Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 18:53

       Les pointes du progrès

Passé In Salah, poursuivant notre périple vers le Sud,
une envie de sortir des sentiers battus nous oriente
sud-ouest vers un erg imposant. Un cordon dunaire
situé à une quinzaine de kilomètres de la piste principale.

Sûrement de jolies photos en perspectives et une halte

au beau milieu de la journée ne sont pas pour nous déplaire.

La traversé du Sahara au mois d'aout est toujours
problèmatique à cause de la chaleur. Un minimum de 50° à
l'ombre et des températures nocturnes trop élevées ne
permettent pas à l'organisme de récupérer complètement en
roulant 10 heures par jour. Une petite halte est donc la
bienvenue.
J'engage le TP3 dans une suite de lacets étroits en
restant prudemment au pied des dunes pour déboucher
après quelques kilomètres sur une petite étendue plate et dure,

un lac salé.

Chouette on va se poser là, déjeuner et se taper une
petite sieste.

- Les enfants, préparez les glaçons, on mange ici ! -
Sous l'oeil désapprobateur de ma femme, il faut
toujours écouter sa femme, je m'engage sur cette
belle surface ou des traces de voitures légères
m'ont déja précédé.

A peine avons-nous parcouru une dizaine de mètres

que le sol cède sous nos roues et le camion
s'enfonce brutalement d'une cinquantaine de
centimètres, les ponts enterrés dans le sable.
En fait de sable, c'est du fech-fech, un sable si fin
qu'en ramasser une poignée relève de la prouesse.
Sa fluidité est telle qu'il en est impalpable.
Une poignée de sucre glace ou de farine tamisée
peut se compacter dans le creux de la main,
le fech, non.
Le pelleter est passablement énervant. S'il n'est pas
très lourd, il est par contre très fuyant et ne tient pas sur
la pelle.

- Je t'avais prévenu mais tu ne m'écoutes jamais ! -
Que répondre à ce désarmant constat ?
- Bah, on boit un coup, on attend que le soleil cogne
un peu moins et, après la sieste, je dégage le bahut ! -
Les trois en choeur:
- Il en est pas question, tu dégages le camion et tu
boiras après ! -
Ah la démocratie où la minorité n'est que vent du désert.
Je sors les plaques, la pelle et je commence le
terrassement avec pour horizon des dunes, toujours des
dunes et une baie vitrée arrière de camping-car derrière
laquelle se marrent femme et enfants !
30° à l'intérieur climatisé, 55° à l'extérieur. Cherchez l'erreur.
De mon four je vois des verres remplis de glaçons qui
s'agitent et trinquent, à ma santé, je présume.
Du poste d'observation privilégié, il parait que je ressemble
à un cantonnier soviétique, rouge comme son drapeau.

Dix minutes plus tard, elles ont pitié et descendent m'aider.
C'est beau non ?
Au bout d'une bonne heure de pelletées le TP3 regagne la
terre ferme cet à dire le sable mou.
A moi la bière bien fraîche et le petit roupillon salvateur.

Ce sera pour une autre fois. Pendant que je range le
matériel, ma petite famille se baladent alentour, les yeux
rivés au sol.
De petites concrétions, au pied des dunes, attirent leur
attention par leur formes tarabiscotées. Ce n'est pas des
roses des sables mais c'est joli et elles commençent à
ramasser les plus beaux spécimens quand mon épouse
me présente un petit objet: Une pointe de flêche en silex
remarquablement façonnée.
- Tu as trouvé çà où ? -
- Là, il y en a plein ! -
Médusé. A peine à trois mètres du camion, au raz de la
dune, un site préhistorique !
La dune en déplaçant, et oui, mais elle mêt du temps,
a mise à jour un endroit vierge de toute présence
humaine depuis des lustres.
Paléolithique supérieur ou début néolitique, pour des
silex taillés de cette sorte on dirait l'époque du Capsien.
10000 à 20000 ans avant JC Van Damme.
Arrivé à ce moment du récit vous vous dites:
Soit ce mec est super calé, soit il se fou de nous et pompe

 honteusement sur l'encyclopédie pour nous snober !
Un peu des deux votre honneur. En réalité je suis
passionné de minéralogie et de paléontologie depuis
tout gamin. Où que l'on se trouve en vacances, il faut que
je cherche si dans les parages il n'y a pas une carrière
ou une mine abandonnée à arpenter.
Quel plaisir à se faufiler seul au travers des éboulis d'une
mine abandonnée à moitié noyée. On peut encore vivre
de nos jours cette aventure aussi bien en plein Massif
central  qu'en Grêce ou au Maroc, il suffit de se procurer
les cartes géologiques et minières du BRGM.
Avant de partir je m' étais donc intéressé aux découvertes
éventuelles à faire au Sahara algérien, mauritanien et

lybien et localiser les sites remarquables sur la carte.
Là, on est tombé sur un site de production. Ces lieux
étaient le plus souvent situé prés d'un oued ou d'un lac.
Vous avez dit lac ?
De nombreuses pointes de flêches aux extrémités cassées,
des grattoires, des lames et autres éclats jonchent le sol
sur environ une dizaine de mètres carrés.
Envolée la sieste. On sort les parasols et commençons
la traque. On ne ramasse que les pièces impeccables.
On fait les fines gueules.
Dix magnifiques pointe de flêches, des dizaines de lames
et deux racloires de belle facture sont ainsi récupérés.
En plein soleil la chaleur est devenue insupportable et, à

regret, nous interrompons les recherches.
Pas possible de bivouaquer là. Nous sommes attendus
à la prochaine oasis par les copains motards qui suivent
le même trajet que nous. Pour les soulager du surpoids
occasionné par leurs jerrikans d'essence, nous
transportons leurs réserves sur la galerie.
Quelques jours plus tard, à Tamanrasset la visite du petit
musée nous laisse pantois.
Les pointes de flêches exposées derrière les vitrines étaient
de moins belle facture que notre ceuillette.
Quand on pense à toutes celles que l'on a laissés !
Au retour, plusieurs jours plus tard, nous avons bien essayé
de retrouver ce foutu emplacement sans y parvenir.
A l'époque le GPS n'existait pas. On ne s'orientait qu' avec la carte
et à la boussole.
Les traces de pneus dans le désert sont si rapidemment
effacées avec les tempêtes de vent et rien ne ressemble plus
à une dune qu'une autre dune que bien malin celui qui pouvait
retrouver un emplacement aussi précis sans y passer plusieurs
jours.
Les vacances finissaient, il fallait remonter vers le Nord et les
occasions de s'ensabler étaient encore légions.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Liens