit terrain en plein bois à Courance dans l’Essonne pour y passer les week-ends.

Pensant naïvement qu’en forçant la main au maire, en construisant un petit chalet en bois aux dimensions ne justifiant pas de permis de construire, mais juste une autorisation de travaux,  il passerait des séjours en toute quiétude, il fut désagréablement surpris 3 ans plus tard d’être obligé de tout raser ce qui nous fit migrer sur un terrain cette fois constructible sur la commune de Dannemois, mais là c’est une autre histoire.

En revenant au câble tendu, c’est en utilisant un tirefort de très forte puissance qui lui permettait d’arracher les souches des arbres qu’il avait abattus, que j’eu le déclic.

Un jour, une souche était si grosse que même en ayant dégagé au maximum ses racines, elle résistait à l’arrachement. Le câble était tendu à l’extrême entre elle et l’arbre voisin au pied duquel était attaché le tirefort. Machinalement je montais dessus et fut surpris de tenir quelques secondes en équilibre. Je ne risquais rien, le câble était à peine à plus de 10 cm de l’herbe. Je m’enhardi pour essayer de durer un peu plus longtemps. Les grosses pompes en cuir n’étaient pas vraiment l’idéal et en chaussant des tennis la sensation de sentir le câble sous ses pieds fut une révélation. Mieux même, en simples chaussettes, la plante des pieds pouvait l’épouser en se creusant et le gros orteil en prenant opposition au reste du pied permettait d’effectuer un léger mais réel effort de redressement.

Au bout de quelques tentatives qui se soldaient toujours par un échec à la grande rigolade des copains, je fini enfin par parcourir les 5 ou 6 mètres sans aucun artifice. Tout le monde s’y mis alors avec plus ou moins de bonheur, gamelles à la clé.

La semaine suivante, ma mère me passe son parapluie en disant que les artistes de la piste aux étoiles, elle l’avait vu à la TV, l’utilisent ouvert comme balancier. Là il faut reconnaître que cela aide un peu à conserver l’équilibre. Je décide la fois suivante de corser la difficulté et place le câble à 1m du sol. Je m’aide par prudence d’un grand bout de bois taillé dans un noisetier parce que à cette hauteur, la tension entre les arbres est telle qu’ils plient vers l’intérieur et la raideur du câble s’en ressent. C’est un peu plus lâche. La perche n’est pas assez longue et lourde mais cela aide toutefois et du premier coup je finis par traverser la distance. La semaine suivante on avait mis sur le toit de l’Estafette un tube de chauffage de 5 m de longs qui donna toute satisfaction et au bout d’un mois j’arrivais à maîtriser mon équilibre sans pratiquement plus de chute. Passer à une hauteur plus conséquente n’était pas une mince affaire. Les arbres alentours, en majorité des acacias, étaient de faibles sections. Leur enracinement superficiel dans une terre sablonneuse ne permettait pas de hausser la difficulté à plus de 2m ce qui heureusement limita la casse. L’idée de coupler l’équilibre sur chaise que je maîtrisais de puis longtemps avec le câble tendu ne fut pas une grande idée. J’avais scié en V les deux pieds arrière de la chaise métallique pour pouvoir les maintenir sur le câble. Trop sûr de moi ou tout simplement inconscient, je ne pris pas la peine d’effectuer mes essais au raz du sol et à la suite d’une bonne gamelle je me foulais la cheville avec blessure au tendon d’Achille. Terminé le spectacle ! Déjà que je ne foutais rien à l’école, ou si peu, les parents décidèrent de resserrer les boulons et je les ai eu sur le dos cette année là toute la fin de l’année scolaire.

Automne 63

Un film à la TV relança mes espérances artistiques, « Chantons sous la pluie » la comédie musicale de Stanley Donen avec Gêne Kelly, Debbie Reynolds et Donald O’Connor. Le lendemain à la cour de récréation tout le monde était enthousiaste et, en plus des chorégraphies de claquettes et de danses swings, une prestation avait particulièrement frappé certains d’entre-nous, la scène où Donald O’Connord fait un saut périlleux arrière en prenant appui et en marchant verticalement sur un mur. On était déjà 3 ou 4 cinglés à grimper un peu partout, sauter, glisser déraper bref à faire le con, que l’occasion de se faire remarquer des filles était trop belle. Mais pour cela il fallait s’entraîner. Pas question de s’éclater la tronche sur le bitume devant un parterre de copines dont les quolibets auraient fusés aussi sec.

