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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 20:10

Depuis tout gosse j’ai toujours été fasciné par le feu et les artifices.

Peut être une réminiscence des conversations entendues lors des réunions de famille.

La conversation revenait souvent sur mon grand père maternel, un mineur sauveteur disparu bien trop tôt. J’avais à peine un an quand il nous quitta tragiquement suite à un coup de grisou à la mine N° 7 d’Avion.

Pendant la seconde guerre mondiale il était démineur. Il n’avait pas son pareil pour désamorcer les bombes larguées sur la région de Lens et d’Arras par les bombardiers allies. Neutraliser ces objets dangereux lui était familier, il l’avait déjà fait  pour les munitions datant de 14 -18, remontées régulièrement en surface par les socs de charrues pendant l’entre-deux-guerres. D’une maîtrise de soi incroyable, il montait à califourchon sur une belle bête de 400 kg et à grands coups de clé Silson ou aidé d’un maillet et d'une clé à ergot bricolée par ses soins, il la neutralisait en dévissant la fusée. Les munitions étant relativement récentes, il était évidemment plus facile à l’époque de les rendre inoffensives, la rouille n’ayant pas encore fait son affaire et bloquer les filetages. Aujourd’hui le déminage est plus dangereux et très souvent les engins sont transportés sur un site sécurisé ou on les fait exploser plutôt que de les neutraliser.

Il récupérait les shrapnells, petites billes de plomb destinées à faucher ceux que le souffle et les éclats n’avait pas tués, on en trouve aussi dans les obus et il les revendait au ferrailleur local.

Avec la poudre il faisait des feux de Bengale pour amuser les enfants du quartier.

Les poudres destinées aux bombes et autres engins explosifs sont des poudres dites brisantes à l’opposé des poudres fusantes destinées aux feux d’artifices. Il mélangeait du salpêtre qu'il avait lui même affiné pour modérer la combustion. Malheureusement les poudre de guerre moderne, contrairement à la bonne vieille poudre noir, sont constituées de petits bâtonnets de 2 à 3 millimètres de long peu propices à faire un mélange homogène avec une substance farineuse.

Résultat, si le mélange était mal proportionné et vu les très grosses quantités utilisées, s’il était enflammé près des habitations, ce que l’aviation alliée n’avait pas réussi à faire en un an de pilonnage régulier, le grand-père, lui, le réussissait en moins d’une seconde, cet- à-dire, destruction de toutes les vitres des corons alentours.

Applaudissements des enfants présents et grand dam de parents obligés à poser du papier huilé en guise de vitrage.

Il fait dire que qu’il était belge flamand et adorait faire des blagues.

Ses énormes fusées, en carton remplies de poudre, qui explosaient mais ne décollaient jamais, n’étaient pas très appréciées de l’occupant qui au son des détonations, levait la tête en l’air, scrutant le ciel pour y discerner l’aéronef coupable, étonné de ne pas avoir entendu les sirènes d’alerte beugler la mise aux abris.

Pendant toute la durée du conflit il n’a jamais été dénoncé.

A son enterrement il y avait plusieurs milliers de personnes qui suivaient le convoi funèbre.

Les gens étaient évidemment tristes de perdre un ami. Du brouhaha qui montait le long du cortège, on distinguait nettement que toutes les conversations avaient pour sujet ses farces et plaisanteries dont les uns ou les autres avaient un jour été victimes.

C’est un jeudi, je dois avoir douze ans, je suis en sixième et je suis dans ma chambre, je révise ces satanés verbes irréguliers sans conviction. La fenêtre est grande ouverte, le printemps est là et les copains sont en bas.

- Eh ! Tu descends jouer ? –

J’peux pas, je vais me faire engueuler si ma mère, en rentrant, voit que j’ai rien foutu ! –

Ils insistent. La veille, je me suis vanté que j’avais des gros pétards et que l’on allait les faire exploser sous des boites de conserves !

- J’descends pas mais je vais vous bricoler quelque chose !-

Mon père roule habituellement ses calques à dessin dans des tubes de carton renforcé et il y en a un vide qui traîne dans le couloir.

Quand l’inspiration vous vient, c’est comme un torrent, on est emporté et bien malin celui qui peut deviner où l’on atterrira.

En moins de dix minutes je coupe une section de tube, je découpe et roule une coiffe conique dans du bristol, idem pour 4 empennages et assemble le tout avec du scotch d’électricien.

C’est la fusée de « Tintin dans la Lune » mais en plus moche.

Ma mère garde toujours dans ses tiroirs de vieux tubes d’aspirines usagés qu’elle remplit d’épingles et autres boutons. Ces tubes sont intéressants à plus d’un titre et comme conteneurs de poudre ce devrait être le top !

J’en vide quatre, les fixes entre les empennages et je dépouille une bonne dizaine de pétards et les remplis de poudre.

Qu’est ce tu fous ! –

Ils s’impatientent.

Je glisse une mèche dans chaque tube et bloque le tout avec du coton hydrophile.

Je lie les mèches entre elles et les raccorde à une dernière mèche centrale.

Il me faut une rampe de lancement. Je n’ai pas envie de tenir ça à bout de bras, on ne sait jamais ! La planche à repasser devrait faire l’affaire.

Dehors c’est le tollé.

- Alors ! ?-

- Patience les gars, regardez la bête ! Une fusée qui va traverser tout Gentilly !

Fais gaffe, en face c’est Byla, (1) tu vas faire sauter tout le quartier !

