Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 19:56

Mon père, passionné depuis sa plus tendre enfance par les chemins de fer, avait dans les années 60, monté, avec des amis, un réseau à voie de 50 dans un parc d’attraction situé à Meaux.

Ils avaient fabriqué de toutes pièces un train avec locomotive et baladeuses pour desservir les différents sites du parc. Il y avait un musée dans les flancs d’une baleine créé à partir d’une carlingue de DC3, un petit zoo, un grand lac équipé de bateaux électriques, du karting, du ball-trap et de nombreux sites de pique-nique.

La pose de la voie ferrée fut homérique, pas tant sur les zones herbeuses ou il suffisait d’aligner directement les traverses sans terrassement préalable mais sur les parties de voie qui passaient au-dessus du lac et des étangs adjacents. Des dizaines de tonnes de remblais furent nécessaires impliquant une main-d’œuvre qualifiée. J’entends par qualifiée un groupe d' amis capable de mouiller le pastis en sifflant " le pont de la rivière Kwai  " tout en dressant la voie comme on dresse une table de banquet.

Mon père était le maître d’œuvre. Il avait fait les plans de la loco, des voitures à baladeuse, du dépôt, de la buvette et des petites huttes ou les pique-niqueurs pouvaient s’abriter en cas d’ondée. La main-d’œuvre, c’était ses potes, tous aussi passionnés que lui, des ferrovipathes acharnés. Leur hobby passait avant tout et bien souvent au détriment de leur vie de famille. Les épouses faisaient souvent la gueule

A propos d’épouse, il y en avait un qui n’avait pas de problème, il n’avait pour toute présence féminine qu’une guenon.

Il était toubib et sa femelle chimpanzé ouvrait la porte aux clients, habillée en soubrette.

Les habitués, bien évidemment se marraient. Elle avait la fâcheuse manie de se gratter sous la couche et ensuite balancer son doigt sous le nez des patients !

Le dimanche, toute la petite troupe, souvent une vingtaine de personnes, déjeunait derrière la buvette ou mon père faisait la cuisine.

Facile à cuire, il achetait souvent chez un charcutier de Meaux du boudin au mètre. Sous les yeux stupéfaits des autres clients, il en prenait de cinq à six mètres à chaque fois.

Les frites, délicatement épluchées et taillées par les copains avant l’apéro, étaient l’accompagnement habituel de ce genre de menu.

La friteuse placée sous la hotte, ne chômait pas et ce jour là elle fut le théâtre d’une drôle de scène.

Notre caniche ne pouvait pas blairer Chita. Elle le provoquait sans cesse en lui tirant la queue. Ce jours-là, la poursuite habituelle s’engage et évidemment, les caniches ne montant pas aux arbres, la guenon, comme d’habitude, le nargue en paradant fièrement au sommet d’une branche.

L’apéro bat son plein quand soudain la guenon énervée par les aboiements du chien, saute sur la table, chipe des glaçons qu’elle enfourne dans sa bouche et grimpe sur le toit.

Mon père est occupé à saler une fournée de frites quand soudain la friteuse explose littéralement ! La guenon vient de bazarder les glaçons par le conduit de la hotte.

Non content de jouer les défenseurs de château-fort, en aspergeant son petit monde d’huile bouillante, elle remet le couvert en urinant, finissant ainsi l’assaisonnement des tubercules.

Bizarrement, ce jour là, personne n’était intéresser par le rab de frites. Heureusement que dans l’après-midi des clients se fendirent de quelques cornets !

Une autre fois, le chien course la guenon qui, prenant le train en marche, pousse des cris stridents à effrayer les voyageurs. Une dame d’un certain âge avec un chapeau ornementé de petites grappes de raisin fantaisie se tient bien sagement assise sur la banquette avec son sac à main à côté d’elle. Chita, arrivée du toit qu’elle serpentait comme un cow-boy de western, bondit à sa hauteur et par surprise lui fauche sac et chapeau !

Grands cris d’orfraie. Le train stoppe, tout le monde est aux quatre cent coups. Quelqu’un est blessé ? La guenon est maintenant au sol et s’enfuit avec son butin, poursuivie par le chien qui tient enfin sa revanche.

La guenon lâche le chapeau à son poursuivant. Le chien, énervé au possible, agrippe le couvre chef et commence méthodiquement à le décortiquer en secouant la tête dans tous les sens, poursuivi par mon père qui ne parvient pas à l’attraper.

Le toubib, à la poursuite de sa bonne, n’arrive guère à plus de résultats. Grimpée sur le toit d’un wagon, elle commence à vider le sac à tout vent. Intriguée par le bâton de rouge à lèvres, elle le démonte et commence à s’en mettre plein la gueule. Chez les voyageurs il y a ceux qui sont pliés en deux, croyant à une attraction surprise, d’autres, les proches de la mamie, commencent à gueuler au scandale, que si la France va mal ce n’est pas étonnant quand on voit la main-d’œuvre étrangère (sic) employée !

Arrangement à l’amiable avec monnaie trébuchante et sonnante. Un week-end ou la recette ne fut pas folichonne.

Ce soir-là mon père rentre sur Gentilly avec un copain. Le brouillard est tombé et on n’y voit pas à 10 mètres. Ils avaient bu un petit coup avant de partir pour se remettre de leurs émotions et ils roulent sur la nationale avec prudence. Il n’y avait pas d’autoroute à l’époque. Arrivés au niveau de Vincennes, le brouillard est encore plus dense et là ils se perdent un peu et roulent de plus en plus doucement.

Le copain, un futur moniteur d’auto école, c’est mon père qui lui avait apprit à conduire bourré, commence à s’inquiéter. Le U23, vieux camion à plateau Citroën roulant au pas dans cette purée de pois donne l’impression bizarre de glisser dans les virages et le passager s’étonne dans une lueur de lucidité, d’être déjà passé par là.

Mais non lui rétorque le conducteur, tu dis des conneries, laisse-moi me concentrer sur la route ! L’autre de renchérir : Cette fois-ci, c’est sûr, ça fait au moins trois fois que l’on passe ici ! Attends, je baisse la vitre, avec toute cette buée on n’y voit rien.

La vitre à peine baissée on entend au moment ou une tête de cheval apparaît à la portière :

Espèce de connard, qu’est ce que vous foutez là ?

- Le cheval, il y a un cheval qui parle et….il nous engueule !-

Mon père pense que vraiment le copain a abusé de la bouteille et continue sa route.

Un violent coup sur la carrosserie le fait stopper net.

Une tête de jockey allongé sur l’encolure de sa monture apparaît à la portière :

- Mais ce n’est pas possible ça ! Qu’est ce que vous foutez, en plein brouillard à rouler comme des cons sur la piste !

Sans s’en rendre compte ils tournaient sur la pelouse de l’hippodrome de Vincennes.

Il fallut suivre au pas le canasson pour retrouver la sortie et reprendre leur itinéraire !

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Liens