On utilisa donc nos vestes placées en tas pour amortir les mauvaises chutes et deux servants plutôt balèze de part et d’autre du point d’impact pour assister les réceptions.

Au début, ce n’est pas évident de s’élancer en direction d’une paroi verticale en sachant qu’elle n’a nulle attention de reculer. Une fois l’appréhension évacuée par des encouragements nourris qui ne tolèrent aucune échappatoire sous peine d’être raillé pour le reste de sa scolarité, je m’élance, saute au mur fait deux pas et donne un violent coup de reins et retombe sur le cou heureusement bien amorti par les copains. Le deuxième, décomplexé, y va franco et réussi parfaitement son redressement en retombant sur ses jambes sous les applaudissements de la cours. Vexé je décide aussitôt de m’élancer à nouveau et, cette fois, réussi également l’exercice. Les deux autres kamikazes suivent avec plus ou moins de bonheur mais sans aucune égratignure. Nous terminons la récré sous les applaudissements des profs !

Un soir on décide avec d’autres copains d’aller au cinoche à la porte d’Orléans. Je ne me souviens plus du titre du film,  mais je me rappelle de la queue qui était imposante et longeait une grande partie du trottoir. Comme tous les ados boutonneux qui se respectent, on parle, on rie fort en lançant des vannes à 10 balles. Bref on passe le temps en attendant la séance tout en lorgnant sur les filles alentours pour une drague perdue d’avance tant nous étions fats et ridicules. Il commence à pleuvoir dru avec des bourrasques de vent. A ce moment des potes de Gentilly qui viennent pour la séance, nous reconnaissent. C’est sous un concert de huées et d’indignations que nous leur proposons de partager avec nous la file d’attente. On se met à discuter sur justement ‘chantons sous la pluie’ et le saut de Donald O’Connord revient sur le tapis. Bien entendu, je ne peux résister au plaisir de me vanter que je peux en faire tout autant et je demande à la foule de s’écarter. Là c’est sûr, après ça, je vais emballer sec. Elles vont toutes me tomber dans les bras devant la tronche médusée des copains !

Flanqué de ma haie d’honneur, je prend de l’élan et vise l’affiche du film collée au mur.

Je n’avais pas vu que la pluie tombait avec un angle important et mouillait copieusement le papier. A la première prise de pied que j’avais placé assez haut pour que cela soit spectaculaire, la godasse glissa et l’élan fut instantanément stoppé.  Les genoux et le nez furent les principales victimes de ma sottise. Je me roulais par terre de douleur avec le tarin qui jouait les pisses dru. On aurait dit une scène de crime.

Le pire dans l’histoire, c’est qu’après s’être couvert de ridicule,  sous prétexte que je pissais le résiné, je n’ai pas eu le droit de rentrer dans la salle !

J’avais acquis un certain coup de crayon à l’inverse du savoir que l’on était sensé me donner et je passais mon temps à l’étude du soir à croquer mes compagnons d’infortune. Le soir où c’était Cousin qui nous gardait, curieusement je faisais mes devoirs d’anglais. Il m’avait surnommé « M’a tu vu » Il ne pouvait pas me blairer et je lui rendais bien. Je le caricaturais, bien sûr à son insu, autrement j’étais bon pour l’Hôpital, et je me gardais bien de signer mon œuvre pamphlétaire. Cela ne ratait pas. Comme je faisais circuler mes papiers et que ce gestapiste avait les yeux dans le dos, quand il chopait un camarade avec une de mes feuillets,  le représentant à poil avec une toute petite quéquette et un dico d’anglais sous le bras, il avait vite fait après trois ou quatre mandales de faire avouer au malheureux supplicié, qui lui avait fourni cette horreur. Et alors, c’était ma fête !

