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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 19:00

Années 80, mon jeune beau-frère est dans une école de chimie et désire passer à des travaux pratiques, disons, ludiques.

Et si on fabriquait des fusées ?

On à déjà entendu ça quelque part.

Allons-y pour des fusées !

Grattage, dans la vieille cave voûtée, des joints de pierres pour récupérer plusieurs kilos de salpêtre qu’il faut affiner pour le rendre opérationnel, pulvérisation de charbon de bois et achat chez le droguiste du coin de 5 kilos de fleur de soufre, voilà en gros pour à peine 30 francs les ingrédients nécessaires pour amuser tout le quartier. Pour les couleurs on se contentera de la lumière blanche avec la poudre d’aluminium récupérée sur un kit d’aluminothermie pour les soudages de rails SNCF.

Déjà à l’époque, on trouvait pour une somme modique des fusées d’artifice chinoises qui montaient à une vingtaine de mètres. Cela faisait mesquin, nous on voulait faire impression et en fabriquer qui puissent atteindre la centaine de mètres !

J’ai toujours au bureau des rouleaux en carton d’emballage de papier calque, vingt ans après, ça marche toujours.

La fabrication des mèches est relativement longue, il faut fabriquer du pulvérin, sorte de poudre très fine et passer dedans un fil de laine préalablement enduit de gomme arabique qu’il faut laisser sécher. Nous décidons de récupérer celles de pétards du commerce, on en a toujours quelque un d’avance, ce sera bien plus rapide !

Je passe sciemment sur la fabrication qui présente un danger potentiel qu’il ne faut pas négliger et conseiller aux apprentis artificiers d’acheter les fusées au lieu de les fabriquer, on en trouve maintenant de très bonne facture, puissantes et sûres.

Après une bonne après midi de labeur, deux prototypes sont prêts. D’une quarantaine de centimètres de long, plus d’1m50 avec la baguette stabilisatrice, elles ont fières allures.

Avec 6cm de diamètre, elles emportent une charge motrice de 800gr et explosive de 300gr !

Des vraies orgues de Staline !

Une rampe de lancement en bois maintenue par de solides gueuses de fonte offre la stabilité nécessaire pour éviter son basculement. Tout est fin prêt. Il est dix huit heures, les gens sortent du bureau, les gosses de l’école. On va avoir des spectateurs même si à cette époque l’obscurité n’est pas complète.

La batterie de tir est placée au beau milieu de la cour où j’ai mon entreprise. A part nos bureaux tous les immeubles alentours dépassent au minimum les trois étages.

Pour évité que l’on devine d’où proviennent les tirs, avec l’expérience, rien ne vaut mieux que vivre caché, nous donnons une légère inclinaison à la première pour qu’elle parte vers le centre ville. Allumage et retrait prudent de quelques mètres, on ne sait jamais avec une telle quantité de poudre. S’il y a explosion, l’effet de souffle peut péter les carreaux !

Décollage impeccable. Trajectoire tendue mais un peut trop verticale, elle risque de nous retomber sur la gueule mais surtout arrivée a son périgée à plus de 100m, la charge éclairante à base d’aluminium n’explose pas.

La fusée évidemment dépourvue de parachute amorce sa chute et disparaît aussitôt derrière l’immeuble du fond.

Un peu déçu tout de même d’avoir raté le dispositif d’ignition de la charge éclairante, tous nos espoirs se portent sur la seconde fusée. Nous rajoutons un peu d’inclinaison pour augmenter sa trajectoire et nous allumons la mèche.

Catastrophe, la fusée tape la façade de l’immeuble et continue sa course strictement verticale en traversant un sèche linge garni, emportant sur sa coiffe une petite culotte !

Aïe, aïe, aïe ! Si jamais la charge fonctionne ça va être " String in the sky ! "

Le couple incongru fini sa course sous la gouttière et explose !

Une lumière aveuglante dissipe en un éclair la pénombre de la cour et c’est une myriade de débris incandescents qui retombent en pluie, exécutant au passage le linge sursitaire !

Inutile de dire qu’en moins d’une seconde on a replié le matos et bien sagement nettoyé le pas de tir.

Personne aux fenêtres. Pourtant avec un tel bordel il devrait bien avoir des curieux, au moins des vieux qui ont connu les bombardements pour s’inquiéter des événements. Rien, pas un pékin à l’horizon.

Heureux de voir que notre affaire s’était en fin de compte bien déroulée, pour la petite culotte, paix à son âme, nous fermons les locaux et décidons d’aller voir où est tombée la première fusée. D’après l’angle d’incidence elle devrait se trouver dans la rue juste derrière, celle du commissariat.

Rien. Quelqu’un ou un gosse à peut être ramassé les débris ?

Passant devant le commissariat, on jette un coup d’œil furtif derrière le planton. Là, on voit les flics en train de s’engueuler dans le couloir.

Pas si fréquente, la situation nous paraît suffisamment cocasse pour nous planter juste devant.

Des bribes d’altercation proviennent à nos innocentes oreilles.

Le brigadier chef est en train de passer un savon à ses troupes.

On finit par comprendre qu’il était aux cabinets, le vasistas ouvert et que soudain un con à balançé un truc enflammé qui a atterri sur son postérieur ! Que les fringues données par l’administration n’étaient pas des jouets et que si personne ne se dénonce, il n’y aura pas de tournée de pastis de toute la semaine !

Rétrospectivement je n’ose penser ce qui aurait pu arriver si la charge éclairante avait explosé dans la cuvette !

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