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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 18:44

On ne pouvait pas réellement dire que mon père était un fin gourmet mais son inventivité dans le domaine culinaire était sans borne et il aurait pu être un cuisinier hors pair s’il n’avait pas comme fâcheuse habitude de modifier en permanence ses recettes. Cela lui joua des tours pendables dont deux, pas piqués des hannetons, lui valurent bien des tracas.

Le premier se situe au cours de l’hiver 60. Ma mère et moi étions partis aux sports d’hivers, laissant seul mon père à Gentilly. Artisan, il n’avait pu se libérer et, n’aimant pas le ski, il était bien content de rester seul. Il pouvait ainsi, en toute tranquillité, s’adonner à ses expériences qu’il se gardait bien de faire en présence de ma mère.

Ce jour-là, il avait décider de bon matin de faire des confitures. Il prépara rapidement sa recette et, laissant doucement la bassine mijoter sur la gazinière, il partit au boulot, décidé de repasser dans la matinée pour vérifier la cuisson.

L’expression: être dans la Lune ne s’appliquait pas au paternel. Toujours, rêveur et inventant sans cesse, c’est sur Mars ou Jupiter que son cerveau avait élu domicile.

La matinée passe. Bientôt midi, c’est l’heure de rentrer déjeûner. Il prend son Estafette et en démarrant aperçoit une voiture de pompier puis deux, déboulant sirènes hurlantes au bas de la rue. Il décide de les suivre, curieux de savoir où le sinistre s’est déclaré. En plus il ne sera pas en retard pour déjeûner, apparemment les pompiers suivent le même trajet que lui.

Bizarre tout de même.

C’est au moment ou les pompiers s’arrêtent devant chez lui que le souvenir de ses confitures resurgit!

Une épaisse fumée sort de la fenêtre de la cuisine et un attroupement s’est formé au pied de l’immeuble. Une première voiture d’intervention est déjà là. Deux pompiers déroulent déjà les tuyaux.

Il stoppe juste derrière la grande échelle et file vers l’appartement situé au deuxième étage. Précédant d’un mètre les premiers soldats du feu qui montent avec la lance, il grimpe les marches quatre à quatre et réussit à ouvrir avant que la hache juste derrière lui ne s’abatte sur la porte. Ouf, il n’a pas le temps de rentrer à l’intérieur que d’une violente bourrade l’autre pompier armé de la lance à incendie le projette sur le coté et s’engouffre dans l’appartement. Le pater n’a pas le temps de lui dire qu’il ne s’agit que d’un feu de confitures et qu’il suffit de couper le gaz pour circonscrire le sinistre. L’autre fonce dans la fumée et ne voit pas un magnifique os à moelle à peine rongé au beau milieu du couloir.

Notre caniche adore les os à moelle et les laisse trainer un peu partout, surtout quand ma mère n’est pas là.

Le Don Quichotte à la lance se prend les pieds dedans et malencontreusement, en chutant, ouvre la vanne. Soudain c’est une montagne de flotte qui saccage tout sur son passage. Armoire renversée et lustre explosé pour l’entrée, une bonne dose pour le séjour et son buffet, la salle d’eau et son armoire à pharmacie et j’en passe.

Profitant de la pagaille mon père réussit à se faufiler dans la cuisine et parvient à couper le gaz.

Il se met à gueuler: Cessez le feu, bordel!

Un peu étonné par la sémantique de l‘expression, l’homme de l’art, les fesses dans l’eau, réussit à couper l’arrosage mais peine à reprendre la station debout, du shampoing à dû se mélanger à la flaque et les dalles de lino sont devenus une véritable patinoire. Ils sont maintenant une demi-douzaine de pompiers dans l’appartement à se soutenir mutuellement.

Une fois toutes les fenêtres ouvertes, la fumée est vite évacuée et il faut constater que seule la cuisine est en état. Les confitures, enfin le caramel charbonneux, n’a pas provoqué d’incendie, juste une épaisse fumée qui a condensé au plafond. Lui est bon pour un sérieux lessivage et les meubles sont justes recouverts de suie.

Détente chez les pompiers. Ils retirent leurs casques et soudain parmi l’un d’eux, mon père reconnait un copain de régiment!

Grandes embrassades, rigolade.

-Mais, au fait, c’est l’heure de l’apéro! Vous allez pas repartir comme ça!-

Le séjour, avec sa moquette qui fait floc-floc, devient l’endroit où l’on cause, d’autant plus que les pompiers, y compris les chauffeurs, sont venus rejoindre le gros de la troupe, laissant les véhicules au beau milieu de la rue, obligeant les automobilistes à passer par le trottoir.

Les voisins évacués, au milieu de l’attroupement, sont inquiets.

-S' ils restent aussi longtemps, c’est qu’il y a un problème, une fuite de gaz ou pire , une tentative de suicide, il y a peut être des morts!-

En fait de mort c’est plusieurs cadavres de bouteilles qui vont faire l’affaire, une véritable hécatombe.

Une bonne heure plus tard, c’est le temps qu’il faut officiellement pour remplir la paperasse, d’autant que le commissariat à également envoyé ses troupes qui elles consomment encore plus que les pompiers, tout ce petit monde quitte enfin l’appartement pour rejoindre leurs véhicules et laissent le paternel à son nettoyage. Le bruit des sirènes à peine estompé, le défilé des voisins finit de vider le bar et après un déjeûné rabelaisien, mon père avait un sacré appétit, il décide de retourner bossé à son atelier.

Bien lui a pris, il avait oublié le fer à souder branché qui, à son arrivée, pendait lamentablement au bout de son fil. Il avait traversé la table !


Suite au prochain épisode.

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