1964

Arrivé en 4eme, si mon anglais était bousté à l’adrénaline, mon niveau en gym était bon. A la campagne, je construisais des cabanes dans les arbres et je bûcheronnais à mort. Je laissais le câble d’équilibriste de côté et cette fois je me passionnais pour les jeux de bûcherons, genre lancé de billes de bois, coupe rapide à la hache ou bien sciage au passe-partout aidé par des copains qui venaient avec nous en week-end.

On se fendait la gueule au propre comme au figuré. Souvent par manque d’expérience, on ne savait pas de quel côté l’arbre allait tomber et, si on ne criait pas gare rapidement, c’est souvent que des branches mortes, déviées par les frondaisons voisines nous arrivaient sur la poire. Comme il s’agissait le plus souvent d’acacias avec d’énormes épines, Il fallait un temps fou pour se les retirer du crâne.

Un jour Venet m’en fait tomber une, en plein sur la tronche. Je l’ai poursuivi avec la hache à travers des orties géantes qui eurent vite fait de calmer mes ardeurs. Si on veut se venger c’est en jean avec gants et polo à manche qu’il faut s’habiller. En tong, short et torse nu, c’est perdu d’avance !

L’été arriva et la chaleur aussi. A la dernière récré de 16h 30, les profs nous interdisaient d’aller au couloir de l’entresol pour boire au lavabo, soit disant que certains ne refermaient pas les robinets. Dès qu’ils avaient le dos tourné, bien entendu, on allait se désaltérer et le manège continuait. Un jour le dirlo pris une décision importante et fit fermer l’alimentation en eau et retirer le volant de manœuvre principal. Plus de flotte !

Le lendemain, j’étais passé à l’atelier de mon père et ramené en douce une clé à molette dans mon cartable. Profitant que notre garde chiourme avait le dos tourné, je descendais au lavabo et réussi à faire tourner le carré de la vanne principale pour réalimenter les robinets du lavabo. Tout ce passa bien, surtout qu’à cette heure plus personne ne revient au sous sol ou il y a seulement une petite classe et la cantine. Avant de rentrer à l’étude, je file refermer la vanne mais le carré résiste. J’insiste, certainement du mauvais côté et soudain il cède. La tête de la vanne en laiton se met à fuir salement mais le coup de sifflet retenti et dans la panique je m’enfui comme un brigand rejoindre mes petits camarades en oubliant la clé à molette sur une marche.

Le surlendemain matin, le jeudi à l’époque on n’avait pas classes, à la sonnerie de la cloche, tout le monde se retrouve en rang, au carré, pas de têtes ou d’épaules en dehors de l’alignement. On ne comprend pas tout ce cérémoniel. Peut être le pape vient-il nous rendre visite ou sommes nous  désignés pour descendre les champs élysées le 14 juillet ?

Rien de tout cela. Le dirlo avec une trogne qui ne dit rien de bon, assisté de ses assesseurs en la personne de Cousin et du curé de Sainte Anne qui s’est donné la peine de quitter son presbytère, on aurait dit Robespierre accompagné de Marat et Saint Just,  prêts, du haut de la tribune révolutionnaire des montagnards, à désigner les candidats à la guillotine. Si terreur il y avait cela ne devait pas être provoqué par des malices ou incivilités de notre part. On n’avait rien fait de répréhensible depuis des lustres.

Nous tombâmes de nues quand nous apprîmes qu’un lac occupait le sous-sol et les caves de l’établissement et que si le concierge ne s’était pas rendu compte, dans la journée de jeudi, de cette inondation, c’est en barque que nous assisterions aux cours ce matin et en scaphandre que nous mangerions à la cantine ce midi !