Sûr de mon affaire dont je ne doutais pas un instant de l’issue glorieuse.

Je mets en place la rampe, en visant le dessus du laboratoire avec un angle d’environ trente degrés. Comme ça je passerais bien au dessus de la zone dangereuse, là ou l’on stock l’éther

et autres matières inflammables.

Prêt ? ! Feu ! –

J’allume la mèche et aussitôt me plaque contre mon bureau.

Incroyable ! Dans un feulement la fusée s’extrait de la chambre exactement dans la trajectoire choisie.

Des branches du mûrier d’en face, applaudissements nourris !

Il n’y a pas à dire j’suis un crack !

A peine ai-je fini de congratuler mes chevilles que la fusée fait un volte-face à 180° et revient exactement dans la même trajectoire sauf, hélas, deux mètres plus bas.

Je me précipite à la fenêtre juste à temps pour voir le missilé rentrer dans la chambre des voisins du dessous ! Ce que j'ignore à ce moment- c'est que la voisine a posé du linge sec sur un fauteuil dans l’intention de le repasser.

La brave femme n’a pas eu à réaliser cette tache ménagère ingrate, j’ai œuvré indirectement pour la libération de la femme bien avant 68.

La fusée a fini sa course sur une chemise, dissipé ses calories aux mouchoirs et autres caleçons environnants et provoquer un début d’incendie. La totale.

Heureusement la voisine venait juste de rentrer et put intervenir à grand coup de seau d’eau.

A la fenêtre, elle interpelle les copains et commence à leur passer un savon carabiné !

- C’est pas nous m’dam, c’est Lepers ! -

Je suis écœuré, au lieu de se dénoncer, ils peuvent se débiner eux, ces salopards m’accusent !

Allez faire marrer les gens avec des loustics pareils.

Je n’ai jamais autant plongé ma tête dans les verbes irréguliers. On dirait que soudainement la langue de Shakespeare m’inspire. Assis à mon bureau je suis sûr que j’ai l’air d’un ange !

Evidemment dans la minute qui suit, on sonne à la porte !

J’évite de respirer, je suis sûr que ma respiration s’entend sur le pallier !

On sonne, on resonne, on tape, on retape, on se met à crier d’ouvrir la porte pour recevoir la branlée du siècle !

Au bout de cinq minutes le calme revient. C’est sûr, elle a bien fini par comprendre que ce n’était pas moi, que je n’étais pas chez moi et qu’elle va en verser des vertes et des pas mûres à ces petits menteurs qui osent dénoncer un innocent !

Entre-temps, à pas de loup, sans faire bruisser le parquet, j’ai refermé la fenêtre et sagement repris mes études.

Des bruits de clés dans la serrure. C’est ma mère, elle va être contente j’ai parfaitement appris mes leçons et je suis prêt à tout réciter par cœur.

Mes aïeux ! la volée que je me suis prise !

La mother n’avait pas son pareil pour distribuer des beignes ! A elle, pas la peine de raconter d’histoires, elle devait avoir dix yeux derrière la tête. C’est simple, je prenais la dérouillée avant même d’avoir eu l’idée de faire une bêtise, alors celle-la, pensez donc !

Evidemment la voisine l’avait alpaguée au passage et émis une petite excuse d’avoir douté de ce si gentil garçon serviable et bien élevé qu’était sa progéniture, accusé à tord par ses méchants camarades de brûler les culottes des honnêtes gens.

-Tu peux, pour longtemps, dire adieu à ton argent de poche !-

Evidemment, cela va être plus compliqué pour acheter des pétards !

- Et tu vas voir quand ton père va rentrer !-

Là, je ne m’en faisais pas trop, mon père à toujours eut pour devise « C’est en faisant des erreurs que l’on apprend et surtout que l’on retient et, avec de la patience on arrive à tout.

En effet ce soir-là, en rentrant, il ne se mis pas en colère, il écouta tranquillement mon récit et reprit avec moi l’étude, non pas des verbes irréguliers, mais de la balistique et des effets néfastes d’une motorisation hasardeuse.

Il descendit chez les voisins récupérer mon engin de destruction massive. Il prit quand même le temps de prendre l’apéro et remonta à l’appartement avec la conscience de l’expert qui vient de trouver la cause de la catastrophe aérienne pour laquelle il est mandaté.

- Regarde, tes 4 réacteurs n’ont pas dû fonctionner en même temps. Ceux du dessous, côté planche, se sont certainement allumés en premier et à leur extinction les autres on fait basculer la fusée. Tu aurait du vriller les empennages, comme ça la rotation de l’engin aurait minimisé les défauts de poussée ou de fabrication. C’est comme la balle dans un fusil à canon rayé ! -

CQFD. Qu’est ce qu’il est fort mon Papa !

- Ma planche ! Ma planche, elle est toute roussie ! –

Ma mère venait tout juste de découvrir ma rampe de lancement sagement rangée le long de l’armoire du couloir !

 

Byla :  Laboratoire pharmaceutique situé en face de l’HLM où l’on habitait. Les adultes ne faisaient que répéter qu’un jour tout le quartier allait sauter, que les mesures de sécurité étaient nulles et que de trop nombreux produits dangereux y étaient entreposés. Un vaste terrain vague nous séparait. C’est là où l’on jouait avec les copains. Il y avait juste en face de ma chambre un mûrier géant de plus de 10 mètres de haut. C’est dans ses branches, que ce jour-là, s’étaient installés mes admirateurs.   

 

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