Bien sûr la clé à molette, instrument du diable, pièce à conviction brandi par cousin comme un ange exterminateur tenant la foudre dans sa main, prouvait que quelqu’un l’avait introduite dans l’école frauduleusement et l’avait utilisé à des fins terroristes afin de discréditer l’établissement et que, ce quelqu’un devait sur le champ se dénoncer sinon des sentences allaient pleuvoir. Nous, comme les gaulois, on ne craignait que le ciel, enfin, Cousin ne nous tombe sur la tête et vu sa tronche des mauvais jours, la distribution de torgnoles était imminente. Pourtant personne ne broncha. Sympas, les copains étaient tous bouches cousues. Je me décidai enfin à sortir du rang et comme les bourgeois de Calais devant Edouard III d’Angleterre, je m’en remis à la clémence des vainqueurs soudains auréolés de vanité bien peu chère gagnée devant un dénouement aussi rapide.

J’eu beau expliquer, Cousin me tenait par l’oreille,  que c’était par maladresse et par bêtise et non pas par envie de nuire que la chaleur et la soif m’avait poussé à entreprendre ces menus travaux de plomberie, la sentence tomba. Ce fut la mise à pied dès le lendemain et une convocation salée avec mes parents.

Mon père qui était un homme charmant et bon, avait pour principal défaut d’être très colérique, colère qui retombait aussitôt comme un soufflet mais créait chez les gens qui ne le connaissait pas, une peur panique inconsidérée. Le soir même, je fus bien obligé de raconter toute l’histoire. Ma mère qui avait la main leste, genre Cousin en jupons, m’avait déjà bien déjanté la tête quand le père, qui d’ailleurs ne s’était pas rendu compte de la disparition de sa clé à molette, rentra tout sourires de sa journée de labeur. Curieusement il ne se mit pas en colère et écouta tranquillement ma version des faits. Il me cru et décida le lendemain matin de m’emmener lui-même à l’école pour avoir des explications avec les membres du corps enseignant. On était tous dans la cours et par la fenêtre ouverte du premier on entendait les bribes d’une discussion animée qui montait en puissance et dont le paroxysme fut  des éclats de voix dont on reconnaissait distinctement le timbre. Le père entrait en zone de turbulence et les « Chut… calmez-vous monsieur Lepers » annonçaient une imminente irruption d’invectives que la morale catholique m’empêche de citer ici.

En fin de compte c’est tout sourire que mon héros de père redescendit les marches  avec sa clé à molette et me lança en franchissant : «  A ce soir fiston, tout est arrangé ! »

Au dîner il expliqua à ma mère et moi qu’il les avait mis devant leurs responsabilités et qu’il allait demander une enquête administrative sur la curieuse manière de priver d’eau en plein été des collégiens assoiffés. Devant l’embarras du dirlo, ce dernier jeta l’éponge. Faut dire que le père Périnet qui officiait à la fois à l’église de Gentilly et à l’église Sainte Anne du 13eme arrondissement avait été mis au courant et ne voulait en aucun cas se priver du bénévolat paternel. En effet, mon père s’occupait souvent de l’entretient de l’installation électrique de l’école Saint Joseph de Gentilly, école dont certains locaux et la cours servaient de lieu de patronage le jeudi. Il y avait même une grande salle de cinéma et c’est lui qui faisait, en alternance avec son copain Duponchel, marcher le projecteur et son entretien.

De mémoire, ou bien il faut qu’un ancien condisciple se fasse connaître et rapporte des tranches de notre passé scolaire qui me sont totalement occultés à ce jours, ou bien le reste de cette année et la 3eme qui suivit n’apportèrent rien de bien nouveau dans notre univers de potache et comme Louis 16, le jour du 14 juillet 1789, écrivant dans son journal : « Rien »

notifiant il est vrai être rentré bredouille de la chasse et non pas ignorer la révolution qui commençait, je pense que des anecdotes sur ces années seraient les bienvenues pour reconstituer l’époque des trente glorieuses où les gens semblaient heureux, où  la société de consommation pointait le bout de son nez malgré la guerre froide et les conflits post-coloniaux qui, il est vrai ne touchaient pas le territoire national contrairement aux deux grandes guerres où les acteurs nostalgiques et vieillissants n’en finissaient pas de nous raconter leurs hauts faits d’armes pour sauver leur patrie.

 

 farces-et-mystifications-044-enseignement-secondaire-tres-p

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